Souris des champs, stars des villes


Après les résolutions, les revendications. Le ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, le loir-et-chérien Marc Fesneau, croisé sur notre route début janvier, ainsi que le ministre de la transition écologique et la cohésion des territoires, l’angevin Christophe Béchu, s’attendaient à une grosse année avec pêle-mêle, des dossiers poids-lourds, délicats à traiter : changement de statut du loup versus préservation du pastoralisme, influenza aviaire et MHE (maladie hémorragique épizootique) des bovins et cervidés, réduction des produits phytosanitaires, réforme de l’indemnisation des dégâts de grand gibier, limitation de l’engrillagement des espaces naturels et décrets d’application de la loi Cardoux 2023 liée toujours attendus en 2024… Mais les tracteurs ont déjà écroulé ce château de cartes pas encore consolidé, mis de côté pour plus tard sous le poids d’un coup de poker des souris des champs ! Plus discrets, pêcheurs et apiculteurs y vont également de leurs tapis contestataires. Sans oublier à nouveau l’Éducation nationale, les taxis… et qui d’autre demain ? Oui, le sport favori des Français est de grogner mais à mesure que roule la bosse, tous les travailleurs, actuellement, possèdent des raisons légitimes de descendre dans la rue ou le pré. Et nous-mêmes, journalistes locaux, si demain, nous manifestions notre courroux à notre tour, quels seraient nos griefs ? Il faudrait au moins quatre heures et autant de feuilles de brouillons… Puisque dans notre profession comme ailleurs, force est de déplorer que ces temps se montrent aussi piquants que des épis de blé, pour les rêveurs comme nous.
Le monde agricole a retourné les panneaux communaux pour signifier qu’ “on marche sur la tête”. Quitte à tout saper, cela ne tourne pas rond du tout en effet : ainsi après les pizzas Buitoni, les chocolats Kinder frelatés, voici dévoilé le scandale des eaux minérales en bouteilles “désinfectées” en toute illégalité (avec ultraviolets et charbon actif) par le puissant groupe Nestlé… Bienvenue dans une donne de malbouffe persistante, guidée par le profit à tout prix, au détriment, en dépit des arguments marketing se voulant rassurants, de la santé publique, ou encore d’un revenu décent des paysans qui proposent une alimentation différente. Et bien que la France n’éprouve plus de famine, ce sont toutefois toujours les mêmes estomacs gangrénés, les mêmes poches vidées.
Alors, pour oublier, il existe un principe vieux comme le monde : l’industrie du divertissement et l’infotainment. Sous l’Empire romain, il était donné au peuple du pain et des jeux; à l’époque de Marie-Antoinette, il pleuvait des brioches. Sous Jupiter, l’animatrice de télévision, Karine Lemarchand, a dégainé des croissants… Alors, s‘il fallait tenter de trouver une étoile qui brille encore dans ce ciel de charbons ardents, sur notre liste, nous écririons en jolie souris des villes : la Star Academy. Si ! L’an passé, nous avions violemment rejeté le programme de retour après plus de 20 ans d’absence d’antenne. Cette année, la mayonnaise aura pris immédiatement. Pour celles et ceux qui ne suivent pas, ils et elles étaient 13 aspirants de la chanson pour cette saison à viser le bout de leurs rêves. Et nous-mêmes, avons tant besoin d’évasion, justement ! Depuis novembre 2023, Lénie, Louis, Marie-Maud, Djebril, Clara, Lola, Axel, Julien, Héléna, Pierre, Candice, Margot, Victorien, ont, sans feinte, apporté dans cette France tourmentée une bulle de douceur. Nous n’achèterons ni places de concerts ni albums. Nous n’avons pas regardé les primes chaque samedi soir sur TF1 pour son casting de vedettes plus ou moins sur le retour (Lara Fabian, Vitaa, Jeanne Mas… une prestation catastrophique de Bonnie Tyler, une jeune Tianaa en playback et dont nous n’avions pas besoin d’apercevoir son talent d’agitation de postérieur en string, etc. Tout le monde manque définitivement de budget…), loin des superstars invitées dans les ères 2000 sur ce même plateau de télécrochet. Non, la magie est venue de ces gosses, âgés de 18 à 24 ans, jetés dans l’arène de cruauté des caméras et réseaux sociaux, qui ont réussi à briller par leurs attitudes bienveillantes, malgré la compétition, et ce, jusqu’à la victoire le 3 février 2024 sans surprise du Saint-Graal par Pierre.
Que l’on soit souris des champs ou plutôt souris des villes, “ce qui touche le coeur se grave dans la mémoire” (Voltaire). Et dans une France noyée sous des rugissements de fauves, même si c’est sous les feux de la rampe tv, que cela fait du bien de réentendre un peu des oiseaux sincèrement chanter !

Émilie Rencien