La pêche d’étang, tradition hivernale en Brenne

LES PIEDS DANS L’EAU Tous les deux ans, un étang doit être pêché si l’on veut l’exploiter de façon cohérente. Un rendez-vous entre amis autour des pisciculteurs. Leur savoir-faire est indispensable et ils ont des marchés dans toute la France pour commercialiser le poisson de Brenne.
Pierre Belsœur

La nasse est refermée sur la pêcherie.

Une pêche d’automne, ça commence par un feu de bois sur la chaussée de l’étang. On a levé la bonde deux jours auparavant et seule reste en eau en amont de la bonde la pêcherie dans laquelle sont piégés les poissons. Et pourtant rien ne bouge à la surface des flots. Tout juste assiste-t-on à quelques soubresauts lorsque, Pierre-Charles, Jérémy et Jean-Michel, les trois pros de la pisciculture de Tran, ont déroulé la nasse.
Nous sommes à Saint-Michel-en-Brenne, les pisciculteurs sont là quasiment en voisins, le domaine du Chillou renferme plusieurs étangs, ils y passeront trois fois cette année au cours de leurs quatre-vingts à cent pêches de la saison 2018. Autant dire qu’on est là entre amis. Deux petits-fils profitent de cette pêche un mercredi pour prendre une leçon de nature, deux petits brennous qui ne craignent ni les grosses carpes ni les écrevisses et s’entrainent à faire ouvrir les moules géantes sur le feu de bois.

A tous les coups de «filanche» on gagne. Il ne reste plus qu’à trier.

La sècheresse n’explique pas tout
La nasse est refermée et les pisciculteurs plantent les piquets pour maintenir le filet relevé. Jérémy va se servir des bords du filet pour chasser les poissons piégés avec sa «filanche», une sorte d’haveneau sans manche. Et chaque coup d’haveneau correspond à une pêche miraculeuse. Les gardons, les brochets, les black bass et quelques grosses carpes émergent en lançant de furieux coups de queue qui ne perturbent pas le travail des pêcheurs. Ils trient méthodiquement les différentes espèces. Il ne s’agit pas d’une mise à sec totale de l’étang. On ne passera qu’une fois le filet, peu importe si les petits sujets passent au travers des mailles. En revanche les pisciculteurs retirent systématiquement les black bass qui ne font pas bon ménage avec les brochets.
«Jusqu’à présent je ne m’occupais pas vraiment du rendement des étangs, plaide Gérard Carré, le propriétaire des lieux et dans celui-ci cohabitaient brochets et black bass. Si bien que le rendement en black bass est faible. C’est idiot car c’est un poisson de plus en plus recherché. On en mettra dans un autre étang, avec des sandres. Celui-ci restera dévolu aux gardons et aux brochets.»
Le rendement de l’étang est faible : cinquante kilos de carpes (on a remis à l’eau trois ou quatre «mémères» de plus de douze livres, qui continueront de grandir pour faire le bonheur des pêcheurs… ou pas. Trente kilos de brochetons, black bass ont rejoint les viviers du camion de la pisciculture. Les gardons et quelques perches «le plus fin des poissons de rivière» de l’avis des Brennous, constituent la centaine de kilos restant. C’est très peu pour un étang de sept hectares, même si sa surface a été réduite de moitié par la sècheresse. «La sècheresse n’explique pas tout, estime Pierre-Charles, la Brenne a assez peu souffert de la sècheresse, puisque l’hiver et le printemps avaient été très utiles. En revanche un étang peu surveillé comme celui-ci est régulièrement visité par les cormorans.» L’ennemi intime des pisciculteurs est parfaitement à son aise sur ces étendues d’eau peu profondes qui font office de garde-manger.
Les pisciculteurs de Brenne sont six, le potentiel est vaste, le Pays aux Mille Étangs compte en fait 4 000 plans d’eau pour une surface de 8800 hectares.

Que deviennent ces poissons ?
Une partie des prises lors des pêches sont vendues aux particuliers sur la chaussée de l’étang, pour la consommation ou le repeuplement. Mais ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’activité des piscicultures. «Cette semaine douze tonnes de carpes sont parties pour l’Alsace où la carpe reste un met de fête au moment de Noël» (comme dans tout l’est de l’Europe d’ailleurs). Dans la bouche de Pierre-Charles cette information n’est pas exceptionnelle. Une autre partie est transformée dans les ateliers de Fisch Brenne. Cependant l’avenir des poissons quittant les eaux de la Brenne est généralement beaucoup plus rose. Les meilleurs clients des pisciculteurs sont les fédérations de pêche qui font appel à eux pour repeupler rivières et étangs dont ils ont la charge. Avec des carpes bien sûr, mais aussi les brochets de deux ans les «sifflets», qui feront la maille d’ici deux ans et constitueront de jolis trophées. Et puis évidemment des gardons qui font le bonheur du pêcheur lambda.
Mais rendement ou pas, une pêche d’étangs de particulier, c’est l’occasion de réunir les amis, pas forcément pour faire le boulot… mais pour avoir une tablée convenable au moment du mangement. «Pour une pêche d’étang, s’amuse Pierre-Charles, il faut au minimum trois personnes. On se déplace parfois sans voir personne. Ici l’accueil est assuré, mais on vient quand même à trois, en raison de la moyenne d’âge des assistants potentiels… et de l’ambiance.»

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