Le retour des épouvantails…


Ils ont bercé notre jeunesse quand les grandes moissonneuses-batteuses n’avaient pas encore envahi les champs et que la faucheuse-lieuse, servie par des bras vigoureux, masculins ou/et féminins, qui entassaient les gerbes crachées, slalomait entre leurs silhouettes décharnées au vent et au soleil, agitant des lambeaux de vieux vêtements de travail aussi décolorés que dépenaillés.
Un chapeau de paille usé jusqu’à la corde complétait leur déguisement structuré autour d’un simple manche à balai gonflé ou d’un balai de brémailles leur servant de mannequin. Ils étaient là pour chasser autant les oiseaux vivants que les esprits qui auraient pu, rôdant dans la nuit, foutre en l’air une récolte ou pour contrecarrer une jalousie ancestrale émanant d’un voisin qui héritait de ses parents, grands-parents, arrière-grands-parents, d’une haine envers celui qui aurait eu, par remembrement interposé, attribution de bien meilleurs lots riches qu’eux…
Et l’arrivée des monstres les a vus disparaitre de nos campagnes. Certaines grands-pères en confectionnaient encore un peu pour expliquer à la descendance des années prè-2000 ce qu’étaient les moissons du temps jadis et l’histoire de la ferme où évoluaient 300 moutons, une dizaine de chiens et au moins deux bergers. Loin des 35 heures…et de l’alarme électronique installée dans des locaux dorénavant vides et silencieux…
Mais, ils reviennent, ces épouvantails, et on a plaisir à les re-découvrir, au fil des routes et des champs, dès la sortie du confinement, comme s’ils avaient défié le temps, les embûches, les oublis.
Toutefois, on note un brin de modernisme dans leur confection avec l’apparition de DVD ou CD virevoltant au vent et projetant des éclairs quand le soleil vient les heurter de face. Le confinement, qui a tant entraîné de victimes humaines, leur a permis de survivre pour une nouvelle jeunesse plus écologique…Le monde d’hier, d’avant, le vieux monde n’est pas si mort que ça…D’ici, à ce que l’on voie revenir les faucheuses-lieuses tirées par des chevaux, ou des bœufs, dans certaines régions, quand les énergies fossiles auront disparu et l’on se dira alors, avec nostalgie, que la vie, finalement, est loin d’être un épouvantail…