Seymour Morsy était tombé amoureux de l’Indre

AU REVOIR Le départ d’un préfet donne souvent lieu à une cérémonie un rien compassée et à des discours élégiaques. Celui de Seymour Morsy fut chaleureux, comme le bonhomme l’avait été avec ses interlocuteurs.
Pierre Belsoeur

Le préfet a tenu en premier lieu à remercier le personnel de «sa» maison.

Seymour Morsy, le patronyme lui même sort du rang dans la galerie des préfets de l’Indre. «Celui-là on voyait bien qu’il n’avait pas fait l’ENA» confiait après coup un des invités de la réception de départ du préfet de l’Indre. Dans sa bouche la remarque n’avait rien d’un reproche, mais témoignait de la simplicité souriante du représentant de l’Etat, chaleureux dans ses contacts humains, mais sans faiblesse pour défendre les décisions du gouvernement. Notre interlocuteur n’était pas le seul à avoir cet avis puisque l’on avait ouvert les deux salons de la résidence préfectorale pour accueillir les visiteurs d’un soir, alors qu’un seul suffit habituellement pour absorber le flux.
Le discours fut à la hauteur du compliment, particulièrement humain. Seymour Morsy commença d’abord par honorer le personnel de « sa » maison, les quatre collaborateurs qui font vivre la résidence préfectorale. Superbes bouquets pour les dames, bonne bouteille pour le cuisinier, un cérémonial où l’émotion n’était pas surjouée de part et d’autres.
Et puis au lieu de reprendre une litanie de défis relevés pendant ces trois petites années passées dans l’Indre, le partant préféra mettre en avant d’un simple chiffre -douze cents emplois sauvés ou créés- l’action de l’Etat pendant son passage et insister sur la couverture de l’Indre en Haut Débit pour faire taire les statisticiens qui prévoient le déclin inéluctable du département.
Car en plus de la fibre optique, Seymour Morsy a détecté la fibre humaine qui fait de l’Indre un département pas comme les autres, anecdotes à l’appui. «Mon dernier et beau cadeau, c’est vous, les Indriens. J’ai apprécié votre respect, votre spontanéité, votre franchise, la façon dont vous défendez vos convictions, avec détermination sans agressivité, que vous soyez élus, chefs d’entreprises, exploitant agricoles ou représentants du monde associatif. Ce qui ne rend pas notre action toujours évidente à mener c’est que dans l’Indre on ne demande pas de l’aide. Quand ça va bien on se tait, quand ça va moins bien on se terre.»

Très longuement applaudi le préfet avait conclu son bref propos… par une citation de George Sand.
Au cours de la soirée, il revint sur son action en faveur de l’emploi, évoquant en particulier une réunion tenue à la résidence préfectorale en janvier dernier avec les candidats à la reprise de AR Industries, l’ancienne Française des Roues, une nouvelle fois en redressement judiciaire avec quatre cents emplois en jeu. «J’avais en face de moi un repreneur chinois et un anglais. La discussion s’est déroulée en anglais et toute mon argumentation a reposé sur les qualités du personnel de l’entreprise: amour du travail bien fait, respect de l’outil de travail, discipline, savoir faire… Et comme je connaissais bien les délégués syndicaux, je leur ai fait passer le message d’accueillir comme il se devait le chef d’entreprise anglais. Il est reparti avec trois d’entre eux dans son jet privé pour qu’ils expliquent en Angleterre comment ils travaillaient. La partie était gagnée.»
Derrière ces belles rencontres humaines il existe évidemment d’autres situations où le respect ne suffit pas pour surmonter les difficultés. Les représentants blancois brillaient par leur absence au cours de cette réception.
Le préfet est parti, mais l’homme pas tout à fait. Il ne sera pas bien loin de l’Indre lorsqu’il se déplacera sur le marché des Hérolles en qualité de préfet de Haute-Vienne. Et puis « je reviendrai incognito faire mon marché le samedi à Châteauroux. » Il vérifiera ainsi si c’est l’homme ou le préfet qui suscitait l’intérêt des Indriens.


ZOOM ▶ Thierry Bonnier, un travailleur social devenu préfet de l’Indre

Thierry Bonnier prend ses marques dans les salon de la préfecture de l’Indre.

Derrière la dénomination d’énarque peuvent se cacher des parcours très différents et surprenants. A fortiori lorsque vous apprenez que l’ancien directeur (intérimaire certes, mais quand même) de l’ENA a eu une carrière de travailleur social, éducateur de prévention. Il n’a préparé le concours de la prestigieuse école d’administration qu’à trente huit ans, sans être passé par les études de droit et Science Po, mais après avoir dirigé une salle de spectacle à Villiers-le-Bel
Thierry Bonnier, 57 ans, a commencé sa carrière dans la préfectorale en qualité de sous-préfet de Haute Vienne, là où justement Seymour Morsy poursuit sa carrière de préfet. La région Centre ne lui est pas inconnue puisqu’il fut secrétaire général de la préfecture du Loir et Cher de 2004 à 2007. Un département où il se lia d’amitié avec Jacqueline Gourault, à l’époque sénatrice de ce même département. Il l’a rejointe place Beauvau comme directeur de cabinet lorsqu’elle est devenue ministre auprès du ministre de l’intérieur Collomb. Leur collaboration s’est achevée lors du dernier remaniement ministériel avec le passage de Madame Gourault au ministère de la Cohésion des Territoires. Il ne l’y a pas suivi afin de retrouver la préfectorale pour un premier poste de préfet de plein exercice. « On m’avait proposé l’Outre Mer… Mayotte, mais mon épouse a préféré Châteauroux. » Elle se mettra d’ailleurs en disponibilité pour venir résider près du château Raoul, ce qui n’était pas le cas d’un certain nombre de compagnes des prédécesseurs de Thierry Bonnier.
Parmi les multiples cordes qu’il possède à son arc son excellente connaissance de l’aéronautique, fruit de son séjour comme secrétaire général de la préfecture de Haute-Garonne et du réseau relationnel qu’il y a entretenu, pourrait être utile aux chefs d’entreprises de l’Indre ou aux dirigeants de l’aéroport. « Je suis fils d’ouvrier de l’industrie aéronautique et l’une de mes belles émotions fut de constater que l’avion qui m’amenait de Toulouse avec les dirigeants d’Airbus pour un salon du Bourget se posa juste à côté de l’atelier où avait travaillé mon père. »
Lorsqu’il aura terminé ses visites de courtoisie le nouveau préfet pourra se plonger dans les dossiers d’actualité: difficultés du monde agricole, avec en point d’orgue l’affaire de l’abattoir du Boischaut. « Je ne suis pas au fait des enquêtes judiciaires qui ne me regardent pas. Il y a un avenir pour cet abattoir, l’outil de travail est à niveau, c’est simplement un problème de gouvernance. » La maternité du Blanc « Il y avait un vrai problème de sécurité. La question c’est qu’est-ce qu’on fait demain. La ruralité peut être synonyme de qualité intégrant des éléments exemplaires comme les nouveaux outils de diagnostic à distance. » Et les gilets jaunes pour le week-end prochain? « Le droit de manifester existe. C’est une expression qu’il faut organiser , toute manifestation doit être annoncée dans les délais que la loi prévoit. Cela dit ce mouvement ne soulève aucun signe d’inquiétude particulier. »
P.B.