La Division du Berry en départements

Pour favoriser la pénétration de l’esprit crée par la Révolution, l’Assemblée nationale décréta, le 22 décembre 1789, la suppression des anciennes provinces et la division de tout le territoire en départements. Un consensus se dégagea alors pour créer une division du royaume qui servirait de référence pour toutes les juridictions. L’Assemblée constituante, parmi ses principales préoccupations désira simplifier le maillage territorial de la France d’Ancien Régime qui juxtaposait des juridictions administratives, fiscales, religieuses ou judiciaires sans aucune uniformisation.  Dans un souci de faire table rase de l’ordre ancien, on chercha pour les départements à ne pas leur donner un nom rappelant trop un ancien fief ou une province d’Ancien Régime, mais on privilégia l’identification par les éléments naturels, cours d’eau, montagne essentiellement. Un autre impératif était l’accessibilité des centres administratifs. Ainsi, une demi-journée de cheval devait suffire à rallier un chef-lieu de district et une journée le chef-lieu du département. Autre grande modification, chaque département devint alors un diocèse, ce qui entraîna la suppression de nombreux petits évêchés. À la suite de la Constitution civile du clergé, les diocèses prirent eux aussi le nom du département.

Le Berry en forma deux qui correspondaient, à peu près à celui de l’Indre pour le Bas-Berry, et celui du Cher pour le au Haut-Berry. Cette division se fit au milieu de réclamations et de Requêtes de toutes sortes.
La délimitation avec les régions voisines s’effectua sans grandes difficultés. Chose digne de remarque, la plupart des localités limitrophes demandaient à faire partie du Berry. C’était le désir de Saint-Amand, qui craignait d’être réuni au Bourbonnais. On lui donna satisfaction, mais le canton d’Ainay-le-Château, malgré ses protestations, fut laissé à cette dernière province. Aigurande, Sainte- Sévère, voulurent appartenir au Berry et l’on accorda par compensation Boussac et La Souterraine à la Marche. Ecueillé avait été rattaché à la Touraine, mais cette localité réintégra peu après le Berry à la grande joie de ses habitants. Au sujet de La Charité, de longs débats s’élevèrent. Elle appartenait au Berry, mais sa situation sur la rive droite de la Loire la faisait vivement désirer par le Nivernais auquel, en fin de compte, elle resta.
Quand on voulut tracer les limites des deux départements, les complications augmentèrent quand il fallut choisir les chefs-lieux ainsi que les chefs-lieux de districts.

Issoudun tenta de devenir le chef-lieu du Cher ; cette ville alléguait sa situation plus centrale que celle de Bourges. Ce fut une nouvelle forme de rivalité entre les deux cités antagonistes. Le projet ayant échoué, Issoudun essaya de devenir le chef-lieu de l’Indre, mais c’est Châteauroux qui l’emporta grâce à sa position géographique, bien qu’alors elle eût une population moins importante qu’Issoudun.
Lignières et Chateaumeillant étaient disputées entre les deux départements. Celui de l’Indre les convoitait pour empêcher le Cher de se confiner à la Marche, pays pauvre, avec lequel des échanges actifs de denrées avaient lieu : il se serait ainsi assuré tout le trafic avec cette province. Le département du Cher souhaitait avoir une part dans ces transactions commerciales et s’annexer les régions contestées. II eut gain de cause.
Les villes qui demandaient à devenir chefs-lieux de districts étaient fort nombreuses. Dans la même région, Chateaumeillant rivalisait avec Culan, Le Châtelet et Lignières. Sancoins rivalisait avec Dun-le-roi. D’autre part, Aigurande, Argenton, Saint-Benoit-du-Sault, Buzançais, Châtillon et Levroux se croyaient également qualifiées pour devenir des chefs-lieux d’arrondissements. Buzançais avait même élevé la prétention d’être choisie comme chef-lieu du département de l’Indre.

Malgré l’existence de ces compétitions de pouvoir, l’organisation des deux départements se constitua à peu près comme elle existe de nos jours. Avec un remarquable esprit de justice et une connaissance exacte des intérêts locaux, le Berry avait abandonné aux provinces voisines quelques dépendances écartées et il avait rectifié ses limites.
Il était désormais plus régulier de forme, plus homogène dans ses diverses parties, et, comme toutes ses annexions étaient désirées par les habitants, il n’y eut, pour ainsi dire, aucun étranger introduit en Berry.
D’ailleurs, l’esprit provincial s’effaçait progressivement pour laisser place aux sentiments patriotiques. Etre français et unis contre l’adversité importait plus durant cette période trouble où le territoire allait être attaqué de toute part.