C’était le dernier Acte


C’est décidé. C’est la dernière fois que les gilets jaunes occuperont ces lignes. Journaleux ou déclaré comme tel, vieux de toute façon, iconoclaste par principe, ectoplasme, connard, vendu, haineux, par insultes maladroites ou calculées, anar assumé par choix et conviction, je vais faire tout seul ce que toute une corporation n’est plus capable de faire ensemble: mettre stylo, calepin et appareil photo à terre et laissé à d’autres le soin de faire l’apologie de l’empilage de demandes individuelles qui forme ce tout fait d’un tas de rien. Un geste simple pour défendre, tant que c’est encore faisable, ce privilège de pouvoir écrire ce que l’on veut, quand on veut. Une liberté que les plus jeunes dans la profession possèdent de moins en moins, même si la déontologie voudrait que l’information prime sur les pressions diverses, qu’elles soient financières, politiques, ou plus directement,  physiques.  Une liberté que certains d’ailleurs ne méritent pas non plus … Céder d’un mot n’est pas seulement reculer !

Alors que les « journalopes de merde à la solde de Macron » sont éjectés des manifs sous les quolibets et au chant de la Quenelle chère à Dieudonné M’Bala M’Bala, alors que les « pourris » de la presse se font agresser, les gilets jaunes « pacifiques » ne font pas barrage à ces nervis aussi prompts à frapper qu’à s’échapper à toutes jambes dès le premier envol de CRS. Pour avoir traîné quelques guêtres dans les rues de France, mais pas de Navarre cependant, aucun souvenir d’avoir rencontré des manifs guerrières… elles étaient toutes pacifiques ! Cela dit, qui dit pacifique ne veut pas dire non violent. Fly Rider, surnom de Maxime Nicolle, à la tribune du château d’eau, à Bourges, oublie probablement ce léger décalage dans le vocabulaire. Pourtant, il cite Martin Luther King qui lui se voulait non violent, pas pacifique. Il omet que sur le pont Edmund Pettus, à Selma, la police a chargé les 600 manifestants pourtant non-violents, et pas seulement pacifiques, qui marchaient sur le trottoir … Là, la manif n’était pas non plus organisée comme un rendez-vous du samedi après midi d’hiver en terre de France! Là, les premiers rangs n’avaient pas les bras levés devant le cordon de casqués alignés* pendant que des connards balançaient des cailloux depuis leur zone de confort, une dizaine de mètres derrières leurs boucliers humains.     

Qu’est-ce qu’ils ramassent les médias ! Pourtant, on peut se demander si le mouvement des gilets jaunes n’existe essentiellement que par sa mise en avant par les chaînes d’info en continue et sa version produite en relief dans les quotidiens de l’Hexagone. Comment un mouvement qui a rassemblé, à son point culminant, sur 66 millions d’habitants, 1 million de personnes à la louche– soit le triple les chiffres annoncés officiellement-  peut s’inscrire dans la durée avec, huit semaines plus tard, 150 000 manifestants – soit 5 fois les chiffres annoncés officiellement– toujours porteurs du paletot jaune? Parce que les médias ont fait qu’il existe …

Alors que certaines revendications de ce mouvement pourraient aller dans le bon sens, la dialectique et la méthodologie sont pourtant très éloignées du bien commun. Y compris dans la reconquête d’une démocratie directe. Y compris dans une Egalité reconnue. Pour la Fraternité, le sectarisme est trop présent. Quant à la Liberté, c’est un concept tellement peu collectif …

* Dans un dernier geste de solidarité, et afin de prévenir ceux qui veulent aller à leur première manif, votre serviteur précise que, quand les CRS sont alignés sur une seule rangée, on peut gueuler comme un âne (pas trop près quand même). Par contre dès que le CRS se démultiplie par deux, ou devient trinôme, le plus urgent est de prendre ses jambes à son cou…