«Au revoir, là-haut» sort le 25 octobre dans les salles obscures

Légion d’honneur pour le poilu Albert Dupontel

Lors de notre avant-dernière rencontre avec Albert Dupontel pour le lancement de son film « 9 mois ferme », on l’avait trouvé tendu comme un arc, presque à la rupture de la corde. En ce dernier vendredi d’août, sans point-presse, mais seul face à la salle archi-complète de Cap’Ciné, on l’a retrouvé, bien moins tendu et bien plus disert. Presque décontracté, hormis des mains tortueuses et torturées qui se cadenassaient en se nouant…

Le public, debout, l’avait accueilli, à Blois, dès la fin du générique de «Au revoir, là-haut», qu’il venait de présenter, avec succès, à Angoulême, et dans quelques rares villes.

Les avant-premières se succèdent et il apparaît certain que son film tiré du Goncourt 2013 de Pierre Lemaître va avoir autant de répercussions que les centaines de millions de balles tirées pendant la tragique première guerre mondiale. En se concluant, fort heureusement, par bien moins de dégâts humains, de gueules cassées et d’amputations.

Albert Dupontel avait tout son casting prêt quand Bouli Lanners, fatigué, déclara forfait. Le temps pressait. Depuis 3 ans qu’il avait habité le personnage central, Albert sauta le pas et revêtit l’uniforme pour aller au combat, pour gagner son pari de battant. Et c’est fort réussi.

Après avoir vu le film, et en accord avec plusieurs spectateurs, de suite, à chaud, on en arrive presque à regretter le manque d’impacts des bandes-annonces, peu conformes, en fait, au résultat final, qui décrit, avec une précision minutieuse, outre les horreurs de la guerre, la cupidité de certains personnages avides d’argent et/ou d’honneurs qu’ils n’avaient pu glaner sur les champs de bataille. Ou en sacrifiant bon nombre de leurs concitoyens qui y avaient cru dès le début des hostilités en 14, pendant qu’eux accumulaient des fortunes.

«Pourquoi ne pas avoir attendu 2019 pour le centenaire de cette histoire ?» interrogea un spectateur féru de cinéma. «Infirmier» lança Dupontel, en verve, en alléguant que La Gaumont ne pouvait attendre. Comme le reste des échanges avec la salle, ce fut précis, concis et net, même si quelques saillies malheureuses de la part de Bernie faillirent faire capoter le démarrage à cause d’un micro défectueux. Il ne devait pas y en avoir beaucoup qui fonctionnaient dans les tranchées… Albert, soyons humble. Comme tu l’as dit «On est en ^province, même si ce n’est pas La Bretagne».

Même si les puristes, après avoir lu le livre, regrettent qu’Albert Dupontel ait pu jouer avec certaines scènes, notamment, en final, il sera conseillé aux non-lecteurs d’aller voir, dès le 25 octobre, «Au revoir, là-haut» et d’acquérir l’ouvrage ensuite.

De plus, visionner le film, ne serait-ce que pour apercevoir une larme couler sur le visage du si hermétique Niels Arestup, ou voir, en cinéma, la gueule cassée du beau Nahuel Perez Biscayart (Héros de 120 battements à la minute), ou s’émerveiller, devant une collection de masques plus beaux les uns que les autres, vaut déjà le déplacement. 

«C’est un film presque parfait» reconnaissait un féru de salles obscures à l’issue de la projection. C’est une page d’Histoire bien reconstituée et fort bien adaptée.

Le poilu Albert Dupontel mérite, de La Nation, un hommage particulier pour cet opus qui pourrait être inscrit au programme scolaire des classes primaires (Allo, Monsieur le Ministre de l’éducation…). J’en appelle, solennellement, au président Emmanuel Macron pour que le matricule 1984, le soldat Albert Dupontel, survivant des tranchées, reçoive la Légion d’Honneur, en novembre 2019, à Verdun. Il a bien mérité de la patrie pour avoir décrit avec tant de véracité une époque douloureuse de notre Pays que personne ne doit oublier.

Jules Zerizer