Politique en Loir-et-Cher : à quels matchs s’attendre à la rentrée ?


Avant le départ en congés d’été, panorama. D’abord à Blois. Un conseil communautaire d’Agglopolys s’y est tenu à la mi-juillet, avec une opposition bien déterminée à faire entendre sa voix sur tous les dossiers. Ces derniers échanges sous le soleil blaisois, avant d’entrer davantage dans le dur à la rentrée, donneraient-ils le ton ambiancé de passes d’armes à venir ? C’est une possibilité à ne pas écarter…

Le conseil d’installation des anciens et nouveaux élus dans la salle du Jeu de Paume le mois dernier à Blois fut courtois mais il était prévisible que cela ne saurait durer avec certains animaux politiques assoiffés dans l’assemblée, surtout dans l’opposition nouvellement générée par le scrutin municipal de mars. Ainsi, c’est tout naturellement que la main de Malik Benakcha (LR) s’est levée le 17 juillet 2020, lors d’un conseil communautaire ordinaire, comme à l’accoutumée. N’en déplaise, à observer, il semble évident qu’il ne restera ni muet ni effacé ni muselé pendant tout ce mandat, à l’instar de ses prestations très politiques observées pendant les conseils municipaux de la ville de Blois. Prenant donc la parole ce soir-là après une remarque construite de Mathilde Paris (RN) concernant le budget de l’intercommunalité, sous les yeux et la bouche masquée d’Étienne Panchout (Modem), devant la chaise vide de Gildas Vieira (SE), le jeune homme de droite, qui apprend vite, a compris que rien ne vaut mieux qu’une main de fer dans un gant de velours pour faire passer ses idées et le 17 juillet, la cible fut ainsi atteinte cette fois sans billevesée. De fait, au vol, un reproche a été asséné audit conseiller Benakcha par le maire-adjoint de Marc Gricourt (PS), Yann Bourseguin, vice-président d’Aggloplys en charge de l’innovation sociale et du CIAS, piqué au vif. « Nous ne sommes pas en conseil municipal ici ! L’ambiance communautaire a toujours été respectueuse. Nous sommes un établissement public; ce n’est pas le lieu pour relayer des postures nationales. C’est la première fois qu’un conseiller communautaire en insulte un autre. Personne ne supportera ici de telles manipulations et interventions populistes ! Nous sommes là pour travailler ensemble.» Il est vrai que, pour rappel, lors de la session d’installation début juillet, il était question de pacte de gouvernance apaisée… Qui aurait déjà périclité, au profit d’un verbe haut et exacerbé ?

