Désertification médicale : Roumanie la solution ?

 

SANTE La Communauté de communes Val de Cher Controis organisait une conférence de presse le jeudi 16 août dernier. Jean-Luc Brault, président de la Communauté de communes et Jacques Paoletti, vice-président en charge de la santé, ont présenté le dispositif mis en place pour favoriser l’installation, à terme, de jeunes diplômés en médecine sur le territoire communautaire afin d’apporter une réponse efficace et concrète à la désertification médicale.

Des élus et des des médecins du territoire avaient effectué une voyage en Roumanie, en mai dernier, afin de rencontrer, pour un premier contact des étudiants en médecine de l’université de Iasi dans le but de leur proposer des stages. Comme pour devancer les critiques et les soupçons de conflit d’intérêts, Jean-Luc Brault et les initiateurs du projet ont précisé que l’organisation de ce premier contact avait été facilitée par la présence de Marie-Clémentine, fille de Jean-Luc Brault, étudiante en médecine dans cette université: « il est bien évidemment hors de question qu’elle bénéficie d’une aide financière éventuelle » a ajouté ce dernier.

Des stagiaires conquis
Dans cette dynamique, six étudiants français ou francophones de l’université de Iasi en Roumanie effectuent actuellement, ou ont effectué, un stage dans les établissements de santé du territoire: médecine générale, dentaire… à l’hôpital de Selles-sur-Cher, à l’hôpital de Saint-Aignan, au sein de la Maison de Santé Pluriprofessionnelle de Noyers-sur-Cher et de son annexe située à Meusnes. En présence de leurs maîtres de stages, des élus communautaires, des maires, des personnalités qualifiées membres du jury de sélection, ils nous ont exposer les motivations les ayant conduits à venir en Val de Cher Controis. Tous ont exprimé leur satisfaction de ce premier contact aussi bien en ce qui concerne le territoire lui-même, que beaucoup ne connaissait pas, et pour l’accueil reçu.
Le dispositif d’aide à l’installation des professionnels de santé proposé est le suivant: de la 3e à la 6e année d’études en médecine, les étudiants signant un contrat d’engagement avec la Communauté de communes perçoivent une aide financière globale de 26 000 €. En fonction des situations, une seconde aide de 20 000 € pourra être accordée aux étudiants pendant leur période d’internat de la 7e à la 12e année, répartie selon la durée de la spécialité. En contrepartie, l’étudiant qui aura bénéficié d’une des deux aides s’engage à exercer pendant 5 ans minimum sur le territoire communautaire ou 10 ans s’il a bénéficié des deux aides. Dans le cas contraire, l’étudiant sera contraint de rembourser les aides perçues.
A ce jour, une quinzaine de demande a été déposée. Les dossiers seront étudiés par un jury qui se réunira fin septembre. Les premières bourses d’études seront attribuées à compter de la rentrée universitaire d’octobre 2018.
Jean-Luc Brault , qui semblait ravi de la tournure que prenait cette initiative, a demandé aux stagiaires d’être les « commerciaux » du territoire en Roumanie: « nous vous avons manifesté l’envie qui était la nôtre de vous recevoir. Soyez nos ambassadeurs, faites ressentir votre satisfaction et ramenez-nous des candidatures. Nous leur déroulerons le tapis rouge. Nos objectifs: une quinzaine de médecins généralistes, dentistes, gynécologues et ophtalmologues. »
Jacques Paoletti a conclu: « nous avons perdu trop de temps, il était temps de réagir. La réussite de notre initiative semble possible sinon probable. Cela marche parfaitement bien dans la Sarthe alors pourquoi pas dans le Val de Cher Controis… ».


ZOOM ▶ Hypermotivés

Le docteur François Coulon, médecin retraité et ancien élu du territoire, a participé au voyage d’études de mai dernier et il en a tiré quelques réflexions:
« Il s’agit de Français, issus de toute la France et de Francophones. Contrairement aux idées préconçues, la majorité n’appartient pas à des familles aisées, nombre d’entre eux sont boursiers du CROUS (organisme de France) comme ceux étudiant en France.
Tous ces étudiants rencontrés ont forcé notre admiration par la forte conviction de leur vocation. Pour réussir à exercer le métier qui les passionne, ils font tous d’énormes sacrifices (en travail, en temps, en argent, en choix de vie). Ils étudient très loin de la France ou de leur pays d’origine, pendant plusieurs années, éloignés de leur famille, de leur territoire, éloignés d’une vie tout simplement normale d’étudiant. La plupart sont forts psychiquement pour atteindre leurs objectifs mais souvent touchés moralement par ces circonstances exceptionnelles. Ils se sentent et se savent mal aimés, voire dévalorisés (très injustement de mon point de vue) par les pouvoirs publics et les institutions de France. Ceci parce qu’ils suivent une formation parallèle afin de vivre jusqu’au bout leur vocation…J’ai été émerveillé par tous ces jeunes, si heureux que des responsables de leur pays viennent les voir, les écouter, passer un moment avec eux et les rencontrer si loin alors qu’ils se sentent si seuls (sur le plan sociétal).
Ils auront un diplôme européen, reconnu dans tous les pays de l’Union. Actuellement l’immense majorité de médecins étrangers (dont les roumains) exerçant en France sont très bien accueillis par les patients … Pourquoi pas eux ?
Ils sont polyglottes, ont une vocation et une telle soif de l’exercer. Ils montrent de telles qualités de pugnacité et de courage. Ils ont besoin, que chez nous, en France, on leur tende la main, on les accompagne. Armés par les épreuves, ils feront, j’en suis persuadé, d’excellents thérapeutes, pétris d’humanisme pour peu que nous les aidions. C’est ce que propose Jean-Luc Brault et son équipe. »

Gérard Bardon

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