L’habit traditionnel Berrichon

Au-delà de la distinction sociale marquée par le vêtement, le costume relève de la tradition. Il démarque une identité ancrée dans la terre d’une région et d’une culture. Quelle que soit la condition sociale de son utilisateur, le vêtement traditionnel du monde rural avait deux fonctions primordiales : protéger le corps et communiquer selon certains codes. Par leurs habits et ses particularités, les personnes indiquaient leur situation (célibataire, marié ou veuf), leur métier, leur richesse ou tout simplement un message à faire passer.

Dans une société où la plupart des gens travaillent aux champs, se protéger apparait comme la première nécessité et le rôle principal du vêtement. « Usés jusqu’à la corde », rapiécés de morceaux d’étoffe, raccommodés, en mauvais état, passés ou déchirés, le vêtement de travail se transmet et se porte jusqu’à l’usure définitive.

Contre le soleil, les hommes portaient un chapeau de feutre noir très bas, arrondi sur la tête et à très large bord.  Dans d’autres régions du Berry, on se coiffait de chapeaux à « barbotiaux ». Ils avaient des bords moins larges et étaient ornés de morceaux de velours attenant à la coiffe ronde.  Les paysans portaient un gilet, une veste courte et ajustée, un « pantalon à pont » avec des guêtres. Ils mettaient souvent une blouse par-dessus ce costume : « la biaude ». Taillée dans une toile blanche artisanale puis en toile bleue de fabrication industrielle, elle est devenue le symbole du costume traditionnel porté par les Berrichons. La « limousine », sorte de grande pelisse complétait l’habillement et les sabots l’achevaient.

Les femmes portaient des coiffes et sous coiffes appelées « caillenne ». Pour se protéger des intempéries, elles se recouvraient d’une « capiche », capuchon en étoffe de laine blanche qui couvre les épaules et le bonnet. En deuil, elles mettaient une cape noire qui descendait jusqu’aux talons et un chaperon dont le fond avait la forme d’un éventail.

Les jupes étaient caractéristiques. Elles étaient toutes réalisées de la même façon. Longues, elles ne montaient jamais plus haut que le mi mollet couvert de bas tricotés ou de chaussettes. Elles se portaient sur plusieurs jupons, assemblées à la taille par une coulisse qui donnait des plis plats devant et des fronces à la « poucette » derrière. Plus ou moins relâchées, elles permettaient de suivre l’évolution du poids de la dame. La pièce indispensable pour terminer le costume est bien sûr le tablier. Pour aller au lavoir, les femmes en utilisaient un confectionné en joncs.

Les enfants dès leur plus jeune âge portaient une chemise avec une brassière et étaient coiffés d’un petit bonnet en trois parties : « le béguin ». Filles et garçons portaient la robe jusqu’à l’âge de cinq ans. Les filles, après leur communion solennelle, étaient habillées comme les grandes personnes. Elles portaient néanmoins leur béguin la semaine avant de revêtir le dimanche, la coiffe en dentelle et le fichu d’indienne comme leur mère.

Plus riches, les costumes de fête traduisaient ce souci de paraître et de se mettre en valeur à l’occasion de circonstances particulières, comme les noces, les manifestations familiales ou religieuses, les pèlerinages ou les assemblées profanes.

Lors des fêtes, les vignerons des environs de Bourges portaient le pantalon de drap noir et une veste de même étoffe qui remplaçait alors « la biaude ». La chemise était ornée d’un col et de poignets bien blancs. La coiffure ordinaire était remplacée par un chapeau dont la calotte est ceinturée d’un large ruban et ornée de petits chevrons de velours (barbotiaux). Les jeunes filles portaient un bonnet de fine lingerie au fond brodé découvrant largement le front et laissant dépasser leur « bandeaux à la vierge ». La manière de placer la raie de ses cheveux permettait d’identifier d’un simple regard où en était la jeune fille dans sa vie. Un fichu de soie de couleur tendre découvrait la gorge et venait s’ajuster sur un corsage. Le costume de noce restait le plus éclatant. Riche en symboles, celui de l’épouse était particulièrement soigné.

C’est au début du XXème siècle que les costumes traditionnels des fêtes cédèrent la place à des vêtements plus influencées par la mode bourgeoise et urbaine. Les modistes et couturières locales, contribuèrent à la diffuser dans le monde rural, reléguant ainsi les habits traditionnels au rang du folklore.