Banzaï

Sur Radio Nova, ce matin de novembre 2017, le message était passé quasiment inaperçu. Pourtant le cri du cœur de quelques fêtards, avinés ou pas, mais c’était bien joué quand même, résonne encore.
Longtemps on aura soutenu mordicus que « tous bourrés dès 8h, soutien aux viticulteurs » ne pouvait être qu’un slogan réservé aux seules personnes bercées dans le creuset de la culture – Française, la culture Monsieur ! – et pourvues d’un sens du sacrifice exacerbé. Ben non, il a été repris, partiellement modifié certes, par les experts des gestions de crise japonais. De Sapporo à Nagasaki, le sacrifice est un sacerdoce et les nippons très fripons ont fait savoir que c’était possible même en temps de paix. Au-delà du “Dernier samouraï”, plus fort que les “47 Ronin”, oui, Messieurs-Dames, les Japonais sont des gens formidables, les économistes surtout. Le prochain prix Nobel d’économie devrait leur revenir, collectivement. Leur dernière trouvaille est une pure merveille de logique mathématique. On se demande comment ne pas avoir pensé à ça plus tôt. La santé peut-être …. Quoique, si on relit « L’assommoir » de Zola, on doit bien trouver des trucs dedans, même s’il faut faire une mise à jour. Ils font campagne pour demander aux jeunes du Pays du Soleil Levant de boire des canons un peu plus qu’ils ne le font actuellement. Avec modération n’est pas du tout, mais alors pas du tout, dans l’air du temps. Bien au contraire ! Les comptables nippons et pas fripons, là-bas comme ailleurs, ont calculé que les taxes sur l’alcool pouvaient rapporter gros. À l’inverse de nombre de gouvernements occidentaux, celui de Tokyo a fait ses calculs et est persuadé que même si le saké ça coûte, ça peut rapporter gros aussi. Leur slogan c’est « un jeune qui boit paye des taxes et permet de rembourser la dette du pays. » En dehors du fait que la dette, comme la nôtre, ne sera jamais remboursée – ce qui serait un peu long à expliquer- le trésor public local n’a pas comptabilisé les alcooliques qui mourront de cirrhose, les soiffards décédés dans des accidents multiples et divers, et les suicidés dans un pays où le taux est déjà au-dessus de la moyenne mondiale. Ce sera autant de bouches à ne pas nourrir. Cependant, il faut reconnaître que faire trinquer les consommateurs dans un pays où la pratique du pot de vin s’avère de haut niveau est assez cohérent. L’arrestation d’un ancien haut responsable de l’organisation des Jeux olympiques de Tokyo en est une preuve toute récente. Les logiques de marché étant ce qu’elles sont, on peut pousser le bouchon un peu plus loin. Dans un premier temps, un coup de pub sur le tabac, ne pourrait pas faire de mal au portefeuille du gouvernement de l’archipel en mal de pognon. À un moment où l’inflation est une récurrence d’une mécanique de pouvoir institutionnalisé, et une arme de destruction massive du libre arbitre, en voilà de bonnes idées à suivre.
Mondialisation quand tu nous tiens on sait que, comme les morpions, tu ne lâches rien. Dès lors, on peut envisager une exportation du mouvement à l’international. D’autant que, chez nous on compte pas moins de 3240 vins différents. Dans l’optique d’économies de nos réserves d’eau, la solution vigneronne est donc une option non négligeable. La ligue contre l’alcoolisme ne va probablement pas apprécier la démarche. Comme l’a dit voilà quelques jours not’Manu, il nous faut désormais «accepter de payer le prix de la liberté… et investir davantage pour moins dépendre des autres continents”». Une version non bridée du « quoi qu’il en coûte » en quelque sorte.
Et que les wokistes ne viennent pas parler d’appropriation culturelle pour interdire de faire comme le Japon. On pratique bien le judo ou le kendo un peu partout dans l’Hexagone, tout comme on mange des sushis au pied de Montmartre … les mêmes qu’au pied du Mont Fuji !