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La navette du futur fait ses armes au centre national de tir de Châteauroux

Des navettes sans volant vont conduire les tireurs du monde entier sur les pas de tir d’un des plus grands complexes du monde. Keolis installe son centre national d’expérimentation et de formation en Berry.

Elles sont bleu lagon, filent sans bruit sur les voies du centre national de tir sportif ( CNTS), s’arrêtent au stop, mettent leur clignotant avant de tourner, croisent des automobilistes un rien surpris d’y découvrir six passagers assis face à face. Elles, ce sont les navettes autonomes Kéo Cab qui ont élu domicile sur les quarante hectares du complexe de La Martinerie.
Un contrat gagnant gagnant a été conclu entre Kéolis, l’entreprise qui assure les transports urbains de Châteauroux Métropole et la fédération française de tir. En gros, Kéolis utilise les cinq kilomètres de voies qui relient les différents pas de tir du CNTS et met en échange ses navettes électriques à la disposition des tireurs pour certaines compétitions. Le centre n’a pas tardé à se faire une réputation dans le monde du tir, mais ces transports du futur sont un plus pour les compétiteurs. Des compétiteurs venus du monde entier, qui pourront faire la promotion de ces petits bijoux technologiques.

Des boucles cartographiées
Elles sont autonomes, mais il n’y a rien de magique dans leur fonctionnement. Ces véhicules «intelligents» ne sont pas lâchés dans la nature. S’ils peuvent se mouvoir dans la circulation, cela se passe sur des parcours déterminés. « Nous avons cartographié un circuit de cinq kilomètres sur le site, explique Clément Aubourg, le « Monsieur navettes autonomes » chez Kéolis. Les navettes l’empruntent, guidées par un signal GPS spécial. À la différence de celui de «monsieur-tout-le-monde», précis à cinq mètres près, celui-là a une précision au centimètre.»
La navette se dirige grâce à l’émission de signaux lumineux, c’est pour cela qu’on a installé sur le circuit des blocs en béton afin de réfléchir les signaux là où le véhicule évolue en espace découvert.
Tout cela reste donc expérimental même si à Lyon, Lille ou Rennes les Kéo Cab et autres Shuttle ( véhicule à neuf places pouvant évoluer en avant comme en arrière) évoluent déjà dans des circuits fermés où ils n’ont à éviter que les obstacles… et les piétons).
Et justement le centre national d’essai de Châteauroux va permettre de perfectionner ces navettes autonomes dont le rôle n’est pas de remplacer les transports en commun, mais d’offrir une solution, à la demande, pour parcourir le premier, ou le dernier kilomètre, celui qui vous dissuade d’utiliser un transport en commun parce que l’arrêt le plus proche est trop loin de chez vous.

Pierre Belsœur

 

Des chauffeurs qui deviennent opérateurs
Nordine, Cécile, Vincent, Dominique et Abdessamad sont des pionniers. Les cinq premiers élèves de Junior. Ce Lyonnais était comme eux, chauffeur chez Kéolis. En 2016 il a quitté son volant pour la navette autonome. Il est devenu démonstrateur, ce qui lui a permis notamment d’aller faire un tour au Canada, et il est désormais formateur. C’est lui qui viendra régulièrement animer des stages de quatre jours pour des chauffeurs venus de Châteauroux, Lyon, Rennes, Lille et d’ailleurs sans doute.
«Nous ne sommes plus des chauffeurs, mais des opérateurs» ont retenu les stagiaires après leur première journée de formation. Effectivement ils ne conduisent plus, mais se familiarisent avec les engins en les dirigeant en mode manuel à l’aide d’une manette du type jeu vidéo.
Pourtant au terme de leur formation ils pourront, comme Junior, faire évoluer leur KéoCab à l’aide d’une tablette tactile.
La question que l’on se pose évidemment c’est « Pourquoi faut-il un opérateur (qui prend la place d’un passager) à bord d’un véhicule autonome?» Tout simplement parce que, comme le rappelle l’article 8 de la convention internationale de Vienne sur la circulation, convention ratifiée par la France : «Tout véhicule en mouvement ou tout ensemble de véhicules en mouvement doit avoir un conducteur.»
« C’est un élément sur lequel il nous faut travailler avec le législateur, convient Clément Aubourg, même si l’article ne stipule pas que le conducteur doive être à bord du véhicule.»
Une donnée que les stagiaires ont déjà intégrée, comme le remarque Nordine, au nom de ses collègues. «Je ne crois pas que la navette autonome soit une menace pour notre métier. D’abord parce qu’elle ne concerne que des services bien particuliers ( l’autonomie de la navette présentée est de huit heures et deux cents kilomètres, elle se recharge en quatre heures.) Et puis si l’on arrive à faire gèrer les déplacements de plusieurs navettes, par un opérateur installé dans un bureau, on peut garder en activité des conducteurs qui doivent actuellement renoncer à leur métier pour des problèmes physiques.»
Il faudra de toutes façons un certain temps pour que les navettes autonomes circulent dans nos rues. Elles constituent, en attendant, une raison de plus de venir voir ce qui se passe sur le centre national de tir sportif de Châteauroux Métropole.
P.B.

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