L’Air du Temps regarde aussi vers l’ouest

A cinq cents mètres de l’Indre, Lignières accueille un public venu du Cher, mais de l’ouest aussi, en particulier d’Issoudun.

François Morel « chambre» Amos Mash, son contrebassiste, a priori impassible, jusqu’à ce qu’il éclate de rire.

L’Air du Temps remplit ses salles de spectacles, mais ne vous attendez pas à faire la queue à plusieurs kilomètres de Lignières si vous venez au festival. On ne se bat pas pour des places de parking et en dehors des sorties des spectacles et des concerts sous la halle, on s’aperçoit à peine qu’il se passe des choses stupéfiantes dans cet ancien chef lieu de canton du Cher.
Le public vient sans doute de Bourges où l’on est rodé aux festivals de chansons. Un car spécial Air du Temps dessert d’ailleurs le festival en direct de la capitale de la chanson française. L’Air du Temps, c’est aussi un public d’habitués, qui viennent prendre leurs quartiers d’Ascension dans les roulottes du Pôle de l’âne et du cheval, les hôtels et les chambres d’hôtes des environs. Pour eux, l’Air du Temps dure forcément quatre jours et on les reconnaît sans difficulté à leur look Avignon, en plus musical évidemment. Mais tout ce petit monde n’y suffirait pas si les voisins de l’Indre ne venaient grossir les rangs. Dans le réservoir d’Equinoxe (1300 abonnés tout de même) il se trouve bien des courageux à l’oreille musicale pour sauter en voiture et rallier Lignières depuis Châteauroux. Mais un autre gisement existe du côté d’Issoudun où La Boîte à Musique cultive également le goût du spectacle musical vivant.
En tout cas il y avait beaucoup plus de demandes que de places disponibles pour venir sourire avec François Morel le vendredi soir au «Manège». Assis, debout, les spectateurs se sont laissés séduire par Pomme qui avait le redoutable honneur d’assurer la première partie. La petite jeune fille acidulée a tellement bien mis le public dans sa poche qu’elle a récolté dix minutes d’applaudissements.
La manège, archi plein suait avant même que l’acteur, metteur en scène, billettiste, écrivain… et chanteur n’entre en scène. Morel, tel que l’adulent les auditeurs de France Inter, le vendredi matin. Faux naïf, vrai espiègle, pince sans rire à profusion et chanteur qui aurait emprunté la puissance de Serge Lama, même si Serge ne fait pas partie des imités qu’il effleure parfois, au grand dam de ses musiciens. Un régal d’intelligence, de mise en scène, d’originalité. Car s’il convoque Brel ou Trenet, exhume des textes qui n’avaient pas mérité d’être oubliés, Morel propose aussi ses propres créations, avec la complicité de son pianiste chef d’orchestre Antoine Sahler. Cette complicité entre le chanteur et ses musiciens, orchestrée par la mise en scène de Juliette, fonctionne parfaitement pour nous rendre heureux d’être avec lui. Il nous parle de la naissance, de la mort avec sensibilité, sans mièvrerie et célèbre cette vie, à pleins poumons, sans se plaindre de ses petits inconvénients, comme cette sueur qui le trempe. Deux heures d’un tour de chant spectacle que l’on n’a pas vu passer.
Avec Morel on jouait sur du velours. Même s’il n’avait pas très bien chanté on savait que l’on ne s’ennuierait pas. En revanche il fallait oser 0 et Klô Pelgag. Et bien Les Bains Douches affichaient complet. Dire que toute la salle a été conquise par Olivier Marguerit serait excessif. A Lignières on aime bien comprendre ce que dit l’artiste et là ce n’était pas possible. Pourquoi tant de décibels ? C’est de la pop d’accord, mais ça noie aussi la performance vocale. Comme quoi le public de Lignières n’est pas beni-oui-oui. La Québecoise Klô Pelag en revanche était davantage dans le registre qu’apprécient les festivaliers. Elle vole de son piano à sa guitare et sert ses textes en jouant avec le public. Poétique, rafraichissant mais aux mélodies un peu répétitives.

P.B.