Noël hors du temps – Noël sous l’Ancien Régime

Le Noël que nous connaissons, que nous fêtons, s’est en réalité constitué au fil du XIXe siècle, même s’il puise certaines de ses traditions jusque dans l’Antiquité.

Il s’est donc construit dans la seconde moitié du XIXe siècle, ce qui est relativement récent. Noël est devenu une fête où l’on renouvelle notre adhésion aux valeurs familiales. Jadis, Noël était une fête uniquement religieuse. On assiste au xixe à un glissement du rituel religieux au rituel familial et festif.

Toutes les fêtes chrétiennes découlent de fêtes païennes, dans cette tradition Noël s’est superposé aux Saturnales. Depuis longtemps l’homme fêtait le Solstice d’hiver, symbole de la victoire de la lumière sur les ténèbres. Les romains fêtaient les Saturnales du 17 au 20 décembre. Ils dédiaient cette période à Saturne. Durant ces quelques jours les esclaves devenaient maîtres et les maîtres devenaient esclaves. Au Moyen Âge, le 24 décembre voyait la Fête des Fous au cours de laquelle les domestiques prenaient la place des maîtres et vice-versa. Tout d’abord, la naissance du Christ a été célébrée le jour de l’Epiphanie, jusqu’à ce que le Pape Libéros fixe la date de la naissance du Christ au 25 décembre pour se substituer aux fêtes païennes.

On attribue au mot Noël deux origines possibles : La première hypothèse est qu’il viendrait du latin natalis dies (le jour de la naissance), et la seconde serait une racine gauloise noio (nouveau) hel (soleil) ayant trait au solstice d’hiver.

Si la fête de la Nativité est l’une des plus anciennes de la chrétienté, elle a conservé jusqu’au XIXe siècle un caractère essentiellement religieux. À Versailles, à Chambord, sous l’Ancien Régime, comme dans les autres cours chrétiennes d’Occident, Noël est entièrement consacré à la pénitence et au recueillement.

Le rituel des rois pour les 24 et 25 décembre ressemblait plutôt à cela: matines, vêpres et salut, souper à 21h et les trois messes des Anges, des Bergers et du Verbe divin. Pas de réveillon ni de distribution de cadeaux, et à nouveau grand-messe le lendemain, sermon et vêpres en compagnie de la famille royale.

Le réveillon du 31 décembre se révèle aussi tout aussi pieux. À noter quand même qu’à partir du règne de Louis XV, le roi et sa famille se réunissent pour attendre le passage au nouvel an. Au fil du temps, quelques coutumes, aussi païennes que régionales, comme le sapin, la bûche, la crèche… vont toutefois finir par s’imposer des chaumières aux palais, et des palais à tous les foyers.

Les crèches d’église apparaissent en Italie au XVe siècle et l’arbre de Noël en Allemagne au XVIe siècle. Les crèches familiales, napolitaines puis provençales, se développent a partir du XVIIe siècle. Au moment de la Réforme en 1560, les protestants s’opposent à la crèche et préfèrent la tradition de l’arbre. Avec la contre réforme au XVIIe siècle, les représentations des drames liturgiques sont interdites par l’Église parce qu’elles sont devenues trop profanes. Au XIXe siècle, le Père-Noël apparaît aux États-Unis. Il se répand en Europe après la deuxième guerre mondiale.

L’arbre de Noël est une tradition venue des pays du Nord. La princesse Palatine, épouse du frère de Louis XIV, originaire de Hanovre a vu son premier sapin illuminé de bougies en 1660.  Elle essaiera d’introduire cette tradition à Versailles, mais ce sera un échec. C’est la belle fille de Louis Philippe, Hélène de Mecklembourg, qui fera dresser en 1837 le premier sapin au palais des Tuileries.

Repas des fêtes sous François 1er

François Ier ancre définitivement le royaume de France à l’ère de la Renaissance italienne après 1515 et la campagne d’Italie. Dès lors, mœurs culinaires et créations artistiques sont propulsées vers une modernité et une classe nouvelle. François Ier, éclairé mais despote centralise le pouvoir. Les courtisans, plusieurs milliers, partagent son quotidien dans les nombreux châteaux où le roi transite. L’emploi de l’assiette et le service du vin à la demande définissent désormais l’élégance à la française au cours des nombreux banquets. Le vin y coule à flots ; le vin blanc principalement et l’hypocras, vin rouge agrémenté d’épices qui se consomme à l’apéritif ou en digestif. Un adulte de ce XVIe siècle boit en moyenne deux litres de vin par jour. Les fêtes ordonnées par le roi et commandées à des maîtres de cérémonie, tel Léonard de Vinci au Clos Lucé, à Amboise, transforment ces libations en réceptions de prestige. Mais rien n’indique que ces libations eurent lieu pour Noël, plus certainement en janvier pour fêter les Rois. A cette époque Noël n’était qu’une fête religieuse. Durant l’Avent, c’est-à-dire les quatre semaines précédents Noël, il n’y a pas de fête à la cour. La veille de Noël le repas est maigre sans viande, mais avec du poisson.

