Agriculteurs et écolos, l’union sacrée…

SOS Catastrophe écologique, déclin massif… Les scientifiques sont désormais alarmistes concernant la perte de la biodiversité. Dans les campagnes, un tiers de la population d’oiseaux aurait déjà disparu ces quinze dernières années et la situation ne fait qu’empirer à un rythme vertigineux. Le programme « Des terres et des ailes » unit agriculteurs et écologistes et tente d’y apporter des solutions.
ARP

Alain Bougrain Dubourg et Didier Nabon, responsable de LPO41.

«L’alouette des champs, la fauvette, la tourterelle des bois, la perdrix grise, mais aussi la linotte mélodieuse ou l’hirondelle rustique : ce sont quelques-unes des espèces d’oiseaux, pour certaines familières, qui sont aujourd’hui menacées de disparition. Au moins 30 % des populations d’oiseaux de nos campagnes ont déjà disparu ces quinze dernières années. Et l’hécatombe concerne toute l’Europe avec 421 millions d’oiseaux et 80 % d’insectes volants perdus depuis 30 ans. » C’est le CNRS et le muséum d’histoire naturelle qui ont révélé il y a quelques semaines ces données .
Des données inquiétantes qui font réagir les écologistes. « Toute la biodiversité est aujourd’hui complètement bouleversée par l’utilisation intensive des pesticides, un modèle agricole qui privilégie les grandes surfaces, la fin des jachères, le braconnage d’espèces protégées et l’évolution de l’habitat. En même temps, on note une disparition des insectes qui vient aggraver le phénomène », affirme Alain Bougrain Dubourg. Le président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) s’est rendu vendredi 12 octobre à la Chapelle-Vendômoise pour le lancement du programme « Des terres et des ailes ». Une initiative en partenariat avec la Chambre d’agriculture France pour réinstaurer la biodiversité dans les campagnes. Souvent opposés autour des questions d’environnement, comment écologistes et agriculteurs ont-ils réussi à se mettre d’accord sur ce projet commun ? Pour Didier Nabon, responsable de LPO41, « il n’est plus temps de stigmatiser les agriculteurs. Il faut leur donner les moyens d’agir. C’est là où la diversité a le plus régressé qu’il faut mettre les moyens, ensemble, pour lui permettre une renaissance ».

« Les hirondelles font toujours le printemps »
Le retour de la nature dans les campagnes dépendrait avant tout de la mobilisation des acteurs du monde agricole : agriculteurs, paysans, associations locales, chambres d’agriculture. Le programme « Des terres et des ailes » est à leur disposition pour les accompagner dans cette reconquête. Pour se faire un site internet permet à chacun de participer de manière libre et autonome et de trouver une mine d’astuces et des fiches pratiques pour mettre en place des aménagements pour oiseaux et insectes : nichoirs, perchoirs à rapaces, tas de bois, buissons de ronces, mares, haies ou encore des arbres isolés. Pascal Ferey, vice-président des Chambres d’agriculture, est conscient que « chaque petit geste, chaque action compte. L’agriculture, explique-t-il, jouera un rôle majeur dans l’équilibre des écosystèmes. La diminution des populations d’oiseaux doit nous inquiéter, car cette présence est primordiale dans les grands équilibres de la biodiversité ». « Des terres et des ailes » est un premier pas volontaire, pour que nos petits-enfants puissent entendre, eux aussi, les premiers chants d’hirondelle annonciateurs du printemps.