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Le fatras européen – Le Billet d’humeur par Éric Yung

Il semblerait, si l’on est attentif aux conversations que l’on peut entendre ici et là, sur les lieux de travail ou publics, qu’il est un sujet récurrent en ce temps d’élections européennes (qui auront lieu le 26 mai prochain) et qui se pose en termes clairs : pour qui allons-nous voter ? Jamais, chez nos concitoyens, leur choix politique n’a été aussi hésitant pour ne pas dire « inexistant ». À onze jours du vote, peu de Françaises et Français savent, aujourd’hui, quel bulletin ils mettront dans l’urne. Doit-on voir dans cet embarras l’une des principales raisons d’une abstention historique annoncée puisque plusieurs instituts de sondages prévoient que 60 % d’entre nous ne participeront pas à cette consultation ? Un paradoxe lorsque l’on sait – toujours selon des sondages récents – que 59 % des citoyens de notre pays sont « attachés à l’Europe » même s’ils se disent « méfiants » vis à vis de ses institutions. Et c’est peut-être ce point précis qui est la pierre d’achoppement interdisant l’enthousiasme populaire pour les élections européennes. En effet, une grande majorité d’entre nous s’accorde à dire que l’Europe, telle qu’elle est construite, est une sorte « d’usine à gaz » qui manque de transparence dans son fonctionnement. En effet, qui sait aujourd’hui distinguer clairement les missions différentes, les pouvoirs et les rôles, les liens aussi qui unissent les structures européennes ? Pouvons-nous sans hésitations ou tergiversations déterminer ces organes internes que sont le « Conseil de l’Union européenne », le « Conseil européen », le « Conseil de l’Europe », le « Parlement européen », la « Commission européenne » sans omettre de signaler l’existence de « l’Espace économique européen (EEE) » qui doit être distingué de « l’Association européenne de libre-échange (AELE) » sans oublier de citer la « Cour des comptes européenne », la « Banque centrale européenne » et même la « Cour de justice européenne » ? Il faut aux citoyens lambda que nous sommes, enfin pour la plupart d’entre nous, une sacrée curiosité pour appréhender une telle machine politique. Nous avons tous au moins une certitude : celle ou celui qui votera le 26 mai prochain désignera une liste de députés européens qui siégera donc 2 fois au parlement européen. Pourquoi faire ? Selon le site officiel de l’Union européenne pour « partager les compétences budgétaires et législatives de l’Union avec le Conseil Européen de l’Union Européenne ». D’accord ! Mais alors, si l’on se réfère encore aux principes officiels de l’Union européenne, on apprend que c’est la « Commission européenne qui dispose du monopole de l’initiative législative dans le cadre de la procédure législative ordinaire » c’est ladite « commission » qui présente « pour adoption ces propositions au Parlement européen et au Conseil de l’Union Européenne ». Ce ne serait pas contradictoire nous dit-on mais est-ce compréhensible ? Et comme si la complexité du fonctionnement institutionnel de l’Europe n’était pas assez grande, les organismes politiques se plaisent à embrouiller, un peu plus encore, les esprits citoyens. Pensez donc, 33 listes de candidats sachant que chaque liste comporte 79 noms qui ont été retenus par les instances électorales pour avoir nos suffrages (c’était le 3 mai dernier). Autrement dit, pour la France uniquement, 2 607 hommes et femmes se présentent à l’élection européenne et ce, sous des étiquettes parfois si proches les unes des autres, que l’on ne sait plus très bien quelles sont les idées défendues. En effet, bon nombre de prétendants à la victoire auraient, disent-ils, des opinions quasi-identiques mais veulent cependant les exprimer différemment. Ainsi, toujours pour faire simple… sans doute, les gens de droite, de gauche, les verts et les gilets jaunes ont voulu avoir des têtes de listes dissemblables pour nous proposer à peu près la même chose. C’est ainsi ! Enfin, n’oublions pas qu’il est fort possible que les Anglais qui ont voté leur sortie de l’Europe participent à l’élection européenne (suite au report de l’accord sur le Brexit) et, par conséquent, puissent désigner des députés au parlement européen. Que cela se fasse et ce sera alors l’Europe du père Ubu.

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