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Ronchon, grognon, râleur

Il y a quelques jours, mon vénéré – ça peut toujours aider – patron  a employé les trois mots du titre de mon billet, qualifiant ainsi mon humeur dans les couloirs du journal. Reconnaissons qu’il n’avait pas totalement tort. Ronchon je l’étais, grognon je le suis toujours, râleur, ceux qui me lisent savent que ce n’est pas nouveau…

Reconnaissez aussi qu’il y a de quoi l’être lorsque, avec le professionnalisme qui me caractérise (auto-satisfecit), je lis, j’analyse, je décode et j’interprète une actualité en demi-teinte ou en plein délire, qui navigue entre deux eaux, pas toujours très claires, ou patauge dans le ridicule voire dans le démentiel.

Nous venons de vivre la primaire de la gauche, qui aurait dû s’appeler primaire du PS. Une primaire qui, comme c’est devenu la règle désormais, a apporté son lot de surprises avec la victoire du courant utopique sur le courant social-libéral-démocrate avec l’aide du courant souverainiste, le courant écolo ayant disparu corps et biens. Le courant moderne-progressiste et le courant révolutionnaire guevariste se préparant pour le grand combat de dans trois mois hors du système. Le tout sous l’oeil goguenard de celui qui les a mis là où ils se trouvent, c’est-à-dire dans la … bien bas. Un curieux et désespérant bras d’honneur de François Hollande, président en fin d’exercice, à la famille qu’il dirigea pendant de nombreuses années. Car, entre nous, le renforcement des relations franco-chilienne, même si j’ai beaucoup de respect pour nos amis Chiliens, n’était pas d’une urgence absolue.

L’automne étant pourtant derrière nous, les feuilles mortes politiques se ramassent à la pelle. Les souvenirs et les regrets aussi… Non pas forcément les regrets. Nous avons assisté, en quelques semaines, à une véritable hécatombe. Nicolas Sarkozy puis Alain Juppé, qui ont, sans doute, livré la bataille de trop, se sont fait éliminer par les électeurs de leur propre camp, comme Cécile Duflot d’ailleurs quelques semaines auparavant. François Hollande, lui, a été obligé de se tirer une balle dans le pied…estal, plutôt que de subir le déshonneur du grotesque. Valls, c’est expliqué un peu plus haut. Un peuple aussi imprévisible ces derniers temps ne démontre pas une nation en pleine confiance ni sereine. Et combien de journalistes, d’intellectuels, de politologues, de sondeurs qui tournent en boucle sur les plateaux de télévision, dans les studios de radios et les colonnes de la presse écrite avaient prévu de tels bouleversements ? Sans parler du Brexit de nos meilleurs ennemis et de la victoire de Donald sur Minnie ?

Après ce grand chambardement, ils sont où, les Sarkozy, Juppé, Hollande, Valls, Dufflot… hein ils sont où ?

Bien aidés en cela par ceux que l’époque nous présente comme des diseurs de vérité, des lanceurs d’alerte, des snipers salutaires et courageux alors que ce ne sont, trop souvent, que des bouffons se contentant de déverser des tombereaux d’ordures et d’injures, des amalgames, des contre-vérités envers une personnalité, un invité. Lequel étant prié de se taire pendant que le parterre composé de moutons de panurge se tord de rire à l’injonction du chauffeur de salle. Ces farceurs, ces tartuffes, ces fumistes, ces chroniqueurs complaisants, se prennent pour des redresseurs de tort, pour de preux et honnêtes chevaliers blancs, ils ne sont que des péripatéticiens de la rigolade. Malheureusement au détriment de l’humour, de l’esprit critique… de l’intelligence tout simplement.

Changer pour le plaisir de changer, ne pourrait être que, comme pour tous les plaisirs, fugaces, éphémères et de courte satisfaction. Changer pour construire, retricoter, redéfinir serait plus intelligent. Et là se pose la question : mais avec qui ? Le chouchou actuel des médias ? Emmanuel Macron, moderne, séduisant, intelligent et propre sur lui, mais encore un peu flou. Père fouettard qui êtes aux cieux ? François Fillon, qui vient de se prendre une belle flèche, nous propose une vraie purge, peut-être nécessaire. Notre trumpettiste de phrases ? Marine le Pen, du Jean-Marie light, populiste de droite. Le Fidel parmi les Fidel ? Jean-Luc Mélenchon, harangueur populiste de gauche. Pour conserver un brin de sérieux, je ne parlerai pas de Bayrou, Alliot-Marie, Guaino, Jadot, Poutou et autres inconscients.

Voilà l’explication de mon état moral qui, d’ailleurs, n’intéresse que ma famille, mes amis… et mon patron ! Je subodore que mon grand âge me fait regretter le temps où l’on regardait la lune et les étoiles pour le plaisir des yeux et l’écoute d’un poète, plutôt que pour s’extasier devant des hommes piétinant son espace ou le selfie d’un astronaute bricolant sa station.

« Ô lune, je t’en veux de ta limpidité

Injurieuse au trouble vain des pauvres âmes,

Et mon coeur, toujours las et toujours agité

Aspire vers la paix de ta nocturne flamme. »

(de la Ville de Mirmont)

Gérard Bardon

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