Blois : Violences intrafamiliales : une nouvelle pochette, cette fois dans les officines

En 2022, des numéros de contacts utiles avaient été imprimés sur des pochettes de pain, avec le concours des boulangeries de Loir-et-Cher. En 2023, l’initiative a été réitérée auprès des pharmacies.
Quoi de mieux pour prévenir et sensibiliser le public aux violences intrafamiliales (commises au sein du couple, sur des enfants ou devant ces derniers) que d’entrer dans le quotidien des gens via un objet justement de leur quotidien ? Après les sacs à pain en 2022, le Conseil départemental de l’accès au droit de Loir-et-Cher (CDAD 41) et le Tribunal judiciaire de Blois, dans un travail partagé avec police, gendarmerie, association France Victimes 41 et, Conseil de l’Ordre des pharmaciens 41, ont mis en place, dès le mois de décembre 2023, une opération de communication de manière à nouveau originale : 88 000 pochettes ont été distribuées dans les 96 pharmacies du département. Sur celles-ci, les numéros d’appels d’urgence nationaux et de plateformes (15, 17, 18, 114, 115), les contacts des associations et structures locales, ainsi qu’un “violentomètre”, sorte de règle de couleurs graduées qui permet via 23 questions (“il est content quand tu te sens épanouie”, “il insiste pour que tu envoies des photos intimes”, “il respecte tes décisions et tes goûts”, “il te traite de folle quand tu lui fas des reproches”, etc.) à chacun(e) de repérer les indices d’une relation saine ou violente. Le coût total de cette action, financée par le Conseil départemental de Loir-et-Cher, le Ministère de l’Intérieur, le Ministère chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes, représente 3 610 euros. “Ces pochettes sont un relais de proximité entre les commerçants et les forces de l’ordre, particulièrement auprès des habitants des zones rurales,” a indiqué Charlotte Beluet, la procureure de la République de Blois. “Et cela marche bien. Elles permettent de rentrer dans l’intimité de manière discrète. Cette distribution favorise la libération de la parole de la victime, qui n’a pas toujours conscience de la violence subie; cette information imprimée peut faire réfléchir l’auteur aussi, ou même peut interpeller à la lecture un tiers qui peut alerter d’une situation. D’autant plus que tout le monde entre fréquemment dans une pharmacie, comme dans un supermarché.” En 2023, du 1er janvier au 31 octobre, par rapport à 2022, 693 affaires de violences intrafamiliales ont été traitées en Loir-et-Cher, soit une hausse de 70%. Ce qui ne veut pas dire qu’il y a forcément plus de comportements violents; il y a tout simplement davantage de mises à jour de faits. “Idem pour l’idée reçue qui affirme que 90%, 95% des plaintes sont classées sans suite. Ce n’est pas vrai,” a insisté la procureure. “Cela veut dire que les faits n’ont pu être caractérisés. Dans ces situations, la plainte, même classée sans suite, a le mérite au moins de faire cesser l’agression.” Cette opération pochettes sera possiblement reconduite en 2024 en fonction des partenaires et financements mobilisés.
É.R.