Région Centre : François Bonneau plaide pour plus d’autonomie des régions et d’équité entre les citoyens


À l’occasion de la rentrée, le président de la Région Centre Val de Loire fait un point d’étape sur les principaux enjeux qui vont conduire la politique régionale. Entre inquiétude due au contexte et ambition pour la Région, François Bonneau plaide pour une plus grande autonomie des régions, plus d’équité financière entre les citoyens et de développement durable.

Le Petit Solognot : François Bonneau, cette rentrée se fait dans un contexte particulier d’inquiétude sociale. Auquel s’ajoute un garrot climatique qui nous presse et le contexte de développement de nos entreprises, et vous avez là encore beaucoup d’incertitudes. Quelle sera l’action publique locale ?
François Bonneau : Elle sera déterminante, car les concitoyens veulent des réponses dans le processus de mondialisation aveugle qui s’est engagé. Cette mondialisation brutale n’est plus possible.

LPS : L’institution régionale a un pouvoir déterminant en la matière ?
F.B. : Certainement. Si l’on veut reprendre la main, recréer des systèmes économiques, sociaux et environnementaux, ce n’est pas par des décisions internationales mais par une relocalisation des enjeux. La Région est un espace de fédération des acteurs, avec plus de décentralisation et d’autonomie.

LPS : Quid des citoyens ?
F.B. : La décentralisation les associe en leur proposant d’être force de proposition. C’est la raison pour laquelle nous avons voulu, en Centre-Val de Loire, une COP action (Conférence pour le climat). Pour faire changer les choses, plus que la COP internationale. Les États donnent certes le cap, c’est indispensable, mais c’est à nous de mettre en application et de donner aux citoyens l’occasion de s’impliquer localement. Cela passe par les réflexes les plus simples comme la voiture en partage ou la consommation locale qui accompagne notre agriculture. C’est comme ça que nous gagnerons la partie.

LPS : Donc, tous concernés ?
F.B. : Oui, cette rentrée doit concentrer nos énergies et initier la co-construction avec les citoyens, mais aussi les entreprises et les autres collectivités. Rarement l’inquiétude du risque de fracture et d’exclusion a été autant partagé, en particulier dans la ruralité. Il faut donc donner la priorité à l’inclusion, notamment par le pouvoir d’achat. Cela passe par la gratuité du transport scolaire (NDLR : budget de 12M€/an. A noter que la Région compte 3% d’usagers en plus chaque année qui choisissent le transport en commun).
Nous reconduisons bien entendu la gratuité des manuels scolaires et ajoutons la mise en place optionnelle des ressources numériques dans les lycées : licences et locaux, plus aide à l’acquisition d’un ordinateur par les familles qui en ont le plus besoin. (NDLR : le budget passe pour cette nouvelle phase, de 750K€ à 6M€. La Région a négocié un modèle d’ordinateur pour les lycéens au niveau régional, permettant jusqu’à 50% de rabais et une aide aux familles non boursières). Contrairement aux autres régions qui imposent un choix global pour tous les établissements, les décisions de manuels numériques ou papier sont prises lycée par lycée.
Certains établissements comme le lycée d’Issoudun sont passées au 100% numérique. Pour cette rentrée, ajoutons que le numérique n’est pas tout, une aide de 50€ par lycéen professionnel est octroyée pour l’aide à son équipement.

LPS : Le transport reste une question délicate…
F.B : C’est vrai, la mobilité doit encore s’adapter aux modes de vie qui changent. C’est pourquoi nous avons développé le nouveau tarif de la mobilité occasionnelle : 50% de remise le week-end et 33% en semaine par « Rémi » Car ou train, et jusqu’à 66% pour les jeunes de la Région de 15 à 26 ans, quel que soit leur statut. (NDLR : l’inscription se fait sur la plateforme YEP’S).
28 000 jeunes ont pris la carte « Rémi liberty jeune » depuis le mois de juin. C’est six fois plus que prévu. Mais qu’importe, l’idée est de leur donner le réflexe du transport en commun. La carte senior est aussi lancée, avec entre 9h et 17h 50% de rabais.
Notre objectif est de remplir les trains et les cars et de faire en sorte de rentabiliser le transport collectif quel qu’il soit.
Notez que la carte Rémi est gratuite pour les personnes porteuses de handicap, et qu’il n’y a pas d’augmentation du prix des abonnements.

LPS : Avec la nouvelle loi LOM, pour la mobilité, les communautés de communes auront une responsabilité complémentaire pour le transport sur leur secteur géographique.
F.B. : Oui, la Région va donc développer de nouveaux partenariats avec les communautés de communes, les agglos et les entreprises (NDLR : les entreprises payent une part essentielle des transports en commun).

LPS : Vous voulez que la rentrée soit aussi un engagement pour la planète. D’autres région comme la Bretagne et PACA ont initié leur COP. La Région Centre veut engager la mobilisation des acteurs. Concrètement, comment ?
F.B. : Notre COP Action est un contrat d’objectif pour la performance énergétique du patrimoine immobilier de la Région. Il doit engager soixante lycées de plus en Région à faire des propositions pour être plus performants en la matière.
J’en appelle aussi à la mobilisation des lycéens pour les COP des lycées, pour qu’ils se saisissent de la question et fassent des propositions. Il y aura pour cela des budgets participatifs.
J’évoquais de la consommation en circuit court ; on veut des repas de saison, l’objectif est qu’en 2022, on ait 50% des repas avec des produits locaux, on est à 15%. J’ai réuni les chefs cuisiniers pour en parler. Les agriculteurs sont aussi mis à contribution, en leur demandant de s’engager à utiliser moins de produits phytosanitaires, et user moins d’eau. Ils devront nous dire comment ils comptent faire pour produire mieux pour de nouveaux marchés, notamment avec la restauration collective et hôtelière.

LPS : S’agissant de l’emploi, la rentrée sociale, vous l’avez dit, est aussi sous tension…
F.B. : 20% des emplois sont industriels en Région Centre-Val de Loire. C’est à la fois une fragilité et une ambition. Nous avons signé tous les contrats « territoires d’industrie » (contrats aidés par le Gouvernement pour la relance industrielle du pays). Par ailleurs, la Région travaille en étroite collaboration avec Pole emploi. Je vois régulièrement la directrice régionale avec laquelle nous travaillons à la formation de gens directement employables par les entreprises qui ne trouvent pas de salariés compétents.
La Cité des métiers fédèrera les acteurs et les moyens en direction des jeunes dans les lycées. (NDLR : la Cité des métiers est un organisme « hors les murs » qui fédère les compétences et structures déjà existantes. Elle sera opérationnelle dès la rentrée de janvier).

LPS : Des associations de défense des migrants se sont réunies il y a quelques jours à Orléans, symboliquement entre la préfecture et l’Hôtel de Région, dénonçant les délais administratifs interminables pour l’obtention de permis de séjour et de travail.
F.B. : Je condamne en premier lieu les passeurs. Les migrants ont une rage et une volonté incroyable d’insertion. On ne prend pas le risque de mourir en quittant son pays pour toucher des allocations en France. Il faut évidemment raccourcir les délais administratifs. On n’a pas le droit de laisser les gens dormir dehors ; c’est les laisser aux marches de la cité. C’est le contraire de l’inclusion.

LPS : Vous êtes président du Conseil régional depuis douze ans, pensez-vous vous engager pour un prochain mandat ?
F.B. : Je n’ai pas pris de décision, mais je pense à long terme.

Propos recueillis Stéphane de Laage