Allez voir la maison de Colette ! Le temps aboli…

Colette (1873-1954), écrivain français. France, 1939.

En préambule à une chronique consacrée aux femmes dans l’environnement berrichon que je vais tenir au cours de l’année 2018, j’ai envie de parler de Colette, l’actualité m’y invite puisque sa maison natale est ouverte au public depuis plus d’un an (25 mai 2016). Colette fait partie de ces femmes qui ont ouvert une voie parmi le monde des hommes, qui, comme George Sand, Marie Curie, Simone de Beauvoir etc, ont été les instigatrices de ce premier pas vers l’égalité et l’émancipation de la femme. Sur ce plan-là, Colette est une femme extraordinairement moderne. En pleine « Belle Epoque » corsetée et chapeautée, elle a conquis patiemment sa liberté en s’affranchissant de ses deux maris dont elle a divorcé, elle a réussi à vivre de son travail en tant que comédienne, journaliste et écrivain. Grande amoureuse, elle a vécu à sa guise, sans interdits, a totalement assumé sa sexualité, en touchant à tout, si je puis dire, aux femmes, et même aux hommes beaucoup plus jeunes qu’elle. Tout au long de sa vie, elle a assumé une soif de gourmande, gourmande de la chair et du plaisir qu’elle a décrit avec talent à travers une immense œuvre littéraire. Parfois, on peut la considérer comme amorale ; du moins, peut-on juger qu’elle a sa propre morale, cependant elle n’a jamais été immorale ni vénale, même si durant toute sa vie, elle a subi la hantise de manquer d’argent. Pour connaître le pourquoi de cette quête insatiable, il faut revenir à son enfance. Après 18 ans de bonheur, dans un paradis à la fois clos et « incontrôlable », au milieu d’un gros bourg égaré dans les bois de Puisaye en Bourgogne excentrée, elle a poussé à l’ombre d’une déesse-mère tutélaire, « Sido », sous le regard charmeur d’un père « le Capitaine Colette » qui avait perdu une jambe à la bataille de Melegnano, et en compagnie d’une fratrie d’enfants sauvages, Juliette sa « sœur aux longs cheveux », Achille « l’aîné sans rivaux » et le sylphe Léo. Paradis subitement perdu, suite au mariage de Juliette avec le docteur Roché qui s’est empressé de demander les comptes de la succession Robineau-Duclos dont était issue Juliette… Colette ne se remettra jamais de la perte de sa maison natale, en effet ses parents privés de moyens, ont dû suivre leur fils Achille qui s’installait médecin à Châtillon-Coligny. Alors, à partir de ce moment-là, elle sera atteinte du désir effréné de ne jamais manquer d’argent. Et voilà qu’il y a à peine 6 ans, à l’annonce de la vente de sa maison natale par les successeurs du Docteur Muesser, le plus bel hommage qui lui fut rendu, fut cette levée de boucliers, cette vague qui a submergé jusqu’au tout Paris qui s’est mobilisé pour récolter des fonds afin de sauver « sa » maison. En un temps record, un miracle a eu lieu, tout a été réalisé, l’achat, la restauration dans les règles de l’art, et l’ouverture au public. Un homme, Frédéric Maget, le président de l’association « la Maison de Colette » : C’est grâce aux descriptions de Colette dans ses livres que la rénovation à l’identique a été possible, qu’une équipe, des mécènes, des donateurs et le public ont mené cette épopée tambour battant. Quand vous passerez la porte qui sépare la billetterie de l’entrée dans la maison, vous serez immergé dans un autre monde, celui de la « petite », de Gabri, Minet Chéri, le « Soleil en or » comme la nommait sa mère, vous ferez un bond dans le monde enchanté de l’enfance de Colette.
Tout revit comme à la fin du XIXe siècle,    la salle à manger plongée dans la pénombre grâce aux lourdes tentures de soie, la grande glace qui a retrouvé sa place, la cheminée à la couleur mastic qui attend son miroir, le chapeau de Sido posée négligemment sur la table du salon où trône sur la cheminée la  pendule que Marguerite Boivin a sauvée, la chambre du capitaine et de Sido avec ses deux lits aux draps presque trop blancs, le petit coin sombre où dormait Minet Chéri au-dessus du porche, le jardin qui fait de temps à autre des signes pour nous faire sortir, le jardin d’en haut tout fleuri et le jardin d’en bas avec son potager. Tout ce bonheur intense fait que vous plongez à chaque instant,  à la fois dans les difficultés de la restauration, le combat dantesque contre la mérule,  le lent et fastidieux travail  des artisans et dans la magie du temps aboli…. En 2018, dans le cadre d’UN JOUR AVEC, je proposerai en mai et en octobre, dans le cadre d’un nouveau concept : Cultivez-vous en cultivant votre forme et votre santé, une marche rythmée par la parole de Colette dans la campagne de Saint-Sauveur-en-Puisaye, suivie d’un instant de paix dans le Jardin d’en face pour se préparer à la visite de la maison. Après le déjeuner, je proposerai une Virée sensorielle et littéraire autour de « ses » étangs, de Moutiers à celui des Barres en passant par celui de la Folie.
Renseignements et réservations : 02 48 58 40 16 ou 06 81 59 45 67.

Marie du Berry