“Si j’étais Président, je…”, Retour sur les doléances des Loir-et-Chériens

Les doléances courtoises des Loir-et-Chériens reflètent un courant de préoccupations très fortes.

Lancée par l’association des maires ruraux de France (AMRF41), l’ouverture des cahiers de doléances dans les mairies a recueilli une assez bonne participation en Loir-et-Cher, puisque cent communes sur 267 (soit environ 120 780 citoyens habitant en zones rurales, sur les 332 769 recensés dans notre département) avaient ouvert leurs portes, avec l’accord des maires, à celles et ceux qui avaient quelque chose à dire et à écrire.
Si, cas rares, personne n’est venu apposer même une doléance, il a été, tout de même, recensé 567 expressions ou témoignages, tous empreints de politesse et de courtoisie, aucune injure ou insulte n’ayant été recensée. Personne n’a noté, comme cela s’était déroulé, en Bretagne, le côté solennel des signataires, venus « habillés en dimanche » pour accomplir, selon le maire de cette commune de l’Ouest, un acte citoyen important, à leurs yeux ! Patrick Marion (Neuvy), président de l’Association des maires ruraux de Loir-et-Cher ; Pierre Maurice (Selles-Saint-Denis), vice-président ; François Borde, maire de La Chapelle-Vendômoise et Vincent Desrus, en service civique à l’AMRF41 ont, après avoir remis les cahiers de doléances au préfet de Loir-et-Cher, animé un point-presse, au cours duquel ils ont disséqué tous les points les plus importants issus de ce travail long, méthodique, précis et, surtout, très intéressant qu’il est possible d’examiner dans toutes les mairies de Loir-et-Cher où des documents ont été mis à la disposition du public.
Notons, au fil des signatures, des doléances fortes en justice sociale (96 hausses souhaitées du SMIC et 91 souhaits d’indexation des retraites par rapport au coût de la vie, pour une règlementation des loyers ou un retour aux 39 heures et une retraite à 65 ans) ; en justice fiscale (134 retours de l’ISF souhaités et 40 baisses de TVA sur les produits de première nécessité pour une taxe sur les robots, sur le commerce sur Internet ou la simplification des impôts) ; en vie démocratique (74 demandes de Référendum, 21 reconnaissances du vote blanc, reconnaissance des maires pour 12 signatures et le souhait de proportionnelle aux élections pour 11 personnes, par rapport à un référendum sur la peine de mort (10 en tout en demandent le rétablissement) ou un droit de veto pour le Sénat !).

Jusqu’au 15 mars, sur le Web

L’emploi et l’économie ont séduit 28 personnes pour la fin du CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi), 5 pour la nationalisation des grandes entreprises et un désir pour le développement de l’apprentissage, la participation au CA des salariés des entreprises ou la baisse des arrêts de travail… Toutefois, la transition écologique et énergétique a peu séduit les signataires (18 baisses de la taxe souhaitées sur les carburants, des plans d’isolation pour 6 citoyens et trois personnes désirent en finir avec les véhicules classés polluants chez nous et envoyés en Afrique…). La preuve que tout n’est pas si négatif et contestataire que ça. L’organisation politique et territoriale évolue entre la dissolution souhaitée de l’Assemblée nationale (14), un mandat unique de 7 ans pour le président de la République et un non au cumul des mandats (8 pour chaque souhait), tandis qu’une personne souhaite moins de pouvoirs pour le Président (du Sénat, de l’Assemblée nationale, du club de pétanque ?) et deux veulent un seul parlementaire par département.
En matière de services de proximité, il est désiré encore plus de services dans les territoires ruraux (61), des médecins dans les petites communes pour éviter la désertification médicale (35), encore plus de personnel de santé et de matériel (12) et l’arrêt de la diminution des services publics (9). Une personne conteste les médecins généralistes qui abusent de la Carte Vitale (c’est moins dangereux, tout de même, que d’abuser d’un(e) patient(e)…) et une autre aimerait plus de crèches et d’écoles tandis qu’une autre appliquerait la suppression des jours de non-droit. La fin des 80km/h est plus que demandée avec 59 souhaits tandis que 9 voudraient taxer les entreprises qui délocalisent…alors que 9 émettent le vœu de réguler l’immigration selon les besoins du Pays… Quatre secteurs avaient été délimités, à savoir Sologne-Vallée du Cher ; Chambord-Blois-Sud ; Sud-Vendôme-Nord-Blois et enfin Nord-Vendôme. Tous les maires des communes concernés n’étaient pas obligatoirement membres de l’Association. En conclusion, il semble que tout ceci est le miroir des réunions publiques sur le Grand Débat National qui a été lancé à Saint-Claude-de-Diray et où, déjà, les principaux thèmes et questions posées reflétaient l’ambiance générale de ce début d’année 2019.
Le dialogue est ouvert jusqu’au 15 mars, via Internet, même si tout est clos dans les départements. Reste un gros travail en perspective pour les chercheurs, les historiens, les entreprises de statistiques, les étudiants, les élus politiques de tous bords et la population silencieuse qui attend beaucoup les conclusions souhaitées par bon nombre de Français inquiets de l’avenir.

Jules Zérizer