Exercice anti terroriste grandeur nature à l’IUT d’Issoudun



La com a été parfaite, l’information un peu plus négligée, pour un exercice qui a permis à la préfecture, la gendarmerie et la justice de coordonner leur action.
Gouverner c’est prévoir. Ceux qui nous gouvernent utilisent les services de renseignements pour déjouer des projets terroristes. Le membres du gouvernement en font régulièrement état, sans entrer, on s’en doute bien, dans les détails. Mais il faut aussi admettre que tous les projets mortifères imaginés par des illuminés désespérés, ne pourront pas être indéfiniment déjoués. D’où l’obligation de s’entrainer à faire face au pire. C’était le but de l’exercice mené le 17 octobre dans les locaux de l’antenne issoldunoise de l’IUT départemental.

Le scénario prévoyait l’arrivée d’une voiture qui fauchait des étudiants, avec un assaillant masqué qui sortait du véhicule et pénétrait dans l’établissement en se protégeant avec un otage. « Ce sont les seules informations dont nous disposions lorsque débuta l’exercice », avoue le préfet de l’Indre, Seymour Morsy. Le nous le concerne, lui et ses deux partenaires de jeu : Stéphanie Aouine, procureur de la République et le colonel Lagrue patron des gendarmes de l’Indre. Il ne s’agissait pas de rejouer, quatre jours plus tard « La nuit du polar », le but n’était pas de gagner la guerre contre le terrorisme, mais de tester la coordination entre les services, veiller au respect de la procédure afin de réussir « le coup d’après ». Car nous vivons dans une Etat de droit, et même si les extrémistes ne reconnaissent aucune règle de nos démocraties, ils seront jugés selon notre droit… dont ils auront le droit de dénoncer avec succès la mauvaise application.
Au fur et à mesure du déroulement de l’opération de nouvelles informations arrivaient au QG et ce qui aurait pu être au départ un accident avec délit de fuite devenait, au fil de l’après-midi une tuerie de masse d’un commando terroriste, le GIGN étant finalement héliporté sur le site pour donner l’assaut final.
Les gendarmes ont pu s’entrainer à intervenir dans un local universitaire. Une cinquantaine des cent cinquante gendarmes engagés dans l’opération ont joué le rôle de figurants. Leurs collègues des forces d’intervention étaient dirigés par le colonel Lagrue, supervisé par le procureur, elle même en liaison avec le parquet anti terrorisme lorsqu’il s’est avéré que les preneurs d’otages agissaient bien au nom d’une mouvance extrémiste.

Les limites du droit d’informer

En dehors de son aspect technique ce type d’exercice pose un certain nombre de problèmes. Il faut lui donner une certaine publicité pour que les riverains sachent à quoi sont dues les restrictions de circulation qui leur sont imposées. Il est du devoir des journalistes d’informer leurs concitoyens sur ce qui se passe dans leur ville. Il n’est pas inutile non plus de la part des pouvoirs publics de rassurer les populations en montrant que l’on travaille à leur sécurité. Simplement le temps des deux informations n’est pas le même. La première est nécessairement immédiate, la deuxième, préparée dans le but précis de faire passer un message peut être différée de plusieurs jours.

Troisième difficulté, après les débordements constatés lors de récents attentats – en particulier l’intervention des forces de l’ordre lors de la prise d’otages de l’Hyper Casher à Paris, retransmise en direct sur certaines chaines de télévision, qui auraient pu servir d’écran de contrôle à l’assaillant – les interventions doivent s’accompagner d’une évacuation de la zone, qu’il s’agisse de badauds ou de journalistes. Cette partie de l’exercice a été menée avec beaucoup de fermeté ce qui a provoqué l’incompréhension de ces derniers. Ils étaient là pour rendre compte de la façon dont se déroulait l’intervention et non pour entrer dans le scénario en qualité d’éléments hostiles qu’il fallait faire circuler.

« Dans un tel cas de figure c’est le procureur de la République de Paris, François Molins, qui est le seul habilité à donner des explication » explique doctement Seymour Morsy, dédouanant les gendarmes qui font circuler les journalistes.

Ce n’est sans doute pas faux, mais à notre connaissance, François Molins n’a toujours pas débriefé la tuerie de masse de l’IUT d’Issoudun. C’est sans doute la limite de l’exercice. Tous les acteurs doivent connaître les règles du jeu avant le top départ. Ou savoir qu’on leur a réservé un simple rôle de figurant.

Pierre Belsoeur