Le concile de Beaugency (1152)

Plusieurs griefs étaient utilisables par Louis VII : les mœurs dissolues de sa femme, l’adultère éventuellement, et surtout, plus grave pour la couronne, l’absence d’un héritier mâle. En effet Aliénor n’avait encore pas mis au monde le fils tant espéré par le roi et ce, malgré la naissance de deux petites filles, d’ailleurs déjà promises en mariage, en 1145 et 1149. Mais ce que retînt l’assemblée qui allait se réunir à Beaugency, ce fut la consanguinité qui équivalait à l’inceste. Ce motif était en réalité le plus diplomatique qui soit car la consanguinité ne dérangeait personne quand des intérêts énormes étaient en jeu. D’ailleurs quand on en connaît les conséquences génétiques, on sait que les rois ont en plus qu’abusé vu dans quel délabrement physique et mental se sont achevés les grandes dynasties. On fit pourtant tout pour empêcher ce divorce, l’Eglise en particulier, au nom de la sacralité du mariage bien sûr, mais aussi de la part d’un Suger, en pensant aux conséquences politiques. Depuis maintenant deux ans, le vieil abbé de Saint-Denis tente de retarder l’échéance avec l’appui de la papauté notamment, mais en 1151 il s’éteint avant d’avoir pu convaincre le roi.

Le dernier obstacle disparu, les choses ne traînent pas et dès le printemps 1152, un concile est réuni à Beaugency à la demande de l’évêque de Paris sur la requête du premier de ses paroissiens, le roi de France. Sous l’autorité suprême de l’archevêque de Sens, le concile rassembla nombre d’évêques du royaume ainsi que les principaux barons du côté laïc pour statuer sur le sort de ce mariage. Beaugency avait semble-t-il acquis une spécialité es-problèmes matrimoniaux car en 1104, on y avait déjà jugé le cas de Philippe Ier. Le grand-père de Louis VII ne lui ressemblait visiblement pas car lui avait été jugé pour adultère, enlèvement d’épouse et pour répudiation illégitime de sa propre femme. Remontons dans le temps, nous sommes en 1095 et alors qu’il assiste à une messe, le roi enlève Bertrade la femme du comte d’Anjou et s’enfuit à bride abattue devant une assistance médusée. Ensuite après avoir répudié sa femme elle-même appelée Bertrade, il épousa sa maîtresse, mais la riposte de la papauté ne tarda pas et le premier concile de Beaugency excommunia Philippe 1er.

Un demi-siècle plus tard, les choses avaient changé, le roi de France était plus puissant et le haut-clergé commençait à manifester son indépendance, ce que l’on a appelé le gallicanisme, vis-à-vis de Rome.

Malgré l’interdit pontifical, Louis VII n’eut aucun mal à faire annuler son mariage et Aliénor repartir vers le Poitou humilié. On connaît la suite, Aliénor, au grand dam de son ex-mari, se remaria assez rapidement avec un géant roux de dix ans son cadet, Henri Plantagenêt comte d’Anjou, duc de Normandie et futur roi d’Angleterre. Désormais tout la façade ouest du royaume était dans les mains d’un seul homme à qui comme de bien entendu, Aliénor donna un héritier mâle. Le conflit entre un vassal devenu trop puissant et son suzerain était inévitable, il ne fut pas évité.