Un lycée, un ministre, une PAC décriée

Le lycée horticole de Blois a reçu la visite de Marc Fesneau le 1er septembre pour marquer le coup de la reprise des cours. Aujourd’hui ministre de l’agriculture, hier maire de Marchenoir, l’élu devenu un peu parisien du fait de sa fonction politique d’importance mais demeurant loir-et-chérien également, n’était donc pas en terre totalement inconnue.
Même pour le Gouvernement, il existe des marronniers comme aller à la rencontre de lycéens, d’apprentis, d’enseignants, de maraîchers et d’entreprises travaillant la terre et la matière vivante. Un passage d’autant plus obligé pour un ministre de l’agriculture puisque pour rappel, l’enseignement agricole dépend et est sous l’égide de ce ministère. Alors, sans bottes mais avec attention, Marc Fesneau (Modem) a effectué le tour des serres à tomates, des champs de fleurs, du futur espace qui accueillera un green pour la certification de spécialisation jardinier de golf. Sans oublier les cuisines du lycée horticole de Blois qui sont dans une démarche de restauration collective de qualité (en cohérence avec la loi Égalim; traitement des déchets, récupération de l’eau non consommée, fromage non préemballé, partenariat avec le lycée hôtelier et les agriculteurs locaux, etc.) “La ressource eau, l’alimentation de qualité, l’attitude face au vivant… Vous êtes au cœur des préoccupations actuelles de transition face au dérèglement climatique, alors qu’on pensait que ces métiers appartenaient au passé. Vos formations sont d’avenir. Nous sommes peut-être trop angoissants les uns et les autres mais l’enseignement agricole est une solution, » a martelé le ministre aux jeunes, avant de s’élancer vers d’autres établissements à Fougères-sur-Bièvre (41) puis à Chaingy, dans le Loiret. “Sachez que ce lycée est formidable, génial!” a témoigné Quentin, en classe de première, lorsque le micro fut donnée à la salle, en concordance.

Politique en friche
L’ambiance était donc ensoleillée et bon enfant, mais n’a pas empêché les doléances des adultes présents, porteurs de projets, maîtres d’apprentissages, maraîchers bio. Il fut notamment beaucoup question de Politique Agricole Commune. « Nous sommes les oubliés de la PAC qui ne profite qu’aux gros systèmes,” a déploré Stéphane Neau, maraîcher-producteur à Chitenay. “Je ne suis pas anti-système mais nous ne sommes plus une niche, nous nous sentons marginalisés.” Ary Régent, ex-directeur technique reconverti en maraîcher biologique sur le Blaisois, a confirmé le reproche. “Nous avons eu la crise Covid, et maintenant c’est la crise financière. Le pouvoir d’achat des consommateurs nous impacte directement sur la vente de nos légumes, particulièrement en bio. L’État en plus valorise l’entre-deux, le HVE (Haute Valeur Environnementale). Quant à la PAC, soixante-dix euros l’hectare quand on possède 2,5 ha, faites le calcul, cherchez l’erreur. Cela tire les gens installés sur des petites surfaces vers le bas, les prix aussi… ” Chacun se souviendra pourtant de la réforme de cette fameuse PAC discutée en grandes pompes au château de Chambord en septembre 2016 sous l’impulsion du ministre de l’agriculture de l’époque, Stéphane le Foll, entouré de ses homologues ministériels européens. Depuis, beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts, et la culture apparaît toujours totalement en friche.
É. Rencien