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Conservatoire de la typographie

L’Atelier typographique Le Castelin, à Saran, regroupe l’essentiel des techniques de l’écriture mécanisée, de sa création au 15e siècle, à nos jours. Il fait se côtoyer des machines rares, qui fonctionnent grâce à la passion de Frédéric Tachot. Si les adultes concrétisent des notions souvent lointaines, les enfants y découvrent le monde de la typographie.

C’est un endroit comme on en fait peu. Plus qu’un musée, c’est un conservatoire, mieux encore, un atelier vivant. Au coeur de Saran, à mi chemin entre l’église et la mairie, l’Atelier Le Cassetin dévoile un trésor exceptionnel qui retrace plus de cinq cents ans de typographie. De Gutenberg à Internet, les machines les plus extraordinaires sont là, en état de marche, et fonctionnent sous les yeux du visiteur ébahi.
C’est à Frédéric Tachot, 7e génération de typographes, que l’on doit cette initiative, associé à Jean-Paul Deschamps, ancien chef fondeur de l’Imprimerie Nationale. Ils ont regroupé des trésors de machines et de matériels d’imprimerie, récupérés ici et  là, le plus souvent lors de fermetures d’ateliers.
Frédéric est truculent, et sa gouaille donne une saveur toute particulière à son impressionnante culture. Il a bourlingué un peu partout en France et même à l’étranger, travaillé dans 46 entreprises différentes ! “Il faut plus d’une vie pour se former à la gravure sur bois, à la taille douce, à l’imprimerie d’édition ou de labeur”, dit-il. Frédéric parle avec ferveur de tout ce qu’il connaît ; de l’histoire de l’écriture à travers les âges et de l’évolution des procédés, de l’enluminure à l’imprimerie Offset.
“Tu m’arrêtes si je te casse les pieds”, ajoute-t-il par sécurité ! Le tutoiement naturel, hérité d’une vie d’atelier, il reprend ses explications, parlant de l’évolution des écritures à travers le symbolisme, les religions, les mythes et le corporatisme. De François-Ambroise Didot à la photocomposition il sait tout ou presque. Pourtant, il ne manque pas une occasion de faire références aux ouvrages du Moyenâge, et mêmes antérieurs. “Il y a 6000 ans, explique-t-il, les Phéniciens ont réduit à 22 signes les écritures hiéroglyphiques et cunéiformes, pour des questions économiques”. Et Frédéric de retracer l’évolution de l’écriture. Pourquoi les arabes écrivent-ils de droite à gauche, pourquoi la Torah est-elle en rouleau, le caractère sacré du papier, la naissance du parchemin, le codex (ancêtre du livre relié), etc. rien ne lui échappe.

Un incroyable outil pédagogique
Aujourd’hui, l’Atelier dévoile tout de la typographie. La gravure sur bois ou sur pierre, la fonte des caractères de plomb, l’écriture avec une linotype, les bandes perforées des Monotype et les presses Heidelberg, rien ne manque, tout fonctionne. Les maîtresses d’école s’y précipitent avec les enfants qui éditent eux-mêmes leurs livres, avec l’expertise du maître des lieux.
Car Frédéric Tachot utilise sans cesse les machines qui animent son atelier. Avec ses visiteurs, il compose des textes, travaille les illustrations, fabrique même les papiers et imprime quelques ouvrages. Ce travail pédagogique rencontre un très vif succès.
“Les fondamentaux de l’imprimerie, et de la typographie en particuliers, ne sont plus enseignés, explique Frédéric. Comme beaucoup de techniques modernes, la progression a du bon, notamment la démocratisation et l’accès de la culture à tous. A contrario, elle oublie les savoirs d’origine et avec elle la compréhension des bases qui font la qualité d’un ouvrage”. Frédéric regrette ces oublis mais fait en sorte de garder ce lieu comme un endroit ou l’on apprend encore. Elle est loin l’époque où les ouvriers de l’imprimerie juraient de ne pas apprendre à lire et à écrire, pour ne point comprendre ce qu’ils imprimaient. François Ier n’avait-il pas dit “le plomb de l’imprimerie est plus dangereux que celui des fusils” ?
Cette réalisation exceptionnelle est le résultat d’une entente entre l’ancien maire de Saran, Michel Guérin, son adjointe à la culture Jeanine Lachaud et deux anciens professionnels de l’imprimerie. Le résultat est remarquable, tant pas la qualité des matériels présentés, que par le discours passionné. Le débit est soutenu, on voudrait se souvenir de tout, mais ça va un peu vite. Alors on écoute, on regarde, et l’on essaie de comprendre, en se promettant de revenir bientôt, pour une leçon de rattrapage.

Stéphane de LAAGE

Atelier Le Cassetin
Place de la Liberté – 45770 Saran
02 38 73 09 87 – 06 50 23 69 70
ft.tachot@free.fr

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