Seul un miracle peut sauver les SA Vierzon…

SPORTIVEMENT VÔTRE

Après 70 ans de présence ininterrompue au niveau national, les SA Vierzon, le club de rugby de la deuxième ville du Cher devrait rejoindre un championnat régional la saison prochaine. Un bail record que les supporters espéraient pourtant perpétuel.

Sur le pré, dans leur stade Robert-Barran, chantre d’un rugby où l’amour du maillot avait plus de valeur que toutes les enveloppes réunies, les joueurs en maillot bleu et blanc ne peuvent plus encaisser de défaite supplémentaire. Une de plus. Une de trop et ancré à la dernière place du classement, il faudrait un miracle alors. Un cadeau qui pourrait venir de Marcoussis plutôt que du ciel pour que le club des Sports Athlétiques Vierzonnais, créé en 1941, ne retourne pas dans l’un des championnats domestiques quitté en septembre 1948. Peu de clubs peuvent se targuer d’avoir une longévité, en continuité, en 3e division (Fédérale 3), et en 2e division (Fédérale 2). Dans le Cher, le club des SAV était le plus ancien à ce stade. Par le passé, les Berruyers de l’US Berry, le premier club à avoir manié le ballon ovale, juste devant celui de Saint Florent qui n’aura cependant connu le national que durant à peine deux décennies, avaient déjà fait l’ascenseur. C’était au coeur des années 70. Au niveau du Berry, de l’Indre et du Cher, Châteauroux avait aussi été dans l’obligation de passer un temps par les épreuves régionales. Au début de saison, un pilier, désormais vieux, rencontré dans les travées d’un stade à la résonance creuse, après les bises d’usage, expliquait qu’il ne voulait pas que le club, son club, rejoigne le cran inférieur … ou alors après sa mort. Et d’ajouter qu’il n’avait pas l’intention de mourir tout de suite !

Une descente et un changement de vision sociétale
Vierzon, en régionale, ce n’est pas seulement un sujet sportif. C’est un reflet sociétal. Sur la pelouse, les anciens vous diront que, quand ça va mal, il n’est pas temps de discuter mais d’en poser une ou deux … Maintenant un yaourt bulgare se mange à la cuillère et jamais plus à la paille. Les temps et les mœurs ont bien changé. Remonter une mêlée est devenu un acte barbare. Le très vulgaire « Pour une dent, toute la gueule … » est passé de doctrine primaire à aberration étymologique tout autant que psychique. Comme les petits dans la cour de l’école, on ne fait plus La Bagarre … Probablement est-ce une bonne chose. Par contre, le remboursement des frais pour aller à l’entraînement est attendu avec impatience au début de chaque mois. Une petite aide financière ou matérielle, pourquoi pas. Cela s’est toujours plus ou moins fait, même en des périodes reculées. Même en des temps où la Fédération Française de Rugby l’interdisait !
Le rugby de Vierzon est à l’image d’une ville qui n’a plus les industries pour le financer, ni les prolos pour suer et saigner dans ses maillots. Si le problème se cantonnait à la seule expérience vierzonnaise, la maladie pourrait être localisée et traitée. Que nenni ! Le mal est ancré à un système économique et une société dont les repères sont modifiés dans leur globalité. Vierzon n’est qu’un exemple. Comme La Voulte, comme Montceau-les-mines, et d’autres. Certains ont disparu, absorbés par des voisins aux moyens financiers surpuissants. D’autres se sont fondus dans la masse des « petits clubs », ceux qui font que le rugby et les liens qu’ils créent, sur et en dehors des terrains, existent encore. Au rugby, peut-être plus que dans un autre sport, on vit comme on joue. On joue comme on peut en crever aussi. Non, non, non, les SAV ne sont pas morts car ils gueulent encore. Car ils gueulent encore … Ils gueuleront encore certainement, mais de moins en moins fort.

Fabrice Simoes