Blois : Hôtel Dieu, tout est bien qui finit bien

Après diverses crispations depuis la mise en vente par la Ville de Blois du bien communal avant Covid, un terrain d’entente a été trouvé en janvier entre le promoteur immobilier Histoire et Patrimoine, la municipalité, et l’association pugnace des Amis d’un Hôtel Dieu tant convoité.
“C’est du passé”. Suite à moult oppositions et rebondissements depuis avril 2019 (recours en justice, accusations de « brader le patrimoine », page Facebook et site web http://sauvonslhoteldieu.fr, permis de construire attribué en 2021, conseils municipaux ambiancés, protocole transactionnel, etc.), plus une réunion d’information plus tard proposée par le propriétaire parisien de l’Hôtel Dieu, Histoire & Patrimoine, au sein dudit bâtiment datant du XIXe siècle, particulièrement animée en octobre 2023 (*), le président de l’association des Amis de l’Hôtel Dieu, Michel Géant, a eu cette intelligence de prendre du recul et de vouloir réinitier le dialogue en sollicitant une nouvelle entrevue avec le groupe Histoire & Patrimoine, en plus petit comité, dans la sérénité. Il a relaté. “La dernière réunion ne s’est pas très bien passée. Chacun campait sur ses positions, on ne s’entendait pas. On ne peut pas discuter d’un tel projet avec cinquante personnes. Il fallait donc se remettre autour d’une table, calmement. Maintenant, la page est tournée.” La lutte de l’association se veut apolitique. Le diable se niche toutefois, parfois, dans les détails : ce sujet immobilier, dont l’Hôtel Dieu est l’iceberg d’autres dossiers patrimoniaux municipaux, lui, est très lié à la politique locale, pour d’autres actus, depuis les élections municipales de 2020. Michel Géant a précisé et concédé. ”Nos reproches et recours n’ont jamais été dirigés contre Histoire & Patrimoine. Les équipes sont professionnelles, l’architecte a fait un travail sérieux. L’origine de nos recours, il est vrai, a pris sa source dans l’absence de dialogue et concertation avec la mairie. Je le regrette. Nous avons tant perdu de temps… Maintenant, il faut avancer, laisser les choses se faire.”

Les planètes enfin alignées
Par voie de conséquence, suite à une énième discussion, cette fois constructive, les recours ont été retirés par l’association précitée. Pour mémoire, les passionnés Amis de l’Hôtel-Dieu souhaitaient, d’après le secrétaire et historien Xavier Anquetin, “conserver dans le domaine public une grande partie de ce site et lui donner une destination culturelle et touristique; éviter la catastrophe écologique de la création de 111 places de parking ; préserver une partie du site pour la création de logements par Histoire et Patrimoine.” En ce début d’année 2024, l’association a pu obtenir gain de cause sur certains de ces points. «Il y aura un accès pour les Blésois(es) au site et aux jardins. Nous avons réussi à supprimer une douzaine de places de stationnement le long du chevet Saint-Nicolas,” a énuméré M. Géant. “Enfin, le cellier médiéval de 300 m2 ne sera pas un commerce axé sur le bien-être et la gastronomie, plutôt un lieu à usage culturel. » La possibilité d’un style dans la veine de l’Atelier des lumières, à Paris, et d’expositions digitales, a été évoquée. “Ce genre de projets génère toujours des tensions, c’est normal,” a souligné Arnaud Baudel, directeur général délégué d’Histoire & Patrimoine. “Ce bâtiment est une pépite. Un morceau d’histoire auquel nous redonnons vie ! Nous sommes satisfaits de la conciliation menée. L’opération va pouvoir démarrer. Le règlement de la copropriété est en cours d’écriture. La commercialisation a débuté fin janvier.” Après études, les travaux s’élanceront début 2025 pour deux ans au minimum (Cf. l’encadré). L’ensemble sera livré et opérationnel d’ici 2028. “Le budget de réhabilitation d’un tel site pèse 25 M€; il est impossible pour une collectivité, comme la nôtre qui ne voulait pas voir ce bâtiment vide se détériorer, de ne pas s’appuyer sur le secteur privé. Au lieu de revenir sur de nombreux mois compliqués, nous devons nous réjouir de pouvoir faire revenir des habitants en centre-ville, et regarder devant ,” a esquivé puis indiqué, dans la même tonalité que les discours précédents, Jérôme Boujot, premier adjoint au maire Gricourt. Il n’y a plus qu’à …
Émilie Rencien

(*) Cf. www.lepetitsolognot.fr/blois-lhotel-dieu-vendu-continue-de-dechainer-les-passions/ et www.lepetitsolognot.fr/blois-hotel-dieu-un-long-feuilleton/

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Dans le détail prévisionnel
Le groupe Histoire et Patrimoine, spécialiste de la rénovation et de la réhabilitation urbaine depuis près de 30 ans (http://www.histoire-patrimoine.fr/), expert dans les reconversions prestigieuses de patrimoine religieux, industriel, administratif ou militaire, a dévoilé le dessein final lors d’un point presse en face-à-face à Blois le 18 janvier dernier, confirmé dans un communiqué par la suite. La réhabilitation de l’ancien hospice dit Hôtel-Dieu, dont la façade donne sur le quai de la Saussaye, occupé jusqu’en décembre 2020 par des services de l’État (DDT), acheté à la Ville de Blois contre 3,2 M€, prévoit 97 logements, du studio au 4 pièces, proposés à la location au prix du marché. Le tarif d’investissement des futurs propriétaires au mètre carré s’échelonne pour sa part entre 5 000 et 8 500 euros; des dispositifs fiscaux liés à ce patrimoine historique exceptionnel devraient diminuer la note des intéressés de 30 %. Sur site, sont programmés en sus trois équipements culturels, dont un espace dédié au peintre blésois, Bernard Lorjou. Le groupe souligne : “À l’intérieur, les escaliers des parties communes, la charpente en coque de bateau renversée, les clés de voûtes historiques, la hauteur sous plafond de plus de deux mètres conféreront aux logements une atmosphère spacieuse et agréable, préservant l’authenticité du lieu. Les grandes salles voûtées du XVIIIe siècle abriteront deux musées, consacrant ainsi 25% de la surface totale du projet à la culture. Par ailleurs, le cloître et son jardin seront réaménagés en espaces de détente publics. Les façades classées seront intégralement préservées. Les extérieurs, actuellement recouverts de bitume, retrouveront leur vocation de jardins grâce à la restitution des parterres et des alignements d’arbres. Conformément à une vision commune à l’ensemble des parties prenantes, 70% des surfaces extérieures du projet seront ouvertes au public notamment avec un jardin à la Française. En plus du cloître, le square et la cour d’honneur seront aménagés en espaces paysagers et rendus accessibles en journée. Située en plein centre-ville dans le quartier Saint-Nicolas, la richesse historique et architecturale sera conservée par un travail porté par l’architecte Bertrand Monchecourt. Enfin, dans le cadre des discussions conduites entre les « Amis de l’Hôtel-Dieu » et Histoire & Patrimoine, la taille du parking existant sera réduite pour permettre cette végétalisation du site.”