Romorantin : Des tracteurs sur l’A85 !

Le 26 janvier, dans un contexte de crise agricole et de manifestations, une trentaine de tracteurs ont bloqué l’autoroute A85 entre Romorantin et Selles-sur-Cher, et son accès, pendant cinq heures. L’Europe figurait parmi les maux évoqués.
Sous l’œil tolérant des gendarmes, le groupe d’agriculteurs tenait position depuis l’aurore, le 26 janvier, pour rejoindre le mouvement national des agriculteurs, tracteurs en bataille , barbecue fumant et messages anti-Europe bien sentis. Le mouvement se voulait hors syndicat malgré quelques fanions FNSEA sur les tracteurs. L’un des organisateurs, l’éleveur Axel Masson, exprimait tout le ressentiment des agriculteurs : “nos exploitations sont en danger, éleveurs, maraîchers, viticulteurs… Nous en avons assez des promesses, nos revenus dégringolent et nos trésoreries étouffent, les prix de vente sont trop bas, et les normes de l’Europe sont très contraignantes, alors que nous apprenons que vient d’être signé un nouvel accord de libre-échange avec le Chili. Il faut défendre notre souveraineté alimentaire française. » D’autres voix se faisaient entendre : “depuis la guerre en Ukraine, les prix des engrais, du fuel et de l’électricité ont explosé. La France verse 26 milliards d’euros à l’Europe et ne récupère que 16 milliards. “ Pour beaucoup d’entre eux, c’était la première manif, et certainement pas la dernière ! L’Union Européenne semblait la mère de tous les maux, y compris une mauvaise gestion des étrangers venus en France pour les récoltes et vendanges : “ nous faisons travailler légalement des européens, mais quand un intermédiaire bulgare met la clef sous la porte sans payer les charges sociales, la MSA et la Sécu nous réclament des millions d’euros  » constataient encore des manifestants. Le nom du ministre de l’agriculture, Marc Fesneau, était sur toutes les lèvres, et ils espéraient que cet ancien agriculteur loir-et-chérien saura les comprendre. À suivre…
G.Brown

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Dans les radars aussi
Replay. Le 24 janvier, la mobilisation a débuté à Blois. Les Jeunes Agriculteurs de Loir-et-Cher (JA41), dont la présidente est Jeanne Hermant, ont parlé d’une “mobilisation réussie”. Parmi ces rangs, a été aperçu le mouvement RRH (Résilience Rurale et Humaniste), cofondé par l’ex président du Mouvement de la ruralité, le Vendômois Éric Doumas. François Bonneau, le président de la région Centre-Val de loire, a indiqué son soutien au monde agricole également. Pour “maintenir la pression”, après les panneaux retournés fin 2023, dans la nuit du vendredi 26 janvier 2024, les automobilistes n’avaient pas à nouveau la berlue : les radars de tout le département du Loir-et-Cher ont été recouverts… De son côté, la Confédération paysanne s’est indiquée “solidaire des mouvements des agricultrices et des agriculteurs, mais, selon elle, “contre la récupération politique orchestrée par les dirigeants du tandem FNSEA/JA sur le dos des normes agro-environnementales. Doit-on rappeler que moins d’un cours d’eau sur cinq est en « bon état » d’après les critères de l’Europe dans notre région Centre-Val de Loire ? Alors peut-on faire confiance à Arnaud Rousseau, porte-parole de la FNSEA et président du groupe Avril, multinationale agro-industrielle, pour aider les agriculteurs et les agricultrices ?” Un propos appuyé par Europe Écologie Les Verts 41 qui déplorait : ”Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, champion de l’agrobusiness à la tête du quatrième groupe agroalimentaire français, ne résout pas le vrai problème : le coût d’achat des produits agricoles diminue, tandis que leur prix de vente aux consommateurs augmente. La gravité de l’effondrement de la biodiversité nécessite un soutien significatif aux agriculteurs, qui favorise une agriculture rémunératrice et respectueuse de l’environnement, assurant ainsi une perspective durable à la profession. Récemment, dans le Loir-et-Cher, la pollution excessive de l’eau a condamné le captage d’eau potable de la Fourmilière près de Cheverny….” Ils et elles demandent sinon une sortie immédiate des accords de libre-échange, une instauration de prix garantis pour les produits agricoles, une mise en place de prix minimum d’entrée sur le territoire national, et un accompagnement économique à la transition agroécologique. Autant de lièvres soulevés pour le ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, le Loir-et-Chérien Marc Fesneau.
É. R.