Poulain, un petit cheval orange cacaoté qui naquit à Blois…

Chaque année, en France, plus de six kg de chocolat en moyenne par personne sont consommés avec volupté. Le Val-de-Loire ne peut rester indifférent à cette gourmandise si prisée, surtout avec dans ses annales, un confiseur du nom de Victor-Auguste Poulain.

Petits et grands, tout le monde a déjà croqué dans un carré de chocolat Poulain. Mais certains ne savent peut-être pas encore que les tablettes qui cachaient jadis dans leur emballage des vignettes à collectionner ont vu le jour sur les bords de la Loire, à Blois exactement. Un certain nombre d’ouvrages a déjà abordé le sujet ; le plus récent en date est sans aucun doute celui de Pascal Audoux, un confrère en poste à l’hebdomadaire la Renaissance du Loir-et-Cher, qui aborde la saga Poulain parmi d’autres « mystères du Loir-et-Cher » (éditions de Borée).  Néanmoins, l’histoire de cette douceur au goût d’enfance se narre inlassablement ici et là, et notamment une fois sur le petit écran. Un documentaire, coproduit par Skopia Films et France 3 Centre,  a été diffusé il y a quelques mois sur la 3e chaine. Le duo Éric Bitoun – Adèle Ménard a relaté en 52 minutes «la belle histoire du chocolat Poulain » : la naissance de Victor-Auguste Poulain un certain 11 février 1925 dans une ferme et dans une famille de dix enfants à Pontlevoy (41), son départ à 9 ans à pied jusqu’à Bléré (37) pour suivre un apprentissage, les petits boulots occupés à partir de l’âge de 12 ans à Blois puis à Paris dans des épiceries… Avant de poser ses valises à nouveau à Blois où il créa sa première boutique en 1847, rue Porte-Chartraine, dans la maison natale d’un autre grand nom, le magicien Jean-Eugène Robert-Houdin. Les images d’archives de ce documentaire sont rythmées par la voix, entre autres, de Marie-Christine Clément, auteure elle aussi d’un livre sur le dossier, baptisé « la magie du chocolat », paru chez Albin Michel en 1998 et agrémenté de recettes signées par son chef de mari, Didier Clément, à la tête du Grand Hôtel du Lion d’Or à Romorantin. «Victor-Auguste Poulain a exercé plein de petits métiers, il fut par exemple claqueur dans les murs du théâtre de l’Ambigu, » informe Marie-Christine Clément. «De retour à Blois, il ne falsifiait pas son chocolat, son credo était d’utiliser des produits de qualité.»

Audace et innovation… Et nous étions au XIXe siècle

Outre des repères biographiques, c’est surtout tout le génie de Victor-Auguste Poulain qui est révélé dans ce documentaire ainsi que des détails moins connus. Jadis, par exemple, le chocolat n’était pas la douceur sucrée qui accompagne bien le café que l’on connaît, plutôt un médicament ! Le grand public ignore sans aucun doute que le blésois Poulain a noué des partenariats avec le cinéaste Pathé et qu’il a inventé la publicité comparative sans s’en rendre compte grâce à son slogan « goûtez et comparez ». Beaucoup n’imaginent pas non plus que le chocolat Poulain a accompagné les soldats pendant la Première Guerre Mondiale ou encore qu’’il y avait un fils Poulain, Albert, qui a repris le flambeau après son célèbre père. De même, qui lève la tête en circulant à Blois sur la si justement nommée rue de la Chocolaterie, pour regarder l’ancienne résidence du confiseur, le magnifique Château de la Villette, à côté de l’École de la Nature et du Paysage ? Finalement, en regardant le documentaire d’Éric Bitoun et d’Adèle Ménard, même si on se dit que l’avenir de la fameuse marque désormais implantée à Villebarou, gérée par Cadbury puis Kraft Foods, actuellement dans le giron du puissant groupe industriel Mondelez International qui songe à se séparer de certaines de ses activités dont Poulain fait partie, n’a pas été abordé, ce n’est pas grave car l’essentiel n’est pas là. Le petit cheval Poulain avait vraiment un galop d’avance sur son époque. Un mélange d’audace et d’innovation, des concepts dont tout le monde vante tant les vertus de nos jours pour redresser la barre du navire qui chavire. Un galop d’avance certes mais tout en restant fidèle à une recette élémentaire que personne ne devrait perdre de vue : les choses les plus simples sont les meilleures dans ce monde. Et ce chocolat né à Blois fait partie des madeleines de Proust qu’il est difficile d’oublier…

Illustration : affiche de Leonetto Cappiello