Le printemps orange du Loir-et-Cher….

Jour 46, et voici venu le joli mois de mai. Un brin terni, le muguet semble déjà fâné. La carte des départements provisoirement dévoilée jeudi 30 avril par le ministre de la santé, Olivier Véran, a transitoirement stoppé le Loir-et-Cher au feu de circulation orangée. En attendant le passage au mieux, au vert, ou au pire, au rouge ? La conférence de presse du mercredi 29 avril au centre hospitalier de Blois donne a posteriori quelques éclairages et pistes de réflexion vers l’avenir et le jour d’après.

 

Jeudi 30 avril, il fut d’emblée peu aisé de comprendre les cartes successivement présentées à l’écran par le ministre Véran. Sans légendes, de prime abord, elles faisaient songer au devoir en cours de géo d’un collégien étourdi n’ayant pas dûment complété le schéma hexagonal. Et puis, surtout, chacun s’attendait à voir son département noté en rouge ou bien en vert. Mais depuis peu, le Gouvernement aime à chaque fois étonner au dernier moment : c’est finalement un vrai feu tricolore qu’il a sorti de son chapeau, mis en place d’ici la carte définitive du jeudi 7 mai, avant la sortie surveillée du lundi 11. Le coloris orangé s’invite ainsi contre toute attente dans l’équation déconfinée. Quel casse-tête. Et il se trouve que, ô surprise, le Loir-et-Cher termine en demi-teinte le mois d’avril 2020 : il ne choppe pas la banane aux lèvres mais atterrit dans l’étal de l’orange déconfite du marchand ! De quoi angoisser comme dans l’ « orange mécanique » de Kubrick. Pour se détendre un peu, un nuancier de 3 couleurs qui n’a rien à voir avec le découpage en zones scolaires ni même avec un parti politique au centre… Dans une semaine, le 7 mai, il ne restera plus que 2 zones en fonction de l’évolution du virus qui lui, navigue librement et ne s’arrête pas aux frontières. Qui sera testé positif ou négatif ? Le Loir-et-Cher espère d’ici là chasser les cumulus à la mine stricte et bénéficier d’une météo au ciel favorable, surplombé d’un soleil aux rayons verdoyants permettant d’ouvrir établissements scolaires, parcs et jardins, espaces commerciaux. Luc Dalmasso, à la tête de la Commission médicale d’établissement (CME), remarquait mercredi 29 avril au centre hospitalier (CH) de Blois que « le Loir-et-Cher n’a pas été débordé, le Loir-et-Cher est le départemental le moins touché de notre région. Nous avons d’ailleurs dorénavant davantage de patients non-Covid que Covid. Deux tiers contre un tiers. En France, actuellement, rappelons qu’on meurt plus de cancer que de Covid-19. » Aussi, en région Centre-Val de Loire, au 29 avril 2020, 5 086 cas ont été dénombrés, tandis qu’en Loir-et-Cher, ont été comptabilisés 43 décès dans des établissements hospitaliers d’après la préfecture à Blois, auxquels s’ajoutent 33 décès dans des établissements médico-sociaux. Alors, lassés du confinement depuis le 17 mars et impatients d’un semblant de mouvement le 11 mai, certains esprits auront pu interpréter positivement ces données face à d’autres territoires massivement impactés au regard du récent et sempiternel ballet de données chiffrées. Mais une réalité supplémentaire pèse dans la balance arc-en-ciel pour distribuer bons et mauvais points colorés. On l’avait peut-être oublié, mais le Centre-Val de Loire surnage dans un cluster de pauvreté, en matière de démographique médicale, depuis un temps et le coronavirus exacerbe la donne ou tout au moins, y pique un nouveau coup de projecteur. Sur la carte teasing révélée hier, hormis le Cher placé en quarantaine écarlate (ce dernier crie au passage à l’erreur, pour cause évoquée de mauvais comptage de malades), les cinq autres départements de la région, le Loir-et-Cher, l’Indre, l’Indre-et-Loire, le Loiret et l’Eure-et-Loir, demeurent dans l’incertitude bigarade.

Ne pas être la lanterne rouge

L’épisode d’après ? Pour le verdict cristallisé du 7 mai, trois critères aideront à déterminer la couleur des drapeaux et des règles inhérentes, assouplies ou non : l’état de l’activité du virus via le taux de nouveaux cas dans la population sur une période de 7 jours; les capacités hospitalières régionales en réanimation; le système local de tests et de détection paré pour le déconfinement. Au CH de Blois, par exemple, son directeur Olivier Servaire-Lorenzet fait état de 11 décès dans ses murs, de 150 patients pris en charge in situ depuis le début de la crise sanitaire jusqu’à ce jour et parmi ses rangs en première ligne, de 1,6 % de ses professionnels atteints par le virus; en parallèle, 90 patients sont retournés à domicile pendant qu’une dizaine de patients a été transférée vers le CHU de Tours et le CHR d’Orléans. Au plus fort de ma crise, la SAMU a comptabilisé 700 appels, dont 400 estampillés coronavirus. Également, au CH de Blois, 18 lits de réanimation ont été mobilisés pour prendre en charge les patients Covid-19 ainsi que l’ouverture d’un centre de virologie temporaire pour effectuer les prélèvements attestant la découverte, ou non, de la présence covidique chez l’individu. Des prélèvements seulement car le Loir-et-Cher possède une capacité à tester quasi inexistante, ces tests étant jusqu’ici majoritairement réalisés et envoyés dans deux départements voisins, à savoir l’Indre-et-Loire et le Loiret, au CH de Tours et dans un laboratoire de Montargis. Le laboratoire du CH de Blois prête désormais main forte, mais le nombre reste faible car si le laboratoire de Saint-Gervais-La-Forêt s’y attable, il serait question d’une vingtaine de tests possiblement en rythme hebdomadaire. « Le sujet du déconfinement est plus complexe à gérer, surtout si cela dure plusieurs mois. La reprise des soins non Covid (consultations externes, hospitalisations, etc.) en présentiel sera prudente et progressive, » aura précisé Olivier Servaire-Lorenzet le 29 avril à Blois. « Toutefois, alors que certains pensaient que notre organisation médicale était rigide, nous avons prouvé le contraire en étant capables de nous réorganiser en très peu de temps. Nous ne sommes pas si mauvais par rapport à l’Allemagne. Cette lutte inédite a redonné du sens au métier de soignant. À Blois, nous sommes fédérés pour prévoir, anticiper et conserver une longueur d’avance sur ce virus qui continue de se propager. » Oui, car la peur du virus n’évite pas le danger viral et il ne faut absolument pas que les gens retardent ou renoncent aux autres soins. Il apparaît de toute façon impossible de laisser le pays sous cloche tels des poules ou lapins en cage ad vitam eternam, ne serait-ce que pour maintenir une bonne santé, pas seulement physique mais de surcroît économique. Alors, on n’écrit pas sur les murs en noir, on n’oublie rien mais on vit avec ! Il convient de demeurer optimistes, de considérer le verre à moitié-plein, et non le vert à moitié-vide. Et surtout, ne pas se voir en lanterne rouge séance tenante….

Émilie Rencien