Jérémy Koel, la terreur des banquiers

Jérémy Koel (à gauche) en pleine réunion de chantier dans le futur labo boulangerie de sa nouvelle entreprise.

Le banquier qui va rouler Jérémy dans la farine n’est pas encore né. Le jeune homme a réponse à tous les arguments. A vingt-six ans, il sera bientôt à la tête de cinq boulangeries.
A sept ans Jérémy savait déjà qu’il voulait être boulanger. Il n’avait pas d’antécédents familiaux mais la vocation était là. Il se trouva tout naturellement en pré apprentissage à 14 ans et cinq ans plus tard, il décrochait son brevet professionnel. « Je suis allé passer un an à Paris pour découvrir autre chose mais je savais déjà que j’ouvrirai ma propre affaire. » Le jeune boulanger a sans doute de l’or dans les mains… mais pas de fortune personnelle. « Avec une mère aide soignante, un père routier et quatre enfants à la maison ils ne pouvaient évidemment pas être cautionnaire. Or les banquiers n’aiment pas les entrepreneurs qui veulent se lancer sans apport personnel. Ils trouvent d’autres formules pour le dire, mais les 20 % d’apport figurent bel et bien sur leur tableau de marche. » Alors le candidat entrepreneur a collectionné les refus (il en a compté quinze), sans se décourager. « J’étais VRP, pour gagner ma vie, mais je travaillais à mon projet. J’avais trouvé auprès du maire d’Arthon une oreille bienveillante. Un local étai vacant à un endroit stratégique, la mairie a accepté de l’aménager et une chargée de clientèle qui lui avait opposé deux refus a fini par accepter (de guerre lasse ?) son dossier.
Le jeune homme a arraché sa mère à l’administration hospitalière et monté avec elle une SARL. C’est elle qui tient le commerce d’Arthon, ouvert le 31 mars 2015. Six mois plus tard Jérémy subissait une poussée de fièvre entrepreneuriale et achetait, avec les bénéfices d’Arthon, une seconde boutique à Neuvy-Saint-Sépulchre. « C’est un point de vente, alimenté par la boulangerie d’Arthon, mais en deux ans elle est devenue aussi rentable que la première. »
Une devise simple : « Le tout fait maison »
Le principe économique de de sa marque « A la Boul’ange Koel » est simple. « Tout est fabriqué dans mes labos de A à Z. En étant très prudent sur les marges j’arrive à faire du haut de gamme à peine plus cher que mes concurrents. Mais je suis fier de faire mon métier ». Neuvy digéré, il fallait un nouvel objectif à cet insatiable entrepreneur. « C’était stabilisé, il fallait voir autre chose ». Ce sera Châteauroux, mais un gros morceau cette fois. « Ce projet a été préparé pendant un an. Il s’agit de reprendre trois boulangeries. L’une au centre commercial de Touvent est un simple point de vente, mais à Voltaire j’aurai un labo pâtisserie et avenue John Kennedy le labo boulangerie. Le tout était exploité par un collègue qui souhaitait faire autre chose. J’ai évidemment eu droit à un millier de refus, cette fois les banquiers estimaient que je voulais grandir trop vite ». Le jeune homme réussit pourtant à convaincre une banque qui lui avait dit non lors du premier projet. « Le représentant local était un client de ma boulangerie d’Arthon et m’avait proposé de racheter mes crédits. J’ai préféré rester fidèle à ma banque et convaincre son directeur régional de venir voir sur place comment je travaillais.
La discussion fut épique, mais positive. Le jeune patron avait le soutien de Moulin Souffelt Baguépi, son fournisseur de farine, qui finança trente pour cent de l’opération. Restait à obtenir la garantie d’emprunt de la Bpi France, un organisme qui soutient les entrepreneurs, via Indre Initiative. Là encore le jeune homme força les portes pour faire passer son dossier et désormais la course est engagée avec les entrepreneurs pour faire réaliser les travaux qui permettront l’ouverture de son trio de points de vente le 21 novembre.
Une équipe d’apprentis
Mais Jérémy a encore un sacré pari à gagner pour faire tourner ses boulangeries. Il va laisser à son frère, qui vient de terminer son apprentissage, le soin de faire tourner Arthon et Neuvy et lui prendra la tête d’une équipe d’apprentis. « J’aurai la responsabilité de la boulangerie, avec un ouvrier boulanger qui travaillait dans l’entreprise, j’ai recruté une chef pâtissière, mon conjoint Ludovic s’occupera de la vente et des achats, et le reste de l’équipe se compose de huit apprentis : quatre en vente (trois sont déjà recrutés), deux en boulangerie et deux en pâtisserie. Si l’entreprise se développe j’embaucherai les apprentis qui auront été formés à la culture de l’entreprise. Comme les apprentis alternent cours au CFA et période en entreprise il me fallait doubler les postes pour être opérationnel en permanence ».
Jérémy se chargera en prime des transports entre les différents magasins et des démarches administratives. « Je suis un autodidacte de la comptabilité et du droit social, mais tout cela me passionne ».
Comment voulez-vous qu’un banquier puisse résister à une telle force de conviction ? Rendez-vous le 21 novembre.
Pierre Belsoeur