Colère sur les grilles du lycée Claude de France

TOUCHE PAS À MON LYCÉE

Et une profession de plus au créneau de la contestation. Fin février, les représentants des enseignants et des parents au Conseil d’administration de l’établissement romorantinais ont annoncé la présentation d’une motion. Benoît Hamon s’invite dans le débat.

Faire plus avec moins. C’est en résumé ce que demande l’Éducation nationale au corps enseignant ici et ailleurs. Au lycée Claude de France, à Romorantin, par exemple, pour la rentrée de septembre 2019, 31 élèves de plus sont annoncés versus 30 heures postes en moins, compensés par seulement 11 heures supplémentaires, ou dit autrement, deux classes créées en terminale mais 3 classes supprimées en première et 1 en seconde. Et face à ces vases communicants déséquilibrés, la grogne s’exprime. Conseil d’administration boycotté, blocages à coups de banderoles vindicatives devant les établissements… Le rectorat de l’académie d’Orléans-Tours a été sollicité sur l’épineuse question. « Nous sommes dans l’attente d’un rendez-vous, » expliquent à Romorantin Yvon Chery et Steven Pesty, respectivement professeurs de philosophie, ainsi que Stéphane Esposito, professeur d’anglais. « Nous nous inquiétons notamment d’une possible saturation des classes de seconde tout comme la possibilité des futurs redoublants d’effectuer ce redoublement au lycée. Ne parlons pas des moyens permettant aux élèves et aux enseignants de travailler dans de bonnes conditions. Il manque environ 60 heures. Outre notre cas en Sologne, devons-nous aussi évoquer la suppression prévue dans l’Hexagone de 2 650 emplois dans l’Éducation nationale ? Il faut que l’État annule et change de politique ! » Le gilet jaune n’est pas loin…

Les concepts version Hamon

En pointant la contestation, un ancien candidat socialiste à la présidentielle 2017 s’est penché sur le dossier, de passage à Blois mardi 12 février sous la bannière de son mouvement, « Génération-s ». « L’espoir revient », pouvait-on lire sur les affiches de Benoît Hamon accrochées dans les murs de l’espace Jorge-Semprun où il se sera plié à un exercice déjà réalisé à la Halle aux grains il y a deux ans lors d’un meeting, à savoir un « Agora live », c’est-à-dire un jeu de questions et de réponses avec des citoyens tirés au sort via des numéros disposés dans un saladier. Ah, si l’espoir est là, tout va ? Ce déplacement fut l’occasion en tout cas aux langues de se délier à propos des lycées et aussi et surtout, d’exposer l’idée de « votation citoyenne » pour les élections européennes du 26 mai 2019. Après son « revenu universel » qu’il juge « inéluctable », décidément, Benoît Hamon est « monsieur concept » ! Qu’est-ce que c’est, encore ? «Il faut sortir de notre zone de confort et unir la gauche; on peut ainsi choisir sans exclure, et avoir à coup sûr des élus de gauche à la fin, sinon on n’aura plus que le choix Macron et le Pen aux européennes, » détaille l’intéressé. Une sorte de nouvelle primaire où selon lui,« les gens votent comme à l’Eurovision un tiercé gagnant et ensuite on compte les points ! Si les gens sont d’accord sur ce principe de votation citoyenne, le vote se tiendra du 7 au 14 avril, sans doute par une voie électronique avec un système comme je l’ai vu à Barcelone, avec scan d’une carte d’identité, pour choisir les listes à mettre en tête et ensuite on peut faire campagne pendant près de 6 semaines.» Utopique, encore aussi … ? Quant à la réforme du lycée, pour revenir à nos moutons, Benoît Hamon aura rencontré des syndicalistes, sans plus de réponses que ça mais avec une oreille attentive. « Si le baccalauréat change, le lycée de facto également, mais on n’y arrivera pas comme ça avec un ministre qui se moque de la concertation, avec des réflexes de caste… » Sinon, à part cela, au demeurant, Benoît Hamon est sympathique ; on se souvient qu’il nous avait directement tutoyé en 2017 en évoquant sa fille et deux ans plus tard, on aura conversé rapidement avec lui, il aura engagé la discussion avec un souriant « ça va? » avant un échange sur une histoire de conseillers d’orientation (et cette fois parlant de sa femme danois), après qu’il ait fini par dégoter une barre chocolatée et une poignée de biscuits ! « Qui aurait cru que la gauche serait une alternative à Macron pour 2022 ? » aura-t-il enfin déclaré. Ah ce Benoît, tout un concept…La réforme des lycées, également…

É. Rencien