Les zoos français, dont Beauval, condamnent la chasse à la glu

 

Nous sommes en 2019 et des aberrations immondes persistent. Les élites seraient-elles à ce point dénuées d’empathie et de bon sens ? Rodolphe Delord, président de l’Association Française des Parcs Zoologiques (AFdPZ), a écrit au ministre de la transition écologique pour dénoncer les souffrances inutiles infligées aux oiseaux.

« Homo homini lupus est », « l’homme est un loup pour l’homme ». Cette phrase de Thomas Hobbes n’a, malheureusement, jamais été aussi vraie. On marche de plus en plus sur le bec ! L’arrêt du Conseil d’Etat du 28 décembre 2018 a validé l’arrêté ministériel cadre de 1989 autorisant la chasse à la glu dans 5 départements. Dans un communiqué, l’Association Française des Parcs Zoologiques (AFdPZ) monte au créneau expliquant que « la chasse à la glu fait partie des pratiques que les chasseurs qualifient de « chasses traditionnelles », mais que les protecteurs de la nature considèrent comme non sélectives et cruelles. « Elle consiste, comme l’intitulé l’indique, à capturer des oiseaux avec de la colle forte sur des baguettes ou des branches d’arbres. Ces oiseaux sont ensuite enfermés dans des cages où ils appellent par leurs chants leurs congénères qui sont alors tirés au fusil. Lorsqu’ils sont pris sur un piège à glu, les oiseaux se débattent désespérément, ce qui contribue à les engluer encore plus. Lorsqu’ils sont encore en vie, les solvants utilisés pour les décoller sont toxiques et occasionnent à leur tour des lésions. De plus ces « gluaux » (les branches encollées) destinés aux grives et aux merles, piègent en fait toutes sortes d’oiseaux parmi lesquelles des espèces protégées ou dont la chasse est interdite. » Face à la décision du Conseil d’Etat, la Ligue pour la protection des oiseaux se débat elle aussi, scotchée par  l’autorisation de cette chasse aux méthodes abjectes dans cinq départements (Alpes- de-Haute-Provence, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Var et Vaucluse). Les zoos français déplorent de surcroît cette décision « qui intervient en totale contradiction avec la jurisprudence européenne. » Dans une décision du 9 décembre 2004, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a en effet condamné l’Espagne pour avoir autorisé la chasse à la glu sur son territoire. La Cour relevait alors que « la chasse aux grives au moyen de gluaux telle qu’organisée sur le territoire de la Communauté de Valence ne permet pas d’éviter la capture d’oiseaux autres que des grives », ce qui contrevient aux dispositions de la directive européenne du 2 avril 1979.  La Ligue pour la protection des oiseaux a saisi la Commission européenne de ce litige contre la France à la suite de la décision du Conseil d’Etat. L’Association française des parcs zoologiques soutient sans réserve cette démarche. Son président Rodolphe Delord a envoyé un courrier en ce sens au Ministre de la transition écologique et solidaire, François de Rugy. L’Association mondiale des zoos et aquariums (WAZA) et l’Association européenne des zoos et aquariums (EAZA) se positionnent de même contre cette pratique.

Les oies aussi dans le viseur inhumain

En résumé, les parcs zoologiques se mobilisent. Ils s’opposent d’ailleurs de surcroît au projet d’arrêté actuellement en consultation visant à prolonger la chasse aux oies cendrée, rieuse et des moissons jusqu’à la fin février. Cet arrêté contreviendrait lui aussi aux dispositions de la directive Oiseaux. Cette position très ferme des zoos français est en cohérence avec la campagne internationale « Silent Forest » à laquelle ils participent, lancée par l’Association européenne des zoos et aquariums (EAZA), et qui vise à mettre fin aux captures dans la nature d’espèces menacées d’oiseaux alimentant un trafic mondial d’oiseaux chanteurs du sud-est asiatique. Pour les zoos français, il serait inconvenant de condamner les pratiques illégales constatées dans plusieurs états asiatiques, sans s’interroger sur des pratiques tout aussi condamnables qui ont cours en France. Un peu de cohérence serait la bienvenue. Qui est finalement l’animal le plus nuisible ? L’être humain peut-être, assurément… Pour être un peu violent, imaginez le supplice d’un enfant englué, personne ne se ruerait dans les brancards ? Arrêtons parmi tant d’autres, ce massacre sadique de la biodiversité via des traditions innommables. Sous ces poils et plumes, bat un coeur empreint d’émotions à l’instar du nôtre. Sauf pour celles et ceux qui possèdent un coeur de pierre, ostensiblement…

E. Rencien

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