Unité qu’ils disaient …

Le sujet qui aura mis le feu aux étoupes ? L’entreprise Tecalemit et une délibération ôtée au dernier moment en conseil communautaire du 17 juillet. Le terme « charognards », choisi dans son propos par l’accusé Benakcha, ne sera visiblement pas bien passé dans les oreilles d’élus baissant le regard vers leurs souliers ou dodelinant de la tête en grommelant dans leurs moustaches. Ni non plus sa proposition de voeu de soutien collectif aux familles des salariés impactées. «Refusé par la gauche ! J’ai demandé, en plus de son retrait, que nous remplacions la délibération initialement prévue par un voeu de soutien aux salariés Tecalemit, ce qui a été accepté par Christophe Degruelle, président d’Agglopolys, » relate Malik Benakcha. «Mon propos jugé insultant était celui-ci : « J’ai naturellement approuvé votre communiqué de presse d’il y a deux semaines exprimant combien vous étiez, et combien nous étions tous, scandalisés concernant le comportement de la direction de Tecalemit, profitant de la crise du Covid-19 pour se réorganiser, laissant bientôt sur le carreau, les 112 employés en CDI, et donc les 112 familles. Il y a seulement 10 jours encore, les salariés manifestaient, rappelant qu’ils n’étaient qu’au début d’une négociation qui sera longue et difficile. Aujourd’hui, vous nous demandiez de voter une délibération, qui exprime exactement l’inverse. Je n’ai pas l’impression que nous participions à mettre la pression sur le dirigeant de l’entreprise puisqu’on lui propose même une sortie des plus agréables en proposant de racheter son foncier, dont il est personnellement propriétaire à travers sa SCI familiale. Je m’excuse d’avance du mot, mais je n’en ai pas trouvé d’autres pour exprimer mon sentiment, comme des charognards sur le dos des familles de salariés qui ont encore un espoir, retardez et exprimons un voeu de soutien pour les familles qui débutent l’été dans une situation de souffrance que peu d’entre nous ont connu, et là, c’est en tant que fils d’ouvrier que je vous parle». Sur ce, pour tuer le schmilblick dans l’oeuf, Christophe Degruelle (PS) aura de prime abord accepté le voeu très insistant («vous faites les questions et les réponses», aura commenté ledit président à l’intéressé précité), demandant même à ses équipes de préparer un court texte dans cette visée, pour finalement clore le conseil et fermer la fenêtre de tir sans autre forme de procès, devant les cartouches des deux conseillers en train de s’écharper. Ah, tout ça pour ça ! Feu étouffé, mais à la rentrée ?  Les élus, pour une poignée offusqués de tant de discourtoisie, vont pourtant bien devoir s’habituer à être contrariés parfois dans leur train-train jusqu’ici sans doute peu contesté. La cohabitation avec l’opposition, qui imprime sa patte, d’un ton à la fois quiet et décidé, depuis le début de cette nouvelle mandature, va durer au moins six années. Et ce n’est assurément que les premiers épisodes d’une longue lignée, le dossier du PLUI (Plan local d’urbanisme intercommunal) n’est pas par exemple encore passé, entre autres sujets, au crible de l’avis de la tablée …

Émilie Rencien

Photo (c) É. Rencien : début juillet 2020, les élus « apaisés » se plaçant pour la photo de famille pour le nouveau mandat qui s’ouvre pour six ans.

Puis, à Romorantin : c’est aussi reparti pour six ans

Jeanny Lorgeoux a été réélu maire dimanche 28 juin. Un septième mandat et des visages consacrés à ses côtés. Concernant la mairie, Nicole Roger demeure première adjointe, ici en charge de l’urbanisme, de l’environnement, du pôle services à la population. Puis suivent dans l’ordre des adjoints et adjointes, de la place numéro 2 à à 8 : Bruno Harnois (santé et solidarité); Anne Degrais (jeunesse); Michel Guimonet (emploi, formation, économie et numérique); Sylvie Baudat (finances et budgets); Michel Duval (affaires scolaires); Stéphanie Marquès (logement, intégration, lutte contre les inégalités et programme de rénovation urbaine des Favignolles); Philippe Seguin (services techniques et de la sécurité). Si Michel Houry, est nommé conseiller spécial délégué aux sports, des conseillers délégués ont été désignés, à savoir Andrée Pouget (petite enfance); Michel Cheminot (vie associative et handicap); Agnès Doyon (foires et marchés); Gilles Chêne (prévention et délinquance); Catherine Orth (centre communal d’action sociale) et Pierre-Richard Bourard (commerce). Concernant la Communauté de communes du Romorantinais et du Monestois, sans surprise, Jeanny Lorgeoux a été aussi reconduit dans son fauteuil, dans le cas présent, de président. Dans la foulée, 14 vice-présidents (mais peu de femmes dans les rangs) ont  été désignés : Christophe Thorin, Nicole Roger, Claude Chanal, Nicolas Garnier, Bruno Harnois, Aurélien Bertrand, Cédric Sabourdy, Sylvie Doucet, Michel Guimonet, Roger Leroy, Françoise Gilot-Leclerc, Bruno Maréchal, Romain Sourioux, Stéphane Gaveau. Sans oublier 7 membres au bureau communautaire, afin que chaque commune soit représentée : Gilles Chantier (Courmemin), Dominique Rétif (Langon), Joël Hérisset (Loreux), Gérard Thué (Maray), Pascal Picard (Mur-de-Sologne), Pierre Barbé (Saint-Loup-sur-Cher), et Hubert Bessonnier (Villeherviers). “Nous avons maintenant besoin de résultats,” a remarqué le maire Lorgeoux. Y a plus qu’à. Et surtout un constat : le conseil communautaire du 15 juillet, ainsi que le conseil municipal qui aura suivi le lendemain, le 16 juillet, à la Pyramide, auront fait s’élever un vent tempéré dans la salle qui parfois fait du bien. Peu ou pas de théâtre, bon ou mauvais; à la place, en façade tout au moins, du consensuel. Pendant qu’à Blois, les conseils municipaux deviennent rythmés, que se passe-t-il donc à Romorantin aux tons subitement devenus amenuisés ? Les esprits auraient-ils tiré des leçons, serinées dans les colonnes des médias, et évolué ? Peut-être. Ou seulement, juste le calme avant le retour à l’impétuosité ? Probable. Car le recours, déposé par Louis de Redon (Modem) contre le LR Raphaël Hougnon (pour rappel : https://www.lepetitsolognot.fr/a-romorantin-un-tien-vaut-mieux-que-deux-tu-lauras/)  est toujours en cours, et puis sur les réseaux sociaux, la tempête semblant contenue démontre en ligne qu’elle souffle toujours rage larvée…
É. Rencien

 

À Cour-Cheverny, enfin, une mairie qui attise bien des convoitises

Définitivement, quel imbroglio électoral là encore ! Bonnet blanc et blanc bonnet ? Ou jeux de dupes ? Affaire de tartuffes ? Ou simple malentendu aux conséquences inattendues ? Une histoire qui demeure, vu de l’extérieur, encore et toujours, bien compliquée à Cour-Cheverny, donnant quelque peu mal au crâne. Nous avons déjà écrit deux fois sur le sujet mais jamais 2 sans 3, alors pour un énième rappel des circonstances, le maire sortant, François Croissandeau, a vu sa liste (la seule) validée par les urnes lors du premier tour des élections municipales dimanche 15 mars. Jusqu’ici, tout va bien. Mais enfer et damnation, patatras, lors du conseil municipal d’installation en mai, c’est finalement l’une de ses colistières, Evelyne Marier, qui est désignée pour s’asseoir dans le fauteuil d’édile à sa place. Situation un brin inédite. Tout est défait, et même, tout est dorénavant à refaire. Car ensuite, un tiers du conseil municipal a démissionné; il faudra par conséquent revoter, réimprimer les programmes, reconstituer des listes. Heureusement que la première (et unique) liste présentée s’intitulait « Ensemble, Cour-Cheverny va plus loin »… Quel chantier désormais bien désuni ! Mais alors, que s’est-il passé pour arriver à un tel chaotique résultat ? Évelyne Marier, accompagnée de son adjoint Frédéric Selva, souhaite donner la vérité. «Nous avons appris pendant le confinement qu’une deuxième liste de nouveaux adjoints, différente de la première avec des anciens que nous avions fixée, se préparait en secret. Nous avons tenté de dialoguer, en vain. J’ai donc proposé ma candidature en conseil au poste de maire en signe de désaccord et pour ouvrir une fois de plus la discussion. Puis nous avons nous-mêmes été surpris que je sois finalement élue avec 13 voix ! Mais peut-être est-ce mieux ainsi car nous avons demandé une conciliation qui fut refusée. Mr Croissandeau n’a cessé de dénigrer pour tenter de mieux régner, » explique madame le maire. En parallèle, François Croissandeau confirme la conciliation proposée, mais selon lui, « survenue trop tard, après coup». Il ajoute : « Durant le confinement, on m’a dit qu’il était possible que je présente deux listes, puis il y a eu un quiproquo et je me suis fait avoir en beauté. » Il estime également à son tour avoir reçu « un couteau dans le dos », mais conclut en précisant ne pas vouloir « polémiquer davantage car en face, il y a déjà assez de mensonges dans tous les sens». Pas la peine non plus d’épiloguer, la presse n’étant pas là pour trancher. Les bulletins de vote, eux, s’en chargeront, a priori si la date se confirme, le dimanche 20 septembre 2020 en départageant, donc, les deux listes qui leur seront cette fois soumises. Quoiqu’il advienne ce jour-là, au regard du précédent rocambolesque et du pugilat généré, à Cour-Cheverny, l’écharpe tricolore semble valoir son pesant d’or.
É.R.