Blois : Olivier Véran à la fois sifflé et applaudi


Après Agnès Buzyn en 2018, le centre hospitalier de Blois a reçu le ministre des solidarités et de la santé le 28 octobre 2021. Et pour cause : il apportait dans son sillage plus de 700 millions d’euros d’investissements pour soutenir les établissements sanitaires et médico-sociaux en région Centre-Val de Loire, dans le cadre du Ségur de la santé et du dispositif France Relance.
Ce qu’il faut retenir de cette nouvelle “VO” du 28 octobre, dans le jargon préfectoral ? Cette visite officielle semble avoir (re)donné le sourire au directeur du centre hospitalier (CH) Simone-Veil de Blois, derrière la communication et la rapidité des discours. Il faut dire qu’Olivier Véran s’était déplacé les poches pleines à Blois, en compagnie d’autres ministres, les locaux Modem de l’étape bien connus, Marc Fesneau (conseiller régional du Centre-Val de Loire par ailleurs!) et Jacqueline Gourault. “Nous avons le budget. Mes annonces sont sonnantes et trébuchantes, feront reculer la désertification médicale» a martelé le ministre de la santé qui a énuméré les euros concédés. La restructuration de l’Ehpad « Les résidences de Bellevue » à Bourges, dans le Cher (3 530 000€) ; le réaménagement des consultations externes et la reconstruction des urgences au CH de Romorantin-Lanthenay, dans le Loir-et-Cher (1789 k€) ; aussi, la reconfiguration des capacités financières du CHR d’Orléans, dans le Loiret (93 059 k€) … Et également et surtout, une enveloppe de 90 000 000 € allouée à la complète réfection de l’hôpital de Blois, portant sur le bâtiment principal (250 M€ au total : modernisation des plateaux médico-techniques, des conditions d’hébergement et de travail dans les unités d’hospitalisation avec création de 70% de chambres individuelles avec douches intégrées; rénovation complète des urgences adultes et pédiatriques; développement d’intelligence artificielle et d’outils numériques pour simplifier et fluidifier les parcours de santé; réhabilitation totale des réseaux pour réduire la dépense énergétique; etc.). Le dossier d’envergure est travaillé depuis cinq ans pour plus de confort pour le personnel autant que pour les patients. “Ce projet est justifié et ce qui est engagé par l’État va dans le bon sens,” s’est réjoui le maire de Blois, Marc Gricourt, président du conseil de surveillance de l’hôpital. “Cet établissement a 30 ou 40 ans, il a tout simplement vieilli, et une rénovation coûte très cher,” a enchéri Olivier Véran, plus grand en vrai qu’à la TV, enfonçant le clou du choix blésois adoubé, en réfutant la fermeture de 20% de lits ainsi que le tri en pédiatrie, mais sans promettre ni augmentation de lits, postes et salaires. “Ce n’est pas de la science-fiction. Vous pouvez compter sur nous!” Et peut-être, “votez pour nous” en 2022 ?

Avec Olivier Véran et sans le Département !
En parallèle de ce déplacement officiel, derrière ces heureuses nouvelles déclamées dans l’amphithéâtre intérieur du CH de Blois, les grimaces des manifestants (une centaine selon la police, au moins 200 selon les organisateurs), blouses blanches (infirmières et aides-soignantes notamment) comme syndicats, regroupés devant l’entrée du centre hospitalier à l’arrivée du ministre, contrastaient à l’extérieur, comme il y a trois ans. Parmi les questions entendues par la journaliste qui a dû occuper son temps car elle n’était comme d’habitude pas dans le pool (groupe restreint de médias choisis) et n’a donc pas visité l’unité de soins qui bénéficiera du Ségur avec les médecins et cadres satisfaits, petit florilège : “le Gouvernement distribue les bons cadeaux et qui remboursera la dette d’après ?”. Et aussi : “Vous êtes au courant des injections expérimentales? Le virus ? Tout a été orchestré depuis longtemps.”… Et plus inquiétant à l’égard de la presse : “Vous répondre ? Je ne suis pas sûr. Allez-vous dire la vérité ? Perpendiculairement, autre étrangeté constatée, le fait que le Conseil départemental du 41 brillait ce jour-là par son absence. Le ministre Véran s’en est lui-même étonné. « Personne du Département, vraiment? Il y a pourtant un volet Ehpad dans mes annonces! C’est dérangeant ! ” En septembre 2018, Nicolas Perruchot avait participé à la venue d’Agnès Buzyn au CH de Blois. Philippe Gouet, kinésithérapeute de profession, n’en était pas en octobre 2021, alors qu’il a lors de ses premières sessions affirmé vouloir faire de la santé une priorité. Toutefois, son cabinet a précisé que le préfet Pesneau avait été prévenu de cette indisponibilité. Définitivement, drôle d’époque, et pour une fois, le coronavirus n’y est pour rien.
Émilie Rencien