Du gaz vert à Savigny-sur-Braye

INÉDIT L’unité de méthanisation de la SAS Méthabraye, à Savigny-sur-Braye, est le premier site en solution gaz porté en France. En fonctionnement depuis mi-avril 2018, son inauguration officielle s’est déroulée le 23 novembre.

Chloé Cartier-Santino

Après six ans de travail et de développement, le projet Methabraye a abouti le 13 avril 2018, avec l’ouverture, à Savigny-sur-Braye, de la première unité de méthanisation agricole française qui injecte du biométhane porté. En effet, en l’absence de capacité d’injection sur le réseau de distribution de gaz naturel sur la commune, le biométhane est transporté sous forme liquide, du site de production jusqu’au site d’injection, situé à Naveil. Cette solution innovante en fait le premier site en injection du département du Loir et Cher, et le premier site en France en solution gaz porté. « C’est un projet qui est parti des agriculteurs qui ont réfléchi ensemble pour donner une deuxième vie à leurs effluents et nous espérons que cela en inspirera d’autres », raconte Delphine Descamps, présidente de la SAS Méthabraye et agricultrice. En tout, 17 exploitations agricoles situées à Savigny-sur-Braye et aux alentours participent à valoriser leurs matières organiques. La quantité qu’ils fourniront est estimée à 29 536 tonnes par an, dont 86 % d’effluents d’élevage (fumier, lisier) et 14 % de ressources végétales. « Ce n’est pas qu’une question d’argent, ce projet nous permet de limiter la quantité d’effluents à stocker sur nos exploitations, de gagner du temps car la structure vient chercher nos fumiers et épand le digestat dans nos champs, d’améliorer notre bilan carbone, d’avoir une dynamique de groupe et on se projette aussi car peut-être qu’un jour nos tracteurs fonctionneront au méthane… », explique Emmanuel Leclerc, agriculteur à Couture-sur-Loir. Ce dernier élève 100 vaches normandes, dispose de 167 hectares et fournit 3 200 tonnes d’effluents par semaine au méthaniseur. Ses déchets (effluents et végétaux) sont collectés et transportés sur le site de méthanisation. Ils sont ensuite triés, préparés et introduits dans le méthaniseur, avant d’être mélangés et chauffés. Puis, les bactéries se transforment en biogaz et en digestat (engrais naturel). Le digestat est récupéré pour être épandu sur les terres agricoles, et le biogaz est liquéfié pour pouvoir être transporté sur le lieu d’injection dans le réseau, avant d’être utilisé de la même manière que le gaz naturel. Les 17 exploitations agricoles permettront de produire 12 GWh/an de gaz vert, soit l’équivalent chauffage de 1 000 habitations.

Une partie des agriculteurs des 17 exploitations situées à Savigny-sur-Braye et aux alentours qui font partie de la SAS Méthabraye pour valoriser leurs matières organiques.

 

Investissement : 6,8 millions d’euros

Études et achat de foncier compris, cette unité de méthanisation a coûté 6,8 millions d’euros. L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) a subventionné le projet à hauteur de 20 % du montant de l’investissement et les agriculteurs associés ont complété en apportant leur contribution particulière et 5,5 millions d’euros d’emprunt. A Lamotte-Beuvron, un projet similaire est en cours. La société « Sologne Agri Méthanisation » a été créée en 2015 et les travaux commenceront en 2019 pour une exploitation en 2020. « Tous les obstacles administratifs ont été franchis, l’ensemble des services de l’Etat réunis en préfecture en septembre dernier ont émis un avis favorable, l’arrêté a été pris le
4 octobre et les périodes de recours éventuels se terminent le
4 février 2019, donc le premier coup de pioche devrait suivre cette date », explique Pascal Bioulac, maire de Lamotte-Beuvron, et conseiller départemental de la Sologne chargé des sécurités, de l’agriculture et des grands projets. Cependant, il s’indigne des délais qui, selon lui, « sont inacceptables alors qu’il est urgent de réduire les gaz à effet de serre » (lire encadré). En Centre – Val de Loire, 50 projets de méthanisation sont à l’étude actuellement.


Pascal Bioulac ▶ «L’or vert est aux portes de nos exploitations agricoles»

« Pour le même projet de méthanisation, il faut un an et demi en Allemagne alors qu’ici on met six ans ! En Loir-et-Cher, nous sommes à la pointe du progrès. On capte le méthane avec un projet collectif, en préservant l’énergie et la planète, avec des gens motivés, mais on a encore des barrières administratives… Le Président de la République a dit « il faut libérer les énergies » mais ce ne sont pas les élus locaux qui bloquent les énergies, ce sont les hauts fonctionnaires enfermés dans leurs bureaux et qui ne voient pas ce qui se passe dans les campagnes. Il faut que les élus prennent conscience que l’or vert est aux portes des exploitations agricoles et que si demain, on ne monte pas de projets collectifs, on ne s’en sortira pas et ce sont les grands groupes qui viendront prendre l’économie, les revenus complémentaires que les exploitations peuvent capter avec le méthane. Si nous ne sommes pas suffisamment bons pour les aider à développer cette économie, l’or vert sera capté par les grands groupes dans nos campagnes, là où on a besoin de maintenir de l’économie et de la vie sur nos territoires. »

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