Emploi – Service civique, bien autre chose qu’un sous-stage

Noelly et Serge ont trouvé leur voie. Elle sera infirmière et lui intégrera l’administration des finances publiques.

C’est mal payé, les durées de contrats ne sont pas forcément adaptées aux cycles de la vie étudiante, mais c’est une respiration avant de plonger dans la vie, pour reprendre des études ou trouver du travail.
Le préfet de l’Indre, Seymour Morsy a convié quelques jeunes en service civique et leurs tuteurs pour un point d’étape d’un dispositif créé en 2006 et qui s’adresse aux jeunes de 16 à 24 ans désireux de se rendre utiles, d’élargir leur horizon social, de prendre contact avec le monde du travail. Ce n’est pas un stage, ils reçoivent une indemnité versée par l’État (472,97 €) et complétée par l’organisme d’accueil (107,58 €), même si l’on est boursier d’état, ce qui fait monter l’allocation à 688,21 €, le tout pour 24 heures d’activité minimum par semaine ; on ne choisit pas, de devenir jeune en service civique par amour de l’argent. Ce type de table ronde, même si ce n’est pas l’endroit où poser les questions qui fâchent, permet de se rendre compte qu’un passage dans une collectivité ou une administration, est enrichissant. Invités à le faire, les jeunes s’y expriment sans contraintes et leur prise de parole en public démontre qu’ils se sont ouverts aux autres en quelques mois. Nous avons retenu trois profils très différents pour raconter ce service civique.
Noelly, 18 ans, se cherchait
« J’ai passé mon bac au mois de juin, le paramédical m’attirait mais je ne savais pas exactement dans quelle branche m’engager et surtout je ne savais pas si j’étais faite pour cela. Par ailleurs je ne me voyais pas rester chez moi à ne rien faire. Comme j’habite près d’Orsennes et que je connaissais des membres du personnel du centre d’accueil et de réinsertion des traumatisés… J’ai adressé ma candidature à un contrat de service civique et j’ai été retenue. »
Noelly l’assure, ce n’est pas par peur de rompre le lien familial qu’elle est restée au pays (les contrats sont généralement de huit mois) et elle se sent désormais prête à partir faire une formation à Châteauroux, Guéret, Bourges ou Limoges.
« Au centre je fais de l’animation, je participe aux sorties, donne des cours d’anglais, j’aide ceux qui se lancent dans les mots fléchés. Les pensionnaires ont de 27 à 67 ans. Leur cerveau a été abîmé par un accident, maladie ou accident routier et ils ont besoin de réapprendre un certain nombre de choses. A travers des discussions. J’ai le sentiment de leur être utile. »
Cette expérience du contact avec les malades, Noelly la mène évidemment avec l’équipe médicale du centre. Elle y a trouvé sa place et sait désormais qu’à la sortie de ce service civique elle intègrera une école d’infirmière.
Serge, 23 ans, n’aime pas la compétition
« Je fais ma déclaration en ligne, je n’avais donc jamais mis les pieds dans un centre des impôts. Au départ on est aussi stressé que les contribuables. J’ai hésité à faire un service civique. Je cherchais des missions qui auraient du sens. Notre génération a besoin de faire quelque chose qui a du sens. Alors pourquoi pas aller à la rencontre du public au sein d’un centre des impôts, d’autant plus que j’adore les chiffres. »
Et c’est comme cela que Serge, le perpignanais, membre d’un collectif d’action populaire et politique, s’est retrouvé dans le hall du centre local des finances publiques d’Issoudun pour remplir une mission de pré-accueil des contribuables.
« Je suis un matheux, après le bac, j’ai enchainé trois ans en prépa, mais je n’avais pas goût de la compétition. Ensuite je me suis perdu en fac. Alors le service civique, je savais que j’allais galérer financièrement, mais finalement je vais passer les concours de contrôleur et agent des impôts. »
Quand on écoute Serge et qu’on le voit évoluer, on a le sentiment que l’administration a récupéré, grâce au service civique, un élément de valeur. Jean-Christophe Sirieix, son tuteur, reconnaît qu’il a eu avec Serge des échanges bien supérieurs à ceux qui peuvent exister avec un stagiaire.
Kamran 23 ans, peintre interprète
« J’étais chez moi, et j’ai reçu un message d’Emilie. Je n’avais pas de boulot mais j’intervenais auprès des jeunes pour des traductions. Et Emilie avait besoin de quelqu’un capable de faire comprendre aux Afghans qui venaient d’arriver au foyer d’accueil des demandeurs d’asile, la façon dont fonctionne la société française. »
Emilie Esclapez a créé de toute pièce le service civique de Kamran. Pour elle c’est la valeur ajoutée du centre, un interprète qui parle Patchou. Arrivé en France voici trois ans pour rejoindre son père installé à Argenton depuis longtemps, il écrit français, arrive à le lire et surtout ressent dans quel état d’esprit les migrants et sait pourquoi, parfois, ils ne comprennent rien à nos explications rationnelles.
« Au Pakistan j’étais élève ingénieur, en arrivant ici, ne parlant pas le français c’était bien sûr impossible de continuer. J’ai fait une formation de peintre en bâtiment à l’EREA de Châteauroux et j’étais à la recherche d’un travail. »
Emilie va garder huit mois son précieux traducteur, car Kamran parle évidemment anglais et quelques autres langues locales. Son souci c’est de faire prendre conscience à Kamran de cette richesse que constitue sa connaissance des langues et bientôt du fonctionnement des centre d’accueil et d’orientation.

Pierre Belsoeur


Les contrats civiques dans l’Indre

Dans l’Indre, au 13 novembre 2017, 143 contrats ont été validés dont
40 contrats en agrément local et 103 en agrément national. 21% dans les associations, 65% dans les services de l’Etat (essentiellement l’Education Nationale avec 88 contrats) 29% dans les organismes publics et 3% dans les collectivités locales.
Ils ont 21 ans en moyenne, il s’agit de filles à 79%. La moitié sont des demandeurs d’emploi, le quart des étudiants.
Pour tout savoir sur le service civique et trouver en particulier la liste des missions proposées, rendez-vous sur le site www.service-civique.gouv.fr