Langon Un témoignage de l’Occupation

Le pont des Tréchis de nos jours, avant la Libération, était l’objet de sabotages.

Langon-sur-Cher, sous l’occupation, était en zone nord. Un maquis semble s’y créer aux alentours de la date du débarquement. Le pont des Tréchis était une cible privilégiée du maquis de Dun-le-Poëlier qui le fera sauter plusieurs fois. La voie ferrée a également été l’objet de sabotages jusqu’à Villefranche-sur-Cher.
Monique habite une ferme dans un hameau de la commune de Langon. Elle y habitait aussi sous l’Occupation. Son père fut fait prisonnier quand elle avait l’âge de 12 ans, il ne lui est revenu que quand elle avait 18 ans. Elle voyait les juifs, les réfugiés politiques, les évadés mélangés aux employés des fermes qui, sitôt la patrouille passée, fuyaient en zone libre. “On leur disait, allez-y ! Ils laissaient les betteraves, puis une fois la ligne franchie, nous regardaient l’air soulagé avec la main sur le cœur. Les soldats patrouillaient, le fusil en bataille, du pont de Saint-Julien-sur-Cher à Mennetou-sur-Cher.” Jacques, qui allait devenir son mari quelques années après la Libération, était jeune enseignant à l’école de la Miltière de Pruniers-en-Sologne. Comme tous ceux qui sortaient tout juste de l’École Nationale de l’Administration (ENA), il fut révoqué par Pierre Laval, vice-président du Conseil et dauphin du maréchal Pétain puis chef du gouvernement de 1942 à 1944. Après la guerre, feu son époux s’est énormément investi dans l’association patriotique des anciens combattants de Langon.
“C’est à partir de sa révocation que mon futur mari est passé dans la Résistance sous l’identité d’emprunt de Jean-Paul Durand. Le maquis de Mur-de-Sologne, auquel il appartenait, a eu plusieurs bases de retranchement, dont le château du Moulin à Lassay-sur-Croisne. Je ne l’ai pas vu durant toute l’Occupation. Ce n’est qu’après la libération de Romorantin, que j’ai su tout ce qu’il avait vécu, tel le combat du 20 août 1944 à La Flandinière à Pruniers-en-Sologne. Un monument se dresse route de Blois à la sortie de Romorantin, juste avant la route des Chevinières. Je me souviens du maquisard Pierre Loyau, ses parents étaient instituteurs. Pierre a été fusillé le 12 juin 1944 avec d’autres camarades à Maves, dans les carrières. Il repose au cimetière de Mennetou. Le maire de Maves s’était occupé du rapatriement des corps aux familles. A la ferme nous avions de quoi manger avec nos trois vaches, 5 chèvres et le cochon. Les produits de la terre étaient cultivés par mon grand-père. Nous devions loger chez nous un occupant, avec son berger allemand répondant au nom de Falco. Mon grand-père a fait en sorte que je dorme chez ma grand-mère pour des raisons de sécurité. Nous y écoutions les messages de l’armée secrète. Le 1er juillet 1944, un bombardier Lancaster américain avec 8 personnes à bord s’était écrasé non loin de notre propriété. Comme la matière des papiers d’identité des aviateurs était étudiée pour ne pas brûler, il a été récupéré, avec une moufle de bébé. Ces renseignements qui, après de longues recherches, ont permis au descendant de se recueillir sur la tombe de son père et sur le mémorial au cimetière de Langon. Il est venu par deux fois des États-Unis, la dernière fois avec sa fille.”
Monique tenait à témoigner sans faire figurer son nom de famille et sans être prise en photographie. Ne pas oublier les sacrifices qui ont permis à nous tous de vivre dans un monde libre, voilà l’essentiel.
F.T.