Crise de foi(e) par Gérard Bardon


Pas rigolote notre France en cette fin d’année 2018. On y déclenche des blocages, des opérations escargot, on y érige des barricades, on « casse du flic », on brûle, on profane, on agresse, on harcèle, on s’invective, on insulte, on ne supporte plus l’autre, on cogne, on entretient la haine… Côté gouvernants, on patine, on procrastine, on taxe, on se cache, on divague, on minimise, on excuse, on promet… Qu’elle était intéressante au début cette mobilisation de citoyens enfilant des gilets jaunes. Elle était intéressante mais aussi compréhensible en référence à l’incurie, à la lâcheté et à la passivité de nos gouvernements successifs. Un mouvement plein d’intention plus que louables et de revendications honorables mais contenant plein de contradictions et d’incohérences. Cette crise couve depuis des décennies : Plus de dépenses publiques et moins de services publics. Plus de dettes et moins de justice. Des mots et jamais d’actes. Cela fait des années que l’on dit aux gens : soyez patients, à peu près depuis qu’un certain François Mitterrand a ouvert en grand les vannes de l’argent public. Malheureusement la bonne gestion de cet argent public fut calamiteuse. On a fait croire aux Français que l’Etat providence était la panacée. Puis ils ont taxé et ont alourdi les règles du droit du travail, provoquant in fine, la désindustrialisation de la France, au profit de l’économie financière qui se moque des frontières comme de sa première liquette.
Et s’est inséré, petit à petit, un sentiment d’injustice chez les Français, provoquant une crise de foi envers les politiques de tous bords. Il est d’ailleurs pas banal de voir les principaux responsables, ou leurs descendants, de cet état calamiteux, sommer le pouvoir de réagir rapidement, eux qui pendant quarante ans se sont tournés les pouces ; pas banal de voir le PS, le PCF s’associer avec la France Insoumise pour déposer une motion de censure, ou encore les voir venir à la TV pour expliquer que les manifs, les blocages, l’atteinte à la libre circulation, les violences sont le résultat de la mauvaise gestion du Macronisme. Laurent Wauquiez (LR), s’apercevant qu’il avait quelque peu forcer le trait dans la démagogie et que seule Marine Le Pen tirait les marrons du feu détruisant la République, a commencer à rétropédaler en fin de semaine dernière : « moi gilet jaune, jamais ! » Si, si, il y a des images… Pan sur le bec ! A ce stade de mon billet, je voudrais rappeler que si la France souffre du poids de sa fiscalité, et c’est un euphémisme, elle demeure l’un des pays, sinon le plus, égalitaires au monde.
Et cette crise est devenue une crise de foie, une jaunisse, un déversement de bile sur les réseaux sociaux (je hais donc je suis), dont les initiateurs en colère à juste raison ont perdu la conduite. Nos voisins disent que la grogne des Français n’a jamais de cause expresse, seulement des prétextes ou des déclencheurs, comme cette accumulation de taxes et cette baisse du pouvoir d’achat. C’est pour cela que tout mouvement inorganisé permet l’entrisme et la récupération. Vous, les Gilets jaunes, avez été récupérés par tout ce que le pays compte comme anarchistes, zadistes, insoumis, fachos, identitaires, casseurs… auxquels s’ajoutent quelques politiciens qui ne supportent pas le peu d’intérêt qu’ils suscitent, même Debout… Vous êtes entrain de perdre ce qui rendait vos efforts intéressants aux yeux du peuple. Rentrez en négociation et soyez fermes! La loi se fait au Parlement, pas sur les ronds-points.
La violence n’a jamais réglé les problèmes. Insulter des élus de la République, menacer d’envahir l’Elysée et d’y trucider le président, saccager, piller, casser, brûler, blesser des policiers… cela relève du putsch, de l’insurrection, de la guerre civile! L’anarchie, le soi disant pouvoir au peuple, à la rue pour être plus précis, conduit inexorablement au chaos, à la Terreur, et profitent in fine à des dictateurs : Napoléon, Staline, Hitler, Mao, Castro, Hugo Chavez…
La violence aggrave les problèmes, les généralise, et ce sont ceux qui l’appellent de leurs vœux, qui en supporteront la responsabilité et les conséquences. Mais ça, c’est une autre histoire… Voulons-nous être la Grèce, l’Italie voire le Venezuela ? Un pays ne se dirige pas sur les réseaux sociaux. Question aux GJ : le soutien du schyzo Donald Trump et du dictateur Erdogan ne vous interpelle pas ?
Un mot sur les quelques jeunes crétins (lycéens sans parents sans doute) qui pour se distraire un peu sont descendus dans la rue percer leurs boutons noirs et juguler leur acné. Par bravade, pour montrer sans doute leur courage (rires), ces couches-culottes de la révolution ont pioché dans le refus de la réforme d’un bac, qui n’a d’examen que le nom et un bout de papier pour résultats, ou d’une non sélection qui en fait des moutons de Panurge allant droit vers l’assistanat. Hurler je veux bien, encore que, mais piller, saccager, brûler, détruire… est inadmissible et la police a totalement raison d’être d’une grande sévérité. Toute agression comporte des risques sinon c’est beaucoup trop facile. Vous parlerez et déciderez de l’avenir de l’Education Nationale, ou plus simplement de l’avenir de notre démocratie, lorsque vous paierez des impôts. Pour l’instant ce sont les Français qui financent vos études, vos parents donc, où se trouvent parfois bien des irresponsables. La grogne des Gilets Jaunes n’est pas un jeu de gamins !
Votre dilemme Monsieur le président est simple : soit vous retournez à l’ancien monde, celui du clientélisme, des impôts, des comités Théodule, soit vous faites ce pourquoi vous avez été choisi : chambouler, réformer, moderniser en évitant d’oublier la vie de « ceux d’en bas ». Sinon…
ça fout les boules… de Noël, bien sûr ! Mais Joyeux Noël et bonne fêtes de fin d’année… malgré tout !

Partager cet article
Share on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter
Email this to someone
email