Sorcellerie en Berry

Depuis les âges les plus reculés, dans toutes les civilisations, la sorcellerie a toujours existé. Elle a permis d’offrir une réponse aux questions du mal, de la mort et de l’inexpliqué.
Dans toutes les provinces de France il y a eu des histoires de sorciers. On dit que le caractère des berrichons, plutôt renfermé, vivant repliés sur eux-mêmes a fait perdurer plus longtemps qu’ailleurs le mythe de la sorcellerie. Mais déjà autrefois, du côté de Bourges, les druides avaient choisi la région pour en faire le centre sacré des Gaules. La densité vibratoire du sol y serait plus puissante qu’ailleurs, et plus sensibles les courants telluriques qui le traversent. Le Berry, royaume de « l’Ours », selon les origines celtes du mot serait une terre forte et lourde, à l’énergie souterraine qui happe ses habitants.
Terre riche en imaginaire, terre d’ombre et de bocage, on y trouve à la croisée des chemins les créatures typiques de la contrée :
Les facétieuses birettes, spectres qui portaient une peau de sanglier ou de loup sur les épaules (ou une chemise blanche selon les histoires) et qui hantaient les campagnes. Le dangereux meneur de loups, sorciers qui empoisonnaient le bétail ou les mares. Ils conduisaient des meutes et les faisaient danser au clair de lune.
Avec son cortège de superstitions et d’événements inexpliqués, la sorcellerie faisait partie de la vie quotidienne berrichonne. On peut encore trouver, chez les aïeux de quelques fermes ou villages reculés, des histoires de mauvais œil, de troupeaux décimés mystérieusement, ou de voisins mal intentionnés.
Au XIIIe siècle, la montée des hérésies rendit la sorcellerie potentiellement plus dangereuse. C’est à partir du XIVe siècle que la persécution des sorciers a débuté. Le Berry n’est peut-être pas plus superstitieux que les autres terroirs de France, mais il s’est autrefois distingué par de retentissants procès en sorcellerie. Celle-ci a laissé jusqu’à nos jours des traces et des trous dans l’imaginaire collectif.
L’œuvre de George Sand en a gardé des traces sensibles. L’un de ses romans, La mare du diable, a popularisé cette image d’un Berry « sorcier » en décrivant les mœurs inquiétantes de la « Vallée noire ». Dans les années 1960-1970, cette image est renforcée par de nombreux conteurs régionaux. Ils ont colporté ces histoires fantastiques, fiers peut-être de redonner à une région de plus en plus déshéritée l’originalité et les pouvoirs qu’elle était en train de perdre.