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[Littérature] : Le Champ, de Robert Seethaler

« Réflechir à la mort de son vivant. Une fois mort, parler de la vie. A quoi bon ? » Cette réflexion est celle de Harry Stevens, un des morts du cimetière de la petite ville de Paulstadt.

Le champ commence par le récit d’un homme âgé qui s’assoit sur un banc de bois de bouleau. Il s’y attarde, car il a connu bon nombre de gens qui sont sous la terre devant lui. Il entend les morts parler, il perçoit leur voix comme un gazouillis d’oiseau ou un bourdonnement d’insecte. « C’est comme si les pensées volaient au-dessus du champ dans l’obscurité et venaient s’incruster en moi ». Ce champ était si peu fertile qu’un paysan l’a vendu au Maire pour en faire un cimetière. Une trentaine de morts prend la parole. Chacun raconte quelque chose dont il a le souvenir, une tristesse, une joie, un homme, des hommes, une femme. Une centenaire se souvient « Je me suis toujours peint les choses en rose, ça n’a servi à rien… Je fus d’abord humaine, à présent je suis monde. »


Ces textes sont très touchants comme l’enfant crapaud, parfois moqueur, parfois dur comme la vie. Texte court comme celui de Gerda Bach sur le dimanche : « T’aimer, être couchée près de toi dans le lit, dans l’herbe, dans la neige. Pour moi c’était tout. » Heiner Joseph expose ses regrets : « Oui j’ai menti, j’ai trompé, j’ai été faux et horrible, en réalité les amis, j’ai été l’un d’entre vous. » Toujours en colère, il demande à quelqu’un de dire à ces jeunes qui pique-niquent sur sa tombe et y renversent leur bière d’aller jouer ailleurs !
Très vite le lecteur va avoir ses préférences sur l’un ou l’autre des personnages qui ont vécu et une idée aussi sur ce que fut cette petite bourgade au sortir de la guerre. Un politique, une fleuriste, une femme de chambre, quelqu’un qui ne fait que compter, un jeune …tous parlent vrai, sans faux-semblants. Colère, humour et tendresse traversent ces personnages avec légèreté. Ce texte nous familiarise avec la mort et les morts. Le style de ce livre traduit de l’allemand est facile et agréable. Le Champ sans être un livre triste nous rappelle que nous ne sommes que de passage, donc pourquoi ne pas vivre dans l’amour la vie qui passe ?

Marieke Aucante

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