Baguenaude, vadrouille ou expédition par Gérard Bardon

 

Juilletistes, aoûtiens, bison futé, chassé-croisé, bouchons, soleil, chaleur, rosé, tapas, maillots de bain et bermudas sont des mots qui annoncent quoi ? Mais oui, nous y sommes, ils fleurent bon les vacances, les départs, donc les voyages. « Partir, c’est mourir un peu ! » disait le poète, j’ajouterai « Rester, c’est mourir beaucoup… et se priver de mille bonnes choses ».

« Heureux qui comme Ulysse a fait un grand voyage », encore que !.. L’Odyssée des dix années passées en Méditerranée a dû lui laisser un sentiment de fatigue, de lassitude et de solitude. Surtout loin de sa belle qui filait sans doute un bien mauvais coton. Aujourd’hui, malgré la beauté de la grande bleue, berceau de notre civilisation, les amateurs d’aventures au fil de l’eau sont plus proches de la « Croisière s’amuse » que de l’épopée d’Homère.

Dès que les vacances approchent, surviennent des envies d’évasions, d’horizons différents, de désir de casser les habitudes, de se changer les idées en quelque sorte. Plus nous avançons dans le temps, plus les distances diminuent et les voyages ne posent plus les mêmes problèmes qu’autrefois avec une magique prochaine étape : la téléportation. Entre les embouteillages, les grèves, les bagages égarés, les attentats et les détournements d’avions, sans compter les « rats » des transports qui vous enlèvent votre portefeuille voire votre chemise sans que vous vous en rendiez compte, et les préjudices causés par la célèbre tourista, le voyage n’est pas toujours un agrément. Peu importe, l’herbe est toujours plus verte ailleurs.

Un voyage, qui en latin se dit « viaticum » c’est-à-dire « provision de route », prend souvent sa source dans un rêve dont le nom latin « exvagus » vagabond, (personne qui erre). Si Marco Polo, Christophe Colomb, Magellan, ont défrayé la chronique de leur époque par des voyages qui paraissaient extravagants, déraisonnables et chimériques, sur des fragiles et inconfortables caravelles sponsorisées par la noblesse de l’époque, ils ont ouvert les chemins à une foule d’aventuriers modernes dont l’objectif beaucoup plus personnel n’en est pas moins noble : s’ouvrir l’esprit à la découverte d’autres personnes, d’autres régions afin de mieux comprendre d’autres civilisations, d’autres coutumes, d’autres cultures, pour s’enrichir de leurs différences et s’éloigner de la xénophobie et du sectarisme.

Bien sûr, il y aura toujours le voyageur pantouflard, le voyageur critique, le voyageur chauvin, le voyageur « aveugle » qui ne sauront pas goûter, voir, humer, toucher, mais ceux-là ne voyagent pas, ils passent.

ll y a naturellement des voyages que l’on aimerait oublier : Les voyages dans les bateaux bagnes de l’antiquité ou ceux du bois d’ébène des esclavagistes jusqu’au XIXe siècle, et ceux, à pied, des prisonniers russes dans les steppes de Sibérie, ou ceux plus proches de nous, des wagons à bestiaux utilisés par les nazis durant la dernière guerre, des Arméniens en Turquie, des boat people vietnamiens… Sans oublier les drames actuels des immigrés et clandestins attirés par le miroir aux alouettes du monde occidental bien impuissant.

D’autres formes de voyages existent, par exemple, le mythomane qui vous entraîne à voyager dans ses péripéties inventées. D’autres voyageront constamment entre le rêve et la réalité, souvent uniquement dans leur tête, pour mieux accepter une vie qu’ils aimeraient pouvoir changer.

Des voyages sont aussi à éviter. Celui de la drogue en particulier, qui vous entraîne vers un cauchemar se révélant être une catastrophique réalité. Enfin, nous ferons tous le grand voyage au moment où Dieu, la destinée ou autre, l’aura décidé.

Mais hauts les cœurs, faites fi des éventuels bouchons, des vols reportés ou des quais de gare encombrés, profitez de cette liberté annuelle et votre moral filera vers des sommets. Déjà dans cette perspective, dans les préparatifs, votre esprit s’offre par avance quelques escapades oniriques. Cela ressemble aux préliminaires amoureux, « le meilleur est dans l’escalier » disait Guitry. Seule une météo maussade peut altérer l’enthousiasme qui nous gagne progressivement et le bonheur s’accroît plus le départ approche.

Dans vos bagages, quelques livres à déguster sur le sable ou dans le hamac que j’ai dénichés chez l’éditeur qui monte, Marivole : « Femme de robe » de Michèle Dassas, « Les racines renouvelées » de Christine Pezet-Grevet, « Peau de Lapin » de Serge Camaille, « Marianna » de Jules Sandeau, « L’ensauvagé » d’Héloïse Combes… Et quelques « polars » de terroir : « Faux semblants » de Chérif Zananiri, « Face à elle » de Maud Brunaud…

Bonnes vacances!

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