En juin, le masque à la main

Confinement. Ce mot résonne différemment, maintenant ! Pendant cette période particulièrement emmurée, du 17 mars au 11 mai 2020, en dépit de notre bonne volonté, votre édition papier s’est retrouvée à l’arrêt forcé, Covid-19 oblige, comme bon nombre d’autres sociétés et activités. Notre site Web lepetitsolognot.fr aura pris le relais – au gré de sa plume demeurant elle contre vents et marées toujours déconfinée dans sa liberté de ton – pour continuer de vous informer, à la fois de manière distanciée et rapprochée. Mais qui vient à point à qui sait patienter… Notre version papier revient, avec bonheur partagé, ce mardi 9 juin 2020. Vous l’aurez constaté car vous tenez en ce moment notre journal – le vôtre aussi – entre vos mains. Drôle de guerre, drôle d’expérience que ce printemps quand on y songe vraiment, n’est-ce pas ? Un mauvais film, pourtant bien réel et non pas une fiction issue de chez Marvel, à la sauce douce-amère d’« une époque formidable» qui aurait pu être scénarisée par Gérard Jugnot, où abruptement, les acquis s’écroulent. Nous nous pensions à l’abri de la peste, de têtes qui trépassent sous les lames d’une guillotine, de troisième guerre mondiale, mais nous n’aurions pu imaginer un ennemi invisible provoquant inopinément l’indicible. « La vie peut être fluide et pleine de surprises , c’est ce qui fait son charme,» me confiait ces derniers jours un élu local en évoquant les élections municipales qui devraient trouver leur épilogue le 28 juin. Des propos qui provoquent fort écho en cette époque viralement bousculée, pendant laquelle le commun des mortels a pu expérimenter le mythe de la cabane. Nous avons vécu un poison d’avril, puis un mai déconfiné où néanmoins, chacun n’a pu faire ce qui lui plaît. Et, en juin, nous sommes la faux, ou plutôt le masque, à la main. Bienvenue dans le monde d’après. Ce dernier, de prime abord, ne paraît pas guilleret, entre sélection naturelle de Darwin, restriction de natalité de Malthus et représentation à la chloroquine du Pr Raoult. Mais tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, alors haut les coeurs ! « L’hiver a cessé : la lumière est tiède. Et danse, du sol au firmament clair. Il faut que le coeur le plus triste cède à l’immense joie éparse dans l’air …». Nous n’avons pas encore atteint la poétique ritournelle de Paul Verlaine, car ces deux derniers mois de l’année 2020, un nouveau coronavirus aura un brin jeté notre moral aux oubliettes, et les sourires, dorénavant masqués, ne sont que circonstanciés.

Dans cette belle pagaille, où une chauve-souris et un mammifère à écailles n’y sont peut-être pour rien, quatre scénarios français ont été révélés pour la suite escomptée par le Conseil scientifique, qui semble jouer à la roulette russe, du meilleur vers le pire. Alors tapez 1, tapez 2, tapez 3… Au choix. Finalement, moult néo-experts sont nés pendant cette crise atypique et covidique, si bien que chacun finit par ramener sa science de pangolin. La politique de l’autruche a assurément trop duré et il est grandement temps de ne plus cacher ce sein d’évidences que l’on ne saurait voir. Il ne s’agit pas pour autant de sombrer dans le piège aisé de la sinistrose, entretenu par des infos en continu qui enfoncent le clou d’un printemps contrarié, avec lesquelles il vaut parfois mieux se distancier pour demeurer en bonne santé. Mais cette cuvée “vin-vingt” n’est pas encore totalement enterrée. Certes, il y a déjà des morts comptés par milliers, et par ricochet, des entreprises laisseront à leur tour leur peau sur le carreau. Mais dans l’adversité, comme d’agiles félins, nous retomberons sur nos coussinets à condition que les essentiels, tant serinés par le chef de guerre Macron, ne soient pas perdus de vue. Le défi s’affiche colossal à bien des égards, autant économiques, environnementaux que sociétaux. La planète chauffe et ne tourne pas très rond, et nous restons aveugles et sourds, parce que ça passe dans le périlleux virage à chaque fois, de justesse. Mais le corps de Terre envoie depuis belle lurette des signaux à notre esprit pas du tout immortel. Ce dernier étouffe mais refuse d’éteindre cette âcre fumée. Or, face aux accrocs qui commencent à entacher le vernis jusqu’ici préservé, être prudents, c’est bien, mais il faut enfin s’atteler au chantier, si nous ne voulons pas voir déferler un enfer de Covid-20, 21, 22 et ainsi finir par ouvrir la boîte de Pandore.

Ce qui ne tue pas rend plus fort, selon l’adage, alors saisissons l’opportunité mortifère pour renaître de nos cendres tel un phénix qui, espérons, aura compris la leçon. Porter un tissu sur le visage et le nez n’est pas le pied mais pas forcément le bagne non plus. A l’instar de la turlutaine de Jacques Brel, ”On n’oublie rien de rien, on n’oublie rien du tout, on n’oublie rien de rien, on s’habitue c’est tout.” Dans une poignée d’années, il est à souhaiter que nous rirons de cette mésaventure impromptue et plus tard encore, les générations de l’après dénicheront des masques à élastiques et des bornes de gel hydro-alcoolique dans les travées archéologiques, en s’interrogeant sur ce qui a bien pu entraver cette année aux 2 zéros et 2 deux où l’horloge s’est chaotiquement figée. Quoiqu’il advienne, pas encore tout à fait libérés-délivrés ce mois de juin 2020, nous sommes dans l’immédiat toujours bien vivants, tournés vers l’avenir, et notre rédaction du Petit Solognot est comblée de renouer sur papier avec ses fidèles lecteurs – que nous remercions chaleureusement – ainsi que ses indéfectibles annonceurs. Vous nous avez manqué. Alors, au fil de ces pages, surtout, une joyeuse lecture libérée !

Émilie Rencien