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Un Père cent très spécial

Vierzon

Un cortège musical et bigarré, une statue déplacée, une fresque inaugurée, un peu dans la tradition, un peu dans la nouveauté, les Vierz’arts n’ont pas raté l’anniversaire officiel des cent trente ans du lycée Henri-Brisson.

Le cortège qui a déambulé dans les rues de Vierzon, le 10 mars dernier, avait belle allure. Remis au goût du jour voilà quelques années c’était le défilé du Père cent. Une déambulation quasi ancestrale qui avaient eu de beaux jours avant de tomber dans l’oubli puis de renaître de ses cendres. C’est en l’honneur des cents derniers jours de cours, pour les élèves en dernière année, que durant des décennies les étudiants descendent la rue de la République au pas lent d’un simulacre d’enterrement avant de rejoindre, dans la deuxième phase, le lycée Henri-Brisson au pas de charge. Une tradition qui a marqué tous les élèves de l’ancienne École Nationale Professionnelle, la première créée en France, devenue depuis lycée polyvalent. 2017 était aussi l’occasion de fêter les 130 ans de l’établissement. De fait, les étudiants de l’année avaient été rejoints par plusieurs générations de Vierz’art des promotions précédentes.

Défilé, embrasement du cercueil, exposition étaient au programme de cette journée anniversaire. Pour le coup on avait aussi remis à son poste, dans la cour d’honneur, la cognée au pied, la statue musculeuse du « Fainéant » comme l’ont appelé tous les élèves qui l’ont plus ou moins saluée au fil des ans. Installé dans l’école dès 1905, l’œuvre de Paul Richer avait été réalisée en 1899. Elle avait pour intitulé « Bûcheron de la forêt de la Londe ». Toujours au repos, comme l’indique sa pose, jamais personne ne l’avait vu travailler, d’impudents potaches lui ont vite attribué son surnom qui est désormais plus connu que le titre originel.

Sur l’esplanade de La Française, devant les façades classées, c’est le nombre symbolique 130 qui a été tracé par un crayon humain avec, pour chaque chiffre, des élèves compacts. Une fresque, composée par des élèves et l’artiste Polonaise Ewa Ciepielewska a par ailleurs été inaugurée.

C’est en 1883 qu’avait été posée la première pierre de l’établissement qui aura connu de nombreux aménagements depuis. Une première pierre posée par Jules Ferry, alors ministre de l’éducation publique. Dernière en date de ces modifications, la salle de la Décale qui est régulièrement utilisée pour des concerts et, qui, pour le coup aura été bien utile pour l’organisation, cette année, du spectacle retraçant les 130 ans de l’établissement. Terminée en 1886, l’ENP a reçu ses premiers élèves à la rentrée 1887. Elle devait, dès sa conception, servir de modèle aux futures autres Écoles Nationales Professionnelles .A cette époque, c’est un concours qui ouvre, ou pas, les portes pour accéder à l’établissement. La renommée de ce dernier est vite établie. La qualité de l’enseignement et sa modernité en font l’un des meilleurs de France. La pratique sportive des Vierz’arts de l’époque permet de développer les clubs sportifs locaux. C’est d’ailleurs après une rencontre les 2e et les 3e années de l’ENP qu’est créé le premier club de rugby dans la deuxième ville du Cher. Après avoir remporté plusieurs éditions de la coupe d’Aremberg, les joueurs porteurs du maillot noir et jaune des Vierz’arts accéderont régulièrement aux phases finales nationales dans cette discipline.

Des filières ont été abandonnées au profit d’autres au gré des mutations industrielles. L’appellation École nationale a disparu depuis longtemps mais, de temps à autres, dans une conversation, elle revient au fil d’une phrase. Certes l’ENP est devenu lycée polyvalent, comme son voisin Édouard-Vaillant, et ne possède plus en son sein de classes préparatoires aux grandes écoles comme les Arts et Métiers, c’était le cas naguère. Son histoire est cependant étroitement liée au passé industrieux de Vierzon, cela valait bien un défilé tout ubuesque qu’il fût, tout iconoclaste qu’il puisse être interprété.

Francis Smith

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