Dans le mariage Indre-Cher on commence par le divorce

Michel Blondeau, président de l’association des maires de l’Indre, lit sa déclaration de soutien au président du conseil départemental.

La proposition socialiste de réunir l’Indre et le Cher dans un seul département n’avait aucune chance d’aboutir face à deux conseils départementaux de droite. Mais elle a fait bruisser la Toile.

« Moi je suis pour que le Cher et l’Indre ne soient plus qu’un seul département. » La phrase avait été glissée, avec un sourire, à la fin de la présentation de la nouvelle grille de Bip TV par André Laignel, inamovible maire d’Issoudun et ancien président de conseil général (appellation de l’époque) qui voulait dans les années quatre-vingts, rattacher l’Indre au Limousin. La phrase du leader socialiste, répondant aux interrogations des journalistes au développement sans cesse différé de Bip TV dans le Cher, n’était pas anodine. Quelques jours plus tard elle allait recevoir un écho tonitruant.

C’est son premier adjoint, bras droit de toujours, Dominique Roullet, vice-président socialiste de la région Centre-Val de Loire qui lança le pavé dans la mare quelques jours plus tard. Aux côtés de Philippe Fournier, autre vice-président de région socialiste, mais côté Cher cette fois, il proposa un projet de fusion Indre Cher basé sur un argument démographique « Si on s’unit on sera 540 000 habitants, notre voix sera beaucoup plus forte. » Effectivement le Berry jouerait alors dans la même cour que L’Indre-et-Loire ou le Loiret (enfin à 40 000 habitants près pour l’un, 120 000 pour l’autre et au niveau de l’Eure-et-Loir) même si le poids économique des deux départements réunis reste inférieur à celui de l’Eure- et-Loir. Dominique Roullet a eu beau préciser que son intervention n’était destinée qu’à lancer la discussion, elle a reçu un non quasi général.

Une dot trop élevée pour l’Indre

Serge Descout tout d’abord, président du conseil départemental de l’Indre s’est intéressé à la dot que l’Indre apportera dans la corbeille de mariage. L’endettement par habitant du Cher est dix fois supérieur à celui de l’Indre et ne souhaite pas faire supporter à ses concitoyens la dette d’un département moins bien géré que le sien.

De son côté Michel Autissier, président du conseil départemental du Cher, moins hostile au projet de fusion, sent bien que son voisin n’est pas disposé à ce rapprochement. En juillet dernier les deux présidents avaient confronté leur vision d’une éventuelle fusion et avaient trouvé un terrain d’entente en parlant de mutualisations approfondies dans le domaine du tourisme, des achats groupés de matériel pour les centres de secours, ou de financement de l’aéroport de Châteauroux.

L’association des maires de l’Indre a apporté son entier soutien au président du conseil départemental, estimant elle aussi que « Cette fusion serait très préjudiciable aux habitants de l’Indre compte tenu des importantes et incontestables différences de situation financières et conjoncturelles des deux départements » et que « l’action départementale a besoin de services de proximité surtout dans l’exercice de ses missions de solidarité sociale et territoriale ».

Issoudun préfecture ?

Gil Avérous n’y est pour sa part pas allé par quatre chemins « C’est stupide, a tweeté le maire de Châteauroux. Il n’y a aucun intérêt économique ou autre pour les habitants ». Reprenant à son compte l’argument de Serge Descout sur l’endettement des deux départements, Gil Avérous est allé plus loin « L’un a un nombre de fonctionnaires raisonnable, l’autre moins ». Plus mesuré, Nicolas Forissier, député de l’Indre, n’est pas fermé à la discussion, mais s’étonne du procédé utilisé par ses anciens collègues du conseil régional, parlant de coup politique.

André Laignel a donc tenté de calmer le jeu en déclarant « Cela peut se faire par étapes, mais il est nécessaire d’en discuter et, dans un premier temps, renforcer notre coopération. Le Berry a une identité et nous serons plus forts ensemble, culturellement, administrativement et économiquement. »

Et si au bout du compte, le dernier point d’achoppement pour la création du nouveau département du Berry est le choix de sa préfecture, on pourra toujours calmer la susceptibilité des Berruyers et Castelroussins en choisissant de l’installer à Issoudun… ce qui aura peut-être pour conséquence de faire passer, enfin, la RN 151 en deux fois deux voies, afin de relier efficacement les deux futures sous préfectures à Issoudun !

Ce département unique ne changera rien en tout cas rien pour Le Petit Berrichon, seul organe de presse écrite à couvrir les deux futurs anciens départements du Berry.

Pierre Belsoeur