En avant les histoires bien françaises

Si les voyages forment la jeunesse, le fait d’emprunter les transports en commun apprend la patience. Particulièrement le train. À l’approche des fêtes de fin d’année, les mails commerciaux de la SNCF tombent à l’envi dans nos boîtes mail. Sauf que lorsque l’un de ces courriels apparaît la journée où vous avez choisi le rail et que cela s’est mal passé, l’invitation souriante, reçue par voie électronique, «Vos billets pour l’hiver, c’est maintenant ! », à la lecture, crispe. Avec la Société nationale des chemins de fer, de plus en plus, quand le haut-parleur, dans le wagon, prévient « attention au départ », les prémices s’enclenchent pour « en avant les histoires ». Loin du monde insouciant des Playmobil, plus proche de l’univers “m’enfin” de Gaston Lagaffe. Puisque la voyageuse effectue régulièrement un pari, pour que son train parte et aussi arrive sans encombres. Parfois, malheureusement, dès le quai, l’écran annonce « en retard » et d’emblée, ce peut donc être l’aventure. Parfois également, le train arrive à destination au timing prévu et ça peut survenir, en avance ! Le contrôleur ne manque jamais d’ailleurs de le signifier à son auditoire assis. Si vous parlez avec vos collègues de travail, amis, connaissances, et même votre ostéopathe, tout le monde possède au moins une anecdote ferroviaire à narrer, et dont on rit… a posteriori. Car sur l’instant, ça peut agacer fortement. Nous avons vécu ce type de scénario ce mois-ci entre Orléans et Blois. Tout avait à peu près bien commencé  : à l’aller, après avoir croisé un adjoint au maire, juste cinq minutes de retard indiquées de bon matin à Blois, mais pas de mise en péril de notre entretien en préfecture du Loiret ce mercredi-là. Au retour, contre toute attente, ce fut plus folklorique. Embarquement à Orléans le cœur léger, après notre entrevue satisfaisante. L’un des contrôleurs, d’un certain âge, accompagné d’un plus jeune et formant un autre plus jeune auquel il avait conseillé de «toujours garder le sourire avec les gens, pour ne pas venir la boule au ventre au travail», était bourré d’humour au micro (beaucoup de gens, proches ou non, auront des histoires à vous raconter là encore concernant les fantaisies de quelques brigadiers fantasques) et lors de la vérification des titres de transports. « Pas de billet, pas de chocolat » avait-il plaisanté. « Un billet, un chocolat donc !» avait déduit une passagère, faisant réfléchir l’agent sur sa réserve en cabine, Mars ou Bounty. Mais la promesse de douceur fut rapidement précipitée dans un ravin d’acrimonie. Un premier stop inopiné de notre TER aura fait perdre six minutes à tout l’équipage. Une affaire de feux de signalisation. Le rouge enfin passé au vert, notre convoi a repris sa route … à vitesse d’escargot. Un gastéropode et sa coquille auraient toutefois été sans doute plus rapides que nos valises. Et puis, sur ces rails de stoïcisme, enfer et damnation, deuxième soubresaut, immobilisation à La Chaussée Saint-Victor : panne moteur ! « Je suis au bout à vie, je n’en peux plus ! Et ma correspondance bus ?», a gémi un étudiant rentrant sur Tours. Envolée notre alacrité, manqué notre rendez-vous d’après. Le drôle de contrôleur, qui subissait également, prêt à suggérer le remboursement partiel G30, a donné des informations pour éviter les algarades. Deux solutions s’offrant à nous : soit un débarquement sur le quai, soit un bricolage pour relancer la machine défectueuse. Par un miracle avant Noël, le train a réussi à parcourir les quatre derniers kilomètres. Pour une fois que nous “écoutons” le président PS du Centre-Val de Loire, François Bonneau (lequel, avait inauguré six jours avant de nouvelles rames Rémi pour “plus de régularité”…) et préférons le train, c’est raté. Devons-nous y ajouter la menace récurrente et scandaleuse de grève cheminote au pied du sapin ? Un récent Tweet sur X, avec photo, du marathonien David Lisnard, maire LR de Cannes, (réélu) président de l’AMF, Association des maires de France (lors du dernier Congrès des maires à Paris), résume : “Comme chaque année, sans vergogne.” Ce transport jugé durable et d’avenir déraille effectivement pas mal encore… En dépit des promesses du ministre Clément Beaune à Orléans le 20 novembre, annonçant notamment “plus de 500 M€ engagés par l’État d’ici 2027 pour proposer une offre de mobilité décarbonée et fiable dans toute la région Centre-Val de Loire.” L’occasion de devenir d’ici là longanime ? Voyons le positif : parce que les voyages en train peuvent être longs, vous avez le temps d’ouvrir un dictionnaire pour comprendre certains termes littéraires de ce billet !

Émilie Rencien