G.B


Rencontre imaginaire ▶
avec François 1er (décembre 1522)

Majesté, pourquoi avoir choisi Léonard de Vinci,un Italien, à venir en France ?

« Pendant les guerres d’Italie j’ai été séduit par la beauté de l’art italien tant dans la qualité de la sculpture, la peinture, l’architecture que dans l’art des jardins de ce nouveau courant artistique « La Renaissance ». Léo, nous avons été proche, m’est apparu comme l’un des maîtres de cette nouvelle tendance.

Et puis vous savez quelqu’un qui vient à dos de mulet de Florence, en 1516, avec trois de ses plus belles œuvres: La Joconde, la Sainte-Anne et le Saint-Jean-Baptiste encore inachevé, accompagné de Francesco Melzi son élève, de Salaï son disciple et de Mathurine sa servante, méritait un accueil exceptionnel. Il m’a assuré trouver dans cette invitation l’opportunité d’une nouvelle source d’inspiration et souhaite finir sa vie dans notre beau royaume. Pour le remercier, je lui ai donc offert, le manoir de Cloux, le Clos Lucé, à quelques centaines de mètres du château Royal d’Amboise et lui ai alloué une pension confortable. Le manoir est sa première demeure car il a passé sa vie à voyager pour travailler au service des seigneurs et souverains italiens. Ce jour-là, il m’a affirmé : « je suis enfin libre de penser, rêver et travailler ». Le prestige ne fut pas la seule raison de mon désir de le voir en France car comme l’ont remarqué quelques observateurs avisés : « Tous honorent les artistes. Mais François Ier les aime. » Il suffisait de regarder mes courtisans béats d’admiration. J’ai une véritable affection pour cet homme qu’il m’arrivait d’appeler « mon père ». Je voyais dans son génie universel d’artiste la reproduction de celui d’Aristote. Il nous a malheureusement quittés voilà maintenant trois ans. »

Majesté, sauf votre respect, ce Léonard de Vinci était-il aussi exceptionnel qu’on le dit ?

« Il était reconnu pour son génie et ses talents multiples dans le dessin, la peinture, la sculpture et l’architecture. C’était également un visionnaire doué d’une imagination sans limites qui s’est exprimée dans toutes sortes d’inventions, aussi bien que dans la découverte de procédés. Il consacrait son temps au dessin et à l’élaboration de plans d’architecture civile et militaire, d’urbanisme, etc. Il a transformé le Château d’Amboise, qui était auparavant une forteresse, en une élégante demeure d’agrément avec des jardins à l’Italienne. Il a dessiné les plans et entamé la construction d ‘un imposant Rendez-vous de chasse dans la forêt de Chambord, une de mes passions comme vous le savez, avec une originalité : un escalier à double révolution. Il est mort juste l’année où démarrait les travaux. J’aurais aimé que cela se fasse à Romorantin, la ville de ma mère et de ma femme Claude. Mais malheureusement, la peste qui rôdait et aussi le coût exorbitant du projet en ont décidé autrement.  Le grand Léonard était supérieur à beaucoup dans l’architecture et dans l’art de construire un monument. Il avait de solides références comme le prouve les quartiers idéaux à Milan pour les Sforza, ou à Florence pour les Médicis.

Majesté racontez-nous l’incident du Tison où vous fûtes blessé l’an passé à Romorantin lors de la fête des Rois.

« Bien volontiers, l’an passé, la Cour célèbrait la fête de l’épiphanie à Romorantin, à l’hôtel Saint-Pol,  construit sous le règne de Louis XII, en ce glacial et neigeux jour de janvier 1521 donc. Le comte de Saint-Pol tire la fève et devient « roi » le temps des festivités comme il était de coutume. Je n’entandais pas me laisser détrôner aussi facilement et j’ai fait mine de vouloir récupérer sa couronne. S’ensuivit une bataille rangée de boules de neiges ! Aux boules s’ajoutèrent rapidement tous types de projectiles. Soudain, une bûche enflammée, ou un tison selon d’autres témoins, s’abattit sur ma royale personne. Je fus amené inconscient sur un lit et les médecins me rasèrent les cheveux pour soigner la plaie. On a même craint pour mes jours. Notez que cet épisode tragi-comique donna naissance à une nouvelle mode à la cour. Depuis, les hommes se rasent la tête et portent la barde, moi qui ne voulait que dissimuler ma vilaine cicatrice. »

Entrevue réalisée par Gérard Bardon de la Chapelle, échotier
Certains contesteront la validité de ce document, voire son existence. Fi des grincheux…