Sans chemise, sans pantalon

Sans y prendre garde, l’automne est arrivé et quelques frais matins nous ont rappelé que, à la suite viendra l’hiver et que, comme le père Noël, il faudra bien se couvrir. Ce qui ne serait qu’une simple formule, porte ouverte enfoncée pour quelques lignes de plus, est à l’évidence totalement dans notre actualité. Et même si le message vaut aussi pour les rencontres plus ou moins fortuites le samedi soir (entre autres)  après la veillée, sortez couverts.
Ces derniers jours, nous avons eu le cas de Miss Bretagne. Pour une malheureuse photo postée sur Facebook, outil indispensable pour la propagation ultra-rapide de toutes formes d’auto-flagellation intellectuelle, service trop public de reconnaissance d’égos sur-dimensionnés, voilà que Eugénie Journée s’est vue destituée dès le lendemain de son élection au titre régional. Une photo où l’on ne voit rien si ce n’est une fille plutôt jolie, ce qui est plutôt rassurant quant au goût des sélectionneurs des concours de beauté. Poitrine nue, ce n’est pas dans l’éthique, ou quelque chose de ce type telle est l’explication de cette destitution. Au comité Endémol-Miss France on ne rigole pas avec le topless. On veut bien le chapeau rond mais pas le mamelon d’un sein que l’on ne saurait voir… et que l’on ne voit même pas sur la photo d’ailleurs. Certains tableaux tel que Diane de Poitiers au bain ne doivent probablement pas trouver grâce auprès de ces parangons de vertu. Alors que dire de l’Origine du monde de Gustave Courbet.  On espère que ce n’est là qu’une opération de com supplémentaire. Sinon, lorsque l’on en arrive à ce stade là, on se rapproche tout doucement d’une remise en cause de l’égalité même de l’homme et la femme. Et là, le retour en vogue du port du fichu, même par temps sec, est envisageable. Contre toute attente cela ressemblerait bien à un premier pas vers la tchadordisation générale.
Sur toutes les chaînes de télé de France, de Navarre aussi, on a pu assister à une sacrée opération de com pour les soirées Cheependales, ces jeunes gens bodybuildés préposés aux déshabillages lors des enterrements de vie de jeune fille. Deux quidams, sur le retour quand même, encore en pantalons, mais sans chemise, avaient remplacé la Pole dance kit par un pan de grillage et tentaient de l’escalader poursuivis par une horde de groupies. Certains ont crié au scandale, d’autres ont parlé de violence faite à l’homme, voir de maltraitance syndicale de la part d’aviateurs jaloux.  Rejoignant les partisans de la théorie du complot, on peut par ailleurs discuter de la forme des lacérations de la chemise d’un des artistes en question. On aurait vu les mêmes lors d’un film où le docteur Bruce Banner se transforme en Hulk … On pourrait aussi parler de la qualité des matériaux utilisés … Le coton, moins cher, est décidément plus résistant que la soie, plus chère mais vraiment fragile ! Les politiques de tous bords ont crié au scandale. Vox populi, par médias interposés, a enfourché son cheval anti-syndical, anti-grévistes, anti-tout et rien, oubliant qu’une chemise de DRH, même fabriquée en France, coûte moins cher à la société qu’un portique d’Eco-taxe ou qu’une grille de préfecture.
Sans prendre position, même si on ne m’empêchera pas de penser que parmi les 2900 licenciements prévus, et pas que des pilotes d’avions, pas mal d’entre eux vont perdre autre chose qu’une simple chemise, plus sérieusement, on ne peut que regretter ces images. Même si on constate plus de cris que de fureur, plus de vitupérations que de coups ou mauvaises actions, plus de déchirements que de lynchage, cela fait tâche. « Protégés » par des représentants syndicaux, force est de constater que ces deux personnages n’ont eu de blessure qu’à dans leur amour propre. Cela dit, quand on choisit comme métier celui de virer les autres, on peut s’attendre à quelques soucis, au moins vestimentaires. C’est bien la démonstration in fine que la paupérisation et la mise au placard, entamées depuis des dizaines d’années, des syndicats et de leurs représentants est une belle connerie pour tous les gouvernants, entreprises ou état. A vouloir s’émanciper d’un rapport direct avec les organisations déclarées, à vouloir les marginaliser, à vouloir restreindre leurs capacités de mobilisation, les dirigeants des entreprises comme ceux des gouvernements ont voulu s’éviter un rapport de force. Dans le même temps, une boîte de Pandore s’est ouverte. A force de mettre en opposition des salariés à d’autres salariés, à force de vouloir faire croire à l’un que l’autre est un fainéant, et inversement, on irrite les deux. Désormais chacun a des idées sur tout mais n’a surtout pas d’idées! On joue à la marge et on ne peut contenir tous les groupuscules, de plus en plus petits, mais de plus en plus nombreux, de ceux qui sont mécontents de tout, de rien aussi. Dans une société qui propage une identité individuelle basée sur un égoïsme global (chacun pour soi mais tous ensembles)  on légifère à tour de bras pour donner des règles que tout le monde trouve aberrantes. Personne n’a les mêmes raisons pour les rejeter…
Les Toulousains de Zebda avait bien raison, bien plus que Rika Zaraï. Chanson prémonitoire écrite quinze ans plus tôt : « y a là des bandits qu’ont des têtes de cailloux. Ceux qu’on des sentiments autant que les voyous attendent qu’on allume un méchant boucan et que surgissent de la scène de volcans et c’est là que :  qu’on a tombé la chemise… » Le problème, dans quelques mois, sera probablement d’en rester là !
Fabrice Simœs