Le retour des beaux prénoms d’antan

Ce n’était peut-être pas mieux avant mais, associer ou dissocier les prénoms du grand-père ou de la grand-mère, dans le temps, ça facilitait bougrement la vie des futurs parents. Ces derniers sont confrontés, depuis la fin du baby boom, au dilemme du choix du prénom. Pour faire genre, pour faire autrement que les parents d’à côté, les papas, les mamans, hésitent à choisir entre les noms de saints du calendrier, ceux des marques automobiles, ceux des arbres et des fleurs, ceux des protagonistes de Game of Thrones, de Hunter Games ou de La petite maison dans la prairie. Parfois ils créent et débordent d’imagination. Parfois non … et on s’aperçoit que l’intransigeance des secrétaires de mairie du siècle dernier, excessive souvent, avait parfois du bon pour l’avenir de leurs progénitures !
Les plus savants appellent leur petit dernier Adolphe et se réclament de Thiers – celui de la commune de Paris – tandis que les autres tendent plutôt vers le Benito mais ne savent plus exactement pourquoi. Probablement, pensent-ils que Benito, c’est plutôt sympa comme prénom. Comme Ben, ou Benoît, mais en plus arrondi dans les angles. La définition qui correspond le mieux à ce joli prénom à consonance transalpine – de cheval, pourrait-on ajouter si ce n’était pas si grossier et vulgaire – prouve ô combien le Benito est de bon aloi : chemise noire, botte astiquée des Alpes à la Sicile, verbe haut et menton relevé. Et le Benito sait se faire plein d’amis qui sont comme lui … La présidente du conseil italien, G.Meloni, aurait bien aimé avoir Benito comme premier, au pire, deuxième prénom. Mais non, ses parents, instruits par l’Histoire, ne l’avait pas à l’esprit et ont pensé que Georgia – exactement comme celle de Ray Charles mais en moins On my mind- c’était mieux pour une fille et que, d’abord, Benita, c’est hispanique et pas italique.
À chaque continent son prénom préféré. L’Amérique du Sud a longtemps estimé que Augusto, c’était parfait. Essentiellement ceux qui ne passaient pas leur temps à gueuler, aux oreilles de Pinochet, dans les sous-sols de l’Estadio Nacional de Santiago du Chili. Ville où, comme chacun le sait ou devrait le savoir, la pharmacie Lopez est définitivement ouverte les dimanches et jours fériés depuis le décès du pharmacien Gomez. Chez les voisins Argentins, le pays avait longtemps opté pour Jorge Rafael – les petits noms de Videla – mais beaucoup de locaux croient qu’ils seront détrônés très bientôt. Ce devrait être Javier – prononcé Ravier comme pour le récipient où on met la mayonnaise ou les cacahuètes – comme le prénom du nouvel homme très fort de Buenos Aires. Outre le profil capillaire du sieur Milei, son prénom semble parfait pour relancer les débats. Ce Javier là veut supprimer tous les ministères qui ne servent à rien, l’éducation et la santé par exemple. Il est aussi capable de jouer de la tronçonneuse pour trancher dans le vif des lois en vigueur que de couper le cordon ombilical des bébés issus d’une gestation non-désirée. Adieu, avortement, médecins, vacances et loisirs…
En Europe, outre Adolphe et Benito, nous avons aussi celui du potentiel homme fort des Pays-Bas, Geert. Pour le nom de famille, Wilder, ça passe, mais Geert, ce n’est pas facile à prononcer pour un latin. Là-bas, dans le pays où, pour le moment, les seules digues pour empêcher de rentrer sont disposées à l’Ouest, ça fonctionne bien.
Dans l’Hexagone, dans la famille Le Stylo, on a opté pour les prénoms en M, et ce quelque soit l’année. C’est un peu la M&M’s familly avec Marion et Marine. Le mélange des saveurs ce n’est pas leur truc. C’est comme dans les sachets de ces petits bonbons, il y a ceux qu’on aime et ceux qu’on n’aime pas : les jaunes, les marrons, et surtout les rouges ! Ou alors à croquer directement sans regarder où l’on met les dents. Pour les jaunes, on fait comme si. Pour les verts on fait comme ça. Le seul véritable problème, c’est que ça manque quand même de blancs dans le paquet. Comme prénom qui pourrait aussi aller, on a bien Éric mais, en ce moment c’est à l’image de la 2CV de Bourvil, « ça marche beaucoup moins bien » et puis, depuis les Vikings, c’est décidément pas la bonne couleur.
Et dans tout ça, pas un seul Bachar ou même Benyamin … on se demande bien pourquoi !

Fabrice Simoes