Il y a 74 ans, La Sologne se libère seule

Au nord de la Loire on pavoise. Au sud on vit encore sous la botte. A Orléans, plus aucun  pont ne relie les deux quartiers  de la ville. Les troupes américaines, nous l’avons vu, pour des raisons stratégiques , ne franchissent pas le fleuve , préférant une marche rapide vers l’est  et confient la sécurité de leur  flanc droit aux F.F.I. Il incombe donc à ces derniers,  maquis de Sologne, résistants de d’Olivet , de Saint Hilaire et de la forêt d’Orléans  de débarrasser tout le sud du département de la présence  plus que jamais indésirable des troupes d’occupation.  Pour l’heure, au lendemain de la libération d’Orléans, Américains et Allemands se contentent de se livrer à un duel d’artillerie au-dessus de la Loire. Le 18 août le haut du clocher de Saint Marceau s’abat, touché par un obus américain. .

Au sol, la situation diffère quelque peu. Passablement désorganisée l’armée ennemie s’oppose de plus en plus difficilement à la machine de guerre anglo-américaines . A l’exception de quelques poches de résistance, Lorient, Saint – Nazaire et Royan par exemple , l’armée allemande en retraite remonte vers son pays qu’il faut protéger à tout prix. La boucle de la Loire et la Sologne se trouvent donc, durant quelques semaines, face à une situation difficile. A l’intérieur de la région circulent encore de nombreuses colonnes venues de l’ouest et du sud-ouest de la France qui tentent de franchir la Loire. Dans le Val , au plus près du fleuve, des unités essaient de protéger leurs déplacements. Le 19 août une forte unité arrive par Mareau-Aux-Prés en direction de Saint- Hilaire-Saint-Mesmin et Olivet. Les F.F.I de la région et les maquisards de la forêt d’Orléans venus les soutenir, réagissent vivement et tiennent  Saint-Hilaire. L’artillerie américaine intervient alors et arrose copieusement le village. Erreur ! Les artilleurs alliés ont confondu Mareau, où se trouvent les Allemands et Saint Hilaire. Revenus de leur surprise, les résistants se disposent à défendre le pont Saint Nicolas  et à couper la route de Saint Marceau et d’Olivet à l’ennemi.  Un rude combat s’engage au terme duquel les résistants doivent reculer et se retirer.  Les  Allemands pénètrent dans Saint Hilaire, tirent sans avertissement sur toute personne se trouvant dans la rue ou dans les champs, tuant quatre personnes dont trois F.F.I fusillés immédiatement après leur capture. La soldatesque teutonne sous les ordres du commandant Lieben s’installe dans les maisons et rassemble des otages. Un lieutenant allemand intervient en leur faveur, alors que de leurs côtés les Américains envoient des parlementaires… immédiatement retenus prisonniers. Durant ce temps, Orléans craint une contre-attaque, la zone entre Saint – Marceau et Saint-Hilaire étant à nouveau occupée.

C’est alors que le docteur Simonin, maire d’Orléans décide de parlementer avec les Allemands retranchés à Saint Marceau et menacés du côté d’Olivet par les FFI de la section Labaye. Finalement , malgré quelques incidents, les pourparlers aboutissent et les occupants acceptent de se rendre aux Américains. Le 22 août, les Allemands déposent les armes par petits groupes et évacuent Saint Marceau et Olivet. Néanmoins, Saint Hilaire et le pont Saint Nicolas restent aux mains de la colonne  Lieben, laquelle poursuit ses exactions et constitue  toujours une menace pour la rive droite de la Loire. Le 21 août, deux résistants d’Olivet, Marcel Belot et André Guyon  tombent , alors qu’ils tentent de s’échapper. Un civil subit le même sort, fusillé dans son jardin. Le 25 août un autre habitant est abattu en sortant de chez lui.

Il faut crever l’abcès . Les résistants d’Albin Chalendon, qui ont quitté la forêt d’Orléans  prennent position autour d’Olivet . Entre Saint Hilaire-Saint-Mesmin et Saint-Cyr-en-Val, les escarmouches se multiplient. Le 22 août un conseil de guerre se tient à la préfecture d’Orléans  réunissant Américains et Français. Il s’y décide de nettoyer la partie sud de la boucle de la Loire . Deux attaques doivent avoir lieu . Un premier élément traverse la  Loire à Châteauneuf-sur-Loire, un  second  à Beaugency. Tous deux convergent vers La Ferté-Saint-Aubin  et progressent sur une ligne allant de Marcilly–en–Villette à Jouy – le-Potier en attendant le signal de l’offensive : un tir de barrage de l’armée américaine. Des petits pelotons gagnent les postes qui leur ont été assignés. Malheureusement, les Allemands tiennent déjà ces points stratégiques, des églises qu’ils ont fortifiées en particulier. Les chefs de la Résistance corrigent alors eux-mêmes l’erreur et installent leurs hommes camouflés à proximité. Toute la journée du 24 août, les maquisards attendent un signal… qui ne vient pas. Au début de la nuit ils apprennent enfin que la manœuvre est différée, avec  pour cause une prochaine libération de Paris. Dans une situation périlleuse, entourés de soldats allemands, les maquisards du commandant Thénard, dont certains n’ont pas dormi depuis deux jours,  se voient obligés d’envisager la retraite. Silencieux, ils en ont l’habitude, profitant des accidents de terrain qu’ils connaissent bien , guidés par des habitants des alentours, ils rejoignent  des points de ralliement où ils peuvent prendre un peu de repos. Repartant à pieds pour Orléans dans la nuit du  25 au 26 août,  regroupés à Saint – Jean-le-Blanc, ils traversent la Loire en barques et, par la rue Royale,  entrent en bon ordre dans la capitale départementale avant de rejoindre leur cantonnement.

Ce demi–échec n’apporte aucune solution à l’occupation du Val et de la Sologne. Des affrontements intermittents se poursuivent. Le 23 août, le pont Saint – Nicolas saute. Le 26 août des tirs retentissent aux alentours du pont Cotelle à Saint-Cyr .  Néanmoins, de nombreux militaires hitlériens ne cultivent plus aucun optimisme quant à l’issue de la guerre. Comme à Saint Marceau , certains se rendent par petits groupes, le plus souvent  à l’insu de leurs chefs. D’autres se joignent aux colonnes qui traversent la Sologne avec l’espoir de pouvoir franchir la Loire, en particuliers à la colonne Leye dont nous allons reparler.

Serge Vannier