Louis XI, le roi berrichon

Au quinzième siècle, le Berry a enfanté un roi. On a raison de le rappeler car ce n’est pas si courant ; toutes les provinces de France ne peuvent pas en dire autant. Le roi Louis XI est né dans le palais épiscopal de Bourges1 le 3 juillet 1423.

Ses parents, Charles VII et Marie d’Anjou, s’étaient réfugiés dans la capitale du Berry pour échapper aux Bourguignons et aux Anglais qui voulaient arracher la couronne de France à l’héritier légitime2. Le jeune Louis n’a pas vécu longtemps à Bourges. A 3 ans, le voici au château de Loches, à 10 ans il est à Tours, jeune adulte il est exilé par son père en Dauphiné. Devenu roi de France à la mort de Charles VII, Louis XI s’est installé à Ambroise puis à Plessis-Lès-Tours. Et le Berry dans tout ça ? Pas tout à fait oublié puisque c’est sur ordre du roi que fut créée une université à Bourges en 1467. De leur côté, les Berrichons n’ont pas fait de gros efforts pour considérer Louis XI comme l’un des leurs. A une exception près : celle de Jean Baffier, régionaliste et sculpteur réputé à la fin du XIXe siècle.

La statue de Louis XI, réalisée en 1884, est l’une des premières œuvres monumentales de l’artiste. Propriété de la ville de Bourges, elle a d’abord été exposée au musée du Berry ; elle est maintenant installée dans le jardin de l’Hôtel de la Poste3, emplacement bien choisi puisque le roi berrichon est aussi considéré comme le créateur des services postaux. La statue en bronze que tous les Berruyers connaissent est l’un des chefs-d’œuvre de Jean Baffier. Voici donc, Louis XI, tel qu’on l’imaginait il y a 150 ans, assis, tassé, dans un fauteuil royal, vêtu comme un petit bourgeois, coiffé d’un chapeau orné de médailles pieuses, menton soutenu par le bras droit qui rappelle le Penseur de Rodin. Pas de doute, ce monarque sans élégance est un homme qui réfléchit et qui calcule, rusé, acharné, peut-être cruel et profondément tourmenté de l’intérieur, « l’universelle araignée » comme l’avaient surnommé ceux qui le craignaient. « Il serait difficile, en effet de rendre, avec une vision plus claire, un esprit plus affiné, une vérité plus frappante, l’âme perfide, féroce, superstitieuse et prodigieusement rusée de ce tyran », écrivait Lapaire4 en 1927. Roi complexe, oui, efficace, sûrement, mais mal-aimé, pour ne pas dire plus ; une renommée difficile à porter, prudence donc, v’êtes sûr qu’il est ben du Berry c’gâs là ?

Et puis, tout a changé. Dans la seconde partie du XXe siècle, des historiens parmi les plus grands5 ont retravaillé la biographie de Louis XI et fouillé les archives. Le tyran laid, cruel et fourbe, avec des médailles pieuses sur son chapeau, enfermant ses ennemis dans d’étroites cages de fer ? Des légendes, le plus souvent ! affirment maintenant les spécialistes. Quant à Guy Breton, journaliste spécialisé dans les histoires d’amour de l’histoire de France, il met en scène un Louis XI friand, comme bien d’autres, des menus plaisirs que s’offrent sans façon ceux qui gouvernent. Il nous montre, par exemple, Marguerite de Sassenage qui, « au passage du roi, feignant de perdre sa jarretière, retroussait sa robe pour rajuster un ruban. La naissance de la cuisse ainsi dévoilée était d’un galbe si parfait que Louis, troublé, désira en voir davantage. Deux heures plus tard, la belle, devenait la maîtresse du souverain ».

Plus sérieusement, Louis XI appliquait les méthodes en vigueur à son époque, amusements et sévices compris, comme les rois qui l’ont précédé et ceux qui l’ont suivi. « Louis était laid, parlait rudement et se souciait guère de la dignité. Il vécu toute sa vie au grand galop, consacrant son temps aux multiples entreprises d’un souverain hardi et ambitieux. C’était un homme aux capacités exceptionnelles (…) sa sagacité, sa connaissance des hommes et des choses, son infatigable vitalité en faisait un souverain sans égal6 ». Louis a hérité d’un royaume épuisé par la guerre de cent ans. A ses successeurs, il a laissé une nation réorganisée, en état de marche. Roi berrichon, il est des nôtres et sa mémoire fait bien partie de notre patrimoine..

La chronique du Berriaud par Bernard Epailly

1 Aujourd’hui annexe de l’Hôtel de ville. 2 Guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, l’un des épisodes tragiques de la guerre de cent ans (1337-1453). 3 Un plâtre préparatoire est aussi conservé au Centre Jean Baffier de Sancoins. 4 Hugues Lapaire, Portraits berrichons, Radot, 1924. 5 L’américain Paul Murray Kendall et le français Jean Favier notamment. 6 Paul Murray Kendall, Louis XI, Fayard, 1974.