Alain-Fournier, un écrivain illustre

Alain-Fournier est, avec Maurice Genevoix, l’écrivain le plus illustre de la Sologne. Son unique et remarquable roman, « Le Grand Meaulnes », s’est vendu à plus de six millions d’exemplaires à travers le monde. Profondément marqué par son enfance, il chérit toute sa courte vie (il mourut au champ d’honneur à l’âge de vingt-huit ans) le pays qui le vit naître, s’inspirant de ses paysages pour écrire. Dans « Le Grand Meaulnes », les lieux mentionnés reflètent en effet tous les endroits du Cher qu’il connut pour y avoir vécu : La Chapelle-d’Angillon, la ville où il naquit le 3 octobre 1886 et où il passa chez ses grands-parents maternels toutes ses vacances d’enfant et d’adolescent ; les alentours, de la Sologne au Pays Fort, dont il découvrit les petits chemins et les châteaux mystérieux à vélo; Nançay, où le beau-frère de son père, l’oncle Florent (Florentin dans le roman), tenait un magasin, encore ouvert aujourd’hui; Epineuil-Le-Fleuriel, village situé au sud du département du Cher où ses parents instituteurs firent la classe pendant sept ans et où Alain-Fournier vécut, selon ses mots, « ses plus belles années ». Dans le roman, tous ces endroits du Berry sont parfaitement reconnaissables, malgré les changements de noms. Seule petite entorse à la réalité, Alain-Fournier mêle le lieu de son enfance, Epineuil-le-Fleuriel, aux paysages solognots de ses vacances à La Chapelle-d’Angillon.

Les premières attaches berrichonnes d’Alain-Fournier, né Henri Alban Fournier, datent d’avant sa naissance et se situent non loin de La Chapelle, au Gué de la Pierre. Ce fut en effet au sein de ce bourg minuscule que son père, Sylvain Baptiste Augustin Fournier, nommé à son premier poste d’instituteur, fit la classe dans une ancienne forge. A cette occasion, Il rencontra sa future femme, la mère d’Alain-Fournier, Albanie Barthe, originaire de La Chapelle-d’Angillon où leur mariage fut célébré en 1885. Leur fils avait cinq ans quand, en 1891, Sylvain et Albanie Fournier partirent tous deux faire la classe à Epineuil-le-Fleuriel. Dans « Le Grand Meaulnes », le village cher au souvenir d’Alain-Fournier prendra le nom de Sainte-Agathe. La petite école, transformée en musée, est aujourd’hui un patrimoine littéraire précieusement conservé.

Chaque été, Sylvain et Albanie revenaient, avec leurs deux enfants, Henri et Isabelle, passer les grandes vacances à La Chapelle-d’Angillon. Et lorsqu’Alain-Fournier quitta Epineuil sept ans plus tard pour entrer au lycée Voltaire à Paris, il continua à venir se ressourcer avec bonheur dans ce Berry si cher à son cœur, chez ses grands-parents. A La Chapelle, la maison familiale, aujourd’hui habitée par Alain Rivière, neveu d’Alain-Fournier, est toujours visible, au n° 35 de l’avenue Alain-Fournier. De même que la mairie, faisant aussi office d’école, où les parents d’Alain-Fournier revinrent en 1903 enseigner pendant cinq ans. Comme beaucoup d’autres endroits inscrits dans la mémoire d’un adolescent ayant découvert au hasard de ses promenades les richesses naturelles et culturelles de sa région, la mairie de La Chapelle se retrouve dans « Le Grand Meaulnes ». Il s’y déroule le chapitre « La grande nouvelle », où le narrateur François Seurel annonce à son ami Augustin Meaulnes qu’il vient de retrouver la bien-aimée de ce dernier, Yvonne de Galais.

Alain-Fournier traduisit -dans ses ouvrages mais aussi dans sa correspondance avec Jacques Rivière, son beau-frère et ami- ses souvenirs du Berry en mots inspirés, poétiques et amoureux. Il nomma Epineuil-le-Fleuriel « le seul et véritable monde » tandis que La Chapelle-d’Angillon fut mentionnée comme le pays de ses rêves. Sur Nançay où il émit le souhait, dans une des ses lettres, de « reposer », il écrivit : « C’est un pays perdu dans la Sologne : c’est le pays de mon père, de mes cousins, oncles, tantes. » Du Berry enfin, il disait qu’il était « ce pays qu’on découvre entre les branches